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LA LETTRE MENSUELLE |
| Un
article de Vera Lewijse. Juin 2005 "G.G.G." La Galerie Georges Giroux, monument de l'histoire de l'art belge Une aventure courageuse, une épopée faite de ténacité et de conviction |
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;; La fin du 19ième siècle et le début du vingtième n’ont pas été très favorables pour les artistes Belges, et cela va durer jusqu'à la naissance d’un mouvement d’art nouveau après 1910. Le public préférait garnir ses murs avec des paysages évoquant les souvenirs poétiques d’une journée à la campagne ou des natures mortes sans caractère mais ‘bien faites’. De même la littérature ne rapportait pas grand-chose à ses auteurs. La publication des livres de Camille Lemonnier ne tirait qu’à deux ou trois mille exemplaires dont la plupart ne se vendaient qu’à Paris. C’est Maeterlinck qui le sortira de l’oubli grâce à Octave Mirbeau qui découvrit Lemonnier dans un article du Figaro… Doucement la situation va s’améliorer, à part une chute temporaire causée par la crise économique des années trente, pour surmonter cela dans les années quarante où l’on va se trouver dans cette situation surprenante où tout le monde commence à collectionner, que les tableaux coûtent cher et que l’on en fabrique des faux quasiment en gros. Les
investissements des nouveaux riches ont aidé beaucoup d’artistes qui
auparavant n’osaient même pas rêver de vendre. La plupart d’entre eux habitaient la campagne ou les faubourgs et ne
sortaient qu’aux jours exceptionnels d’exposition. Ils vendaient leurs oeuvres ‘au troc’, c’est-à-dire en échange de
matériaux, de vêtements ou simplement d’un repas, puisqu’il n’y avait
rien à attendre des organisations officielles. Doucement,
les vrais amateurs de peinture et des défendeurs de l’avant-garde vont se
profiler et ils vont par amour de l’art commencer à soutenir les artistes qui
savaient les émouvoir. Malgré le manque d’enthousiasme des circuits
officiels pour l’art nouveau, Bruxelles connaissait des associations dédiées
à la défense de la jeune avant-garde. En
1910 des artistes tels Gleizes et Le Fauconnier, les premiers cubistes à
exposer en Belgique, pouvaient être vus à Bruxelles en même temps que Permeke
et Gustave De Smet. Après les cubistes,
on a pu voir en 1912 les futuristes Italiens dans une exposition itinérante qui
avait démarré chez Bernheim-Jeune à Paris et qui parcourut différentes
villes européennes. A Bruxelles, cette exposition fut présentée par la
galerie Georges Giroux. Marinetti vint sur place et y montra en 1913 un aperçu
du cubisme[1]. Qui était George Giroux ? J.F. Elslander, l’écrivain, fit sa connaissance en 1910, quand ils deviennent voisins à Watermael-Boitsfort. Georges Giroux était un ‘Macougneau’, un natif de Mâcon et habitait avec sa femme une petite maison à côté d’Elslander. Venant de Paris il avait ouvert un magasin de fournitures pour mode dans la rue Royale, avec sa femme qui faisait de ces chapeaux énormes de l’époque, pleins de rubans et d’aigrettes. Lui, il vendait, elle créait et fabriquait les chapeaux. Selon Elslander, la littérature et la peinture étaient maigrement représentées dans la maison des Giroux. Le
chemin parcouru par cet homme dés son arrivée à Bruxelles jusqu’à la date
de la fondation de la galerie est surprenant, il deviendra une balise dans le paysage de l’art Belge. Il avait le don de sentir et comprendre les nuances artistiques d’une
époque compliquée. Il y
avait eu le temps des préraphaélites, des pointillistes, de Zola, Wagner,
Villiers de l’Isle-Adam, le Sar Peladan, Seurat ….
Pour l’art et les artistes, un temps très dur avait marqué la première
décade du vingtième siècle. Ensembles les couples Giroux et Elslander visitaient les expositions et les concerts. Par Elslander, Giroux avait été introduit dans le milieu artistique de l’époque, ainsi les peintres du ‘Sillon’ seront-ils introduits dans la maison Giroux. Ils n’étaient pas aussi réactionnaires que leurs confrères en France, mais ils professaient ouvertement le retour aux écoles anciennes avec surtout de l’admiration pour l’œuvre et la technique de Vélasquez, et pour les naturalistes. Le Sillon, dirigé en 1893 par un groupe d’élèves de l’Académie de Bruxelles réagit contre le néo-impressionnisme et le courant du symbolisme. En sont membres Alfred Bastien, Frans Smeers, Maurice Wagemans, Maurice Blieck, Auguste Puttemans, Armand Apol et Gaston Haustrate. Au début les peintres montraient une préférence pour des tonalités sombres mais riches avec une palette lourde de peinture. Mais subtilement ils évoluèrent vers une application plus luministe, ce qui les rapprocha des œuvres naissantes des futurs fauvistes. Suite
à des soirées amusantes, des discussions passionnées sur l’art et toute
l’atmosphère autour de ces soirées, Giroux commença à visiter les ateliers
de ses amis peintres et sculpteurs. Et comme ses affaires le lui permettaient, il
se mit à acheter des toiles, constituant ainsi le début de sa collection. A l’inverse de la plupart des peintres du Sillon, Giroux prenait goût
à l’art ‘moderne’. La
rencontre avec Rik Wouters Un jour
de hiver 1910, Elslander rencontre Rik Wouters sur la plate-forme du tram de
Boisfort à Bruxelles. Ils entament une conversation et vite se trouvent sur le
domaine de l’art. A la question de
Elslander ‘On travaille ?’ Wouters répond : ‘Je travaille
pour Van Coillie, (...) Il faut manger. Quand on veut travailler, on ne trouve
pas à bouffer, et quand on veut bouffer on n’a plus le temps de
travailler…’[2] Rik Wouters est à cette époque là un jeune
artiste inconnu de 27 ans, rieur et vaillant, de petite taille avec des cheveux
légèrement bouclés, et il habitait une petite maison, rue de Elslander décrit la maison comme suit : ‘Un mobilier quelconque, un poêle de tôle dont on n’a pas cherché à dissimuler la laideur, une table ronde, une armoire, deux ou trois chaises ; Il n’y avait pas moyen de s’asseoir ; Sur la cheminée, une ‘Vierge sous globe’ et, au plafond, une suspension de bazar à opale bleue. Derrière la cuisine - si on peut dire – plus exiguë encore, et l’escalier en échelle de meunier qui conduisait à la chambre à coucher, et à l’atelier, immédiatement sous le toit.’[3] Une
maison d’artiste comme il y en avait beaucoup dans la banlieue de Bruxelles.
Le fait étonnant est que dans cet atelier de dimensions minimales est née la
‘Vierge folle – Zotte Geweld’, une sculpture majestueuse qui rappelle la
danse de Isadora Duncan : emplie de vitalité, de spontanéité, du sentiment de
l’indomptable. Wouters voulait être matelot et travaillait à contrecœur comme apprenti chez son père, un sculpteur sur bois. Heureusement, il trouvera dans son art un moyen de se libérer mais non sans devoir assumer beaucoup de misère. Et c’est grâce à la rencontre avec Elslander, que Wouters va pouvoir faire carrière. Ayant parlé à Giroux de ce jeune artiste, le week-end suivant la rencontre dans le tram, les deux amis partent en vélo accompagnés par Mme Giroux pour rendre visite à Wouters. Giroux était impressionné de ce que Elslander lui avait raconté des dures conditions de la vie d’artiste, et avait une admiration sincère pour les sculptures de Wouters. Les peintures datent de plus tard, à ce moment là il n’avait pas encore fait de tableaux, que des dessins et des esquisses. Au cours de la conversation, Giroux interrogea discrètement Wouters sur les problèmes de survivre en tant qu’artiste, et il demanda à titre de simple explication ce dont il avait besoin pour travailler librement en abandonnant son gagne croûte. Wouters a répondu : ‘Si j’avais seulement cent francs par mois !’ – on était en 1910. Ce soir là Giroux dit à Elslander ‘Cent francs, c’est peu. S’il voulait, je pourrais les lui donner. Je lui en donnerais même cent cinquante. Tu ne pourrais pas arranger ça ? Il faut aider ce garçon-là. Dis-lui que c’est de bon cœur’ [4]. Et ainsi fut semée
la première graine à l’origine de la galerie Giroux cependant que Rik
Wouters éclatait de couleurs et de tonalité sur la toile, car à partir de ce
jour il commença vraiment à peindre. Fonder
une galerie Par
amour pour tous ces artistes inconnus, et sous l’influence de tout ce qu’il
sentait en lui autant que pour secouer l’indifférence du public au sujet de l’art et des artistes contemporains, se forma peu à
peu chez Giroux l’idée de fonder une galerie. Et non pas une galerie quelconque, mais une galerie ouverte toute l’année, comme existaient à Paris les galeries de Durand-Ruel, de Lafitte et de Bernheim ! Bonne et belle idée, mais les moyens financiers des Giroux ne suffisaient pas pour couvrir un tel projet. Cependant, grâce aux artistes qui s’emballèrent pour cette idée à première vue chimérique, elle prit forme. Giroux trouva au 88 de la rue Royale un hôtel de maître qui convenait. Avec l’aide de l’entrepreneur Henri Pelsener, une construction superbe de style Louis XV remplaça les anciennes écuries, avec un vaste vestibule où débutait une salle d’exposition Ecoutons
ce que Elslander, conseiller artistique de la galerie, raconte
à ce sujet : ‘(…) un
joli salon d’entrée avec boiserie et cheminée d’époque, avec glace et
torchères, parquet ciré, portière à rideaux de soie grise, (…) éclairée
par une vaste verrière, cloisonnée sur toute son étendue et garnie d’une
tenture à rayures gris et bleues. Le tout fut discuté par les artistes qui
venaient journellement visiter les travaux et qui se montraient très exigeants. La tenture
fut l’objet de longues hésitations et de nombreux essais. Mais quand il s’agit de l’éclairage, on ne put se mettre d’accord
que sur une rampe électrique cachée dans une énorme moulure du plafond et qui
faisait donc le tour de la salle. C’était
la première fois qu’on verrait à Bruxelles un tel luxe et une telle dépense
pour une salle d’exposition d’art. Et
on ne se demandait pas ce que ça coûterait. Giroux ne sourcillait pas.[5]’ A la lecture de ce
qui précède, on peut se faire une idée de la volonté affirmée de Georges
Giroux de réaliser ces projets. L’animosité qui se créa parmi les artistes,
la relation de Giroux avec ces artistes, parle fortement à l’imagination.
Dans ces années difficiles naquit l’espoir que quelque chose
d’extraordinaire allait se passer. Finalement, les jeunes artistes allaient
recevoir un "temple" pour leur art. Le jour de l’ouverture, le tout Bruxelles-artiste
était là. Le gardien était vêtu
d’un habit bleu à la française, avec culotte courte, bas blanc et souliers
vernis. L’éclairage suscita des
cris d’émerveillement et
d’admiration. Ainsi Exposants : Lucien Simon, Vuillard, Bonnard, Roussel, Bastien, Hens, Pinot, Wagemans, Haustrate, Smeers, Jeffereys, Paerels, Oleffe, Swyncop, Baeseleer, Hageman, Schirren, Michaux, Delaunois, Navez, Tytgat, Kemmerick, Thévenet, Ramah et Rik Wouters. Oui, la galerie était lancée, mais très souvent la préparation enthousiaste et l’accrochage des œuvres emplis de l’espoir de vendre était suivi par un décrochage empli, lui, de déception: rien ne s’était vendu… Mais la
G.G.G. devient vite l’endroit où les artistes se retrouvent pour bavarder, se
rencontrer et changer d’idées. Il
y avait peu de visiteurs, peu de ventes. La
vendeuse, Céline, n’avait rien à faire que les dimanches, quand quelques
promeneurs fourvoyés rendaient visite presque
par erreur à la galerie. Cette situation n’était toutefois pas
exceptionnelle, Durand-Ruel à Paris connaissait le même problème. Giroux se promenait du salon de mode -dans la même
maison- à la galerie, toujours souriant et de bonne humeur.
Heureusement que le salon de mode avait beaucoup de succès, Mme Giroux y
avait ajouté un salon de couture et Giroux commençait des affaires
d’installation pour demi-mondaines, ce qui lui permettrait de placer des
tableaux, à la seule condition qu’ils ne soient pas trop révolutionnaires.
Sans le succès financier de tout cela,
la G.G.G. n’aurait jamais pu survivre. Ce n’était pas seulement contre l’apathie du public que Giroux se battait, il devait également tenir compte de l’hostilité de la presse. Les principaux journaux de Bruxelles ne parlaient jamais des expositions et des artistes de G.G.G. Selon les mots d’Elslander, il aurait fallu payer les articles d’un Sulzberger ou d’un Lucien Solvay. Giroux eut la proposition de signer un contrat dans cette intention, qu’il refusa tout de suite[6]. Les années
1912-1914 n’étaient pas très fructueuses pour l’art et les galeries.
C’est l’époque où il y avait peu de collectionneurs en Belgique, peut-être à peine 4
ou 5, qui étaient intéressés à investir dans
l’art moderne. Il arriva quelques
fois qu’un visiteur commença à insulter
George Giroux et Elslander, en les appelant
‘des fous’ et ‘des
malfaiteurs à enfermer’ ! La
provocation pure Imaginez-vous, dans ce contexte, le tumulte que créa l’exposition des futuristes italiens en mai 1912. C’était de la provocation pure ! Il s’agit d’une exposition qui faisait
Bernheim-Jeune à Paris, la Sackville Gallery à Londres, Der Sturm à Berlin,
puis Giroux à Bruxelles, et de là,
La Haye, Rotterdam, Amsterdam et Vienne. Le manager de cette équipe italienne était Marinetti, le dictateur du
Futurisme. Il sera nommé Directeur
de l’Académie des Beaux-Arts en Italie sous le régime de Mussolini. Marinetti demandait un droit d’entrée à
l’exposition de 0.50
centimes, fait qui attirait le public mais un public qui ressortait de l’expo
en état de choc. Scandale ! Tiré
du manifeste des Peintres Futuristes, on peut lire[7] : ‘Il n’y a rien d’immoral à nos yeux : c’est la monotonie du Nu que nous combattons. On nous déclare que le sujet n’est rien et que tout est dans la façon de le traiter. Nous l’admettons aussi. Mais cette vérité absolue et inattaquable il y a cinquante ans, ne l’est plus aujourd’hui, quant au nu, du moment que les peintres obsédés par le besoin d’exhiber le corps de leurs maîtresses, ont transformé les Salons en autant de foires aux jambons pourris’.
Se faisait également
un chemin l’idée que l’on pourrait avoir une autre conception de la nature
morte, ou du paysage. La Galerie se faisait tout doucement un nom. Grâce
à ‘Les bleus de la G.G .G’, une initiative de Elslander pour révéler des jeunes artistes débutants dans une exposition d’ensemble, ont ainsi eu l’occasion de se présenter au public et de se faire connaître. Pendant plus de 15
ans, le commerce d’art de Giroux allait être le temple de l’Art moderne en
Belgique. La galerie devint l’espace d’exposition par excellence des
‘Fauvistes Brabançons’. Et à côté des expositions de groupe, la plupart
des peintres bénéficiaient d’expositions individuelles. Un exemple pour illustrer la pensée de cette époque
: l’oeuvre de Emile Nolde fut,
sur la demande expresse de l’Eglise, refusée avant même l’ouverture à
l’Exposition Internationale d’Art Religieux mise sur pied par
la Société Royale
des Beaux-Arts
de Bruxelles en 1912 [8]. En Allemagne on voit naître en 1911, sous l’initiative de Kandinksy et de Franz Marc Der Blaue Reiter. 1913
est l’année du Armory Show, une exposition itinérante qui faisait Boston, New-York
et Chicago. A la suite de cette
exposition, Marcel Duchamp allait s’établir à New-York et y réaliser son
premier Ready-made : une roue de vélo fixée à un tabouret. A partir de ce moment le concept ‘art’ ne sera plus jamais le même. A cause de la guerre les artistes de l’avant-garde cherchent refuge à l’extérieur. Ceux qui n’ont pas pu échapper à la mobilisation se retrouvent dans l’armée. Triste sort, au lieu de se battre pour l’art moderne et leurs vision ils se voient maintenant obligés de se battre contre leurs âmes sœurs sous un régime et une institution contre laquelle ils se sont toujours révoltés. Suivant
l’exemple de Giroux Quelques importantes expositions personnelles qui ont pris place à la Galerie Georges Giroux de 1911 à 1913 : Auguste Rodin et K.-X Roussel, Rik Wouters, Henri Evenepoel, Louis Thévenet, Edouard Manet, Paul Signac, H. de Toulouse Lautrec, H.E. Cross, G. Lemmen, Jan Stobbaerts, Kandinsky. Entre-temps En 1920
nous voyons la fondation de la
Galerie Sélection, Atelier d’un Art Contemporain,
sous la direction de Paul
Gustave Van Hecke et André De Ridder. Le but en était d’initier le public à
toute forme d’art moderne, nationale et internationale. Giroux prétendait qu’il avait introduit les directions de la modernité en Belgique. Sélection répliquait que Giroux n’exposait que de temps en temps un artiste moderne, habilement inclus dans un paquet plus large de ‘vieux modernes’. La concurrence s’était
ainsi mise en marche dans le monde des expositions et de la vente de l’art,
excellente chose pour les peintres bien sûr. La galerie Sélection existera jusqu’en 1922, elle fermera pour des raisons financières. L’association Sélection continuera à organiser des expositions à Anvers, Bruxelles et à l’étranger. Le journal continuera également son existence. P.G. Van Hecke et co.continue le marché d’art à une échelle plus réduite au 67 de l’avenue Louise à Bruxelles[9]. En 1920, la G.G.G. déménage
au 43, Boulevard du Régent, à Bruxelles. 1923 est l’année du décès de Georges Giroux. Sa
femme continue la galerie, jusqu’à sa mort dans les années trente. Le
neveu de Georges Giroux, Georges Willems reprendra le flambeau et cessera ses activités à la
fin de 1960[10]. L’année même de sa mort, on
put lire dans la presse[11]
le commentaire suivant concernant une exposition de Servaes, de 93 peintures et dessins : ‘C’est
l’occasion pour les amateurs d’art flamands de la capitale de visiter la
plus remarquable exposition – d’un point de vue culture spirituelle s’entend
– qui s’est vue à Bruxelles depuis longtemps. Particulièrement les douze
toiles ‘la vie du paysan’(…) jamais ou presque dans toute la tradition de
l’art Flamand des pays du sud n’avait été atteinte une telle pure
plasticité, où les formes ne sont qu’une opportunité pour la ligne et la
couche picturale (…) Laissons maintenant les snobs de Bruxelles venir chez
Giroux. Leur bouche garnies de vilaines dents en or
béantes devant l’effrayante beauté et l’ascétique de cette œuvre.
C’est un blasphème que le snobisme puisse venir défiler ici deux semaines
devant tout ce magistral (…) Les bonnes volontés qui viendront voir ces trésors,
dans ce vilain salon mondain où ‘le chemin de croix’ est accroché comme
Memling dans le boudoir d’une danseuse, en auront le cœur gros et sentiront
leurs genoux s’entrechoquer (…)’ De
quels péchés mortels le bien intentionné, amateur d’art et doux Georges
Giroux s’était-il rendu coupable aux yeux de la presse catholique d’alors
pour se voir traiter de cette manière ? En 1932 le marché de l’art s’effondre. Cela
amène la faillite de la Galerie Le Centaure. Des centaines d’œuvres d’art sont liquidées à bas prix.
La collection Walter Schwarzenberg est mise aux enchères les 1 et 2 février
par la G.G.G. Une tombola nationale est organisée au Palais des Beaux Arts dans l’intention de créer un fonds de crise pour les artistes, en même temps qu’une bourse d’échange où ces derniers peuvent échanger des œuvres contre des moyens de subsistance et autres nécessités[12]. L’art
exilé 1933, l’exode des
artistes et intellectuels d’Allemagne commence… principalement vers les
Etats-Unis. En 1935 s’y crée à l’initiative du président Franklin
Roosevelt le WPA (Work Projects Administration), qui va soutenir des milliers
d’artistes dans le besoin via soutiens et commandes pour des œuvres murales
destinées à des édifices publics et administratifs. La préférence ne va pas
à l’art abstrait. Lorsque
la guerre éclate, les musées et les centres artistiques ferment leurs portes
et les oeuvres d’art sont mises en sécurité, beaucoup d’artistes cachent
leurs œuvres de peur de les voir détruites en tant qu’art dégénéré.
Ernst Ludwig Kirchner se suicide en 1938 après que plus de 600 œuvres eurent
été réquisitionnées
par le régime Nazi. Pendant les années de guerre c’est surtout grâce
à Robert L. Delevoy que les jeunes
artistes peuvent garder un podium. Il ouvre une galerie à la cathédrale Saint
Michel et organise annuellement à partir de 1941 une exposition Salon
Apport. Artistes : Cox, Meerbergen, Vaerten, Cobbaert, Slabbinck, Peire,
Van Lint, Carlos Lenaerts et autres. Le périodique afférent à l’exposition
est Apollo. De ce groupement naîtra Dans son livre écrit en 1944, Elslander raconte que dans ces années de guerre, ‘tous les décorateurs se firent artistes et des amateurs du dimanche qui n’étaient même pas des marchands de pomme de terre frites firent la dépense d’un chevalet et d’une boîte de couleurs qu’ils promenaient ostensiblement dans les campagnes. Les sculpteurs, moins nombreux parce que le métier est plus encombrant, trouvaient aisément acquéreurs pour leurs œuvres naguère si difficiles à placer. Tous, depuis les plus infimes barbouilleurs jusqu’aux maîtres
notoires, virent des foules affluer à leurs expositions et la vente atteindre
souvent des chiffres pharamineux. Si
bien qu’ils en étaient à se demander avec inquiétude ce que cela
signifiait, s’il n’y aurait pas de retour de bâton à tant de chance
insolite. La plupart de ces nouveaux
riches continuaient à vivre comme par le passé, avec modestie et prudence, se
hâtant de faire leur pelote pour un avenir qu’ils sentaient tellement aléatoire.’ En effet, le monde de l’art, le monde des artistes, effarouché et choqué d’abord par ‘la grande guerre’ n’avait pas pu trouver un équilibre de l’esprit avant que la deuxième guerre mondiale n’éclate. Personne n’avait pu prévoir, n’avait pu imaginer les atrocités de ces deux guerres. De cela résulte la
naissance d’un autre art moderne avec comme centre principal la ville de New
York. Une autre génération d’artistes va donner forme au langage de l’art
nouveau : ils se dirigeront vers l’essentiel, vers l’abstraction.
C’est le temps des ‘recherches transcendantales’, la peur du vide,
de la précarité des
choses de la vie. Ils chercheront un moyen d’expression pour exorciser leurs
peurs existentielles. Et,
en résumé, une fumée d’encens : précurseur de l’art moderne, refuge pour
des talents inconnus, mécène pour les artistes dans le besoin, point de vente d’importantes collections. Et aujourd’hui restent les archives, une source
d’information importante pour la recherche historique et artistique.
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*
Georges
Giroux
Le Fauconnier
Marinetti
Fernand
Toussaint,
J..F. Eslander
Rik Wouters
Druand-Ruel,
La
Galerie
G.
Haustrate,
Les Giroux,
Marinetti
Boccioni, bronze
Boccioni,
Vuillard,
M.
Wagemans,
Lettre de
la galerie,
Document Giroux
Louis Thevenet Emil
Nolde,
|
|
[1]
R. Hozee (Réd.), Moderne
Kunst in België. Mercatorfonds
Antwerpen 1992, p. 13. [2]
J.F. Elslander, Figures et
Souvenirs d’une Belle Epoque.
La Renaissance
du Livre, Bruxelles 1944,p17 [3]
Ibidem [4]
J.F. Elslander, 1944 p. 22-23. [5]
J.F. Elslander, 1944 p. 24. [6]
J.F. Elslander, 1944 p. 29. [7]
J.F. Elslander, 1944 p. 34 ; Herschel B. Chipp, Theories
of Modern Art, Univ. Of [8]
R. Hozee (Red.) 1992,
p. 344 [9]
R. Hozee (Red.) 1992, p.
362 [10] Olivier Bertrand, The Belgian Art Research Institute. [11]De
Standaard, samedi 24 février 1923, 6ième année, n° 55. [12]R.
Hozee, (Réd.) 1992,
p. 384-385 [13]
Une importante publication est
en préparation du chef de The Belgian Art Research Institute, en fait la
collection de tous les catalogues de la galerie Georges Giroux avec
illustrations des œuvres vendues. La parution en est prévue pour 2006. Toutes
informations complémentaires sont les bienvenues : |
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Bibliographie
: |
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