LA LETTRE MENSUELLE

Un article de Vera Lewijse.  Juin 2005 
 "G.G.G." La Galerie Georges Giroux, monument de l'histoire de l'art belge
  
Une aventure courageuse, une épopée faite de ténacité et de conviction

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Les premières années de
la Galerie Georges Giroux

La -pas si- belle époque

La fin du 19ième siècle et le début du vingtième n’ont pas été très favorables pour les artistes Belges, et cela va durer jusqu'à la naissance d’un mouvement d’art nouveau après 1910.

Le public préférait garnir ses murs avec des paysages évoquant les souvenirs poétiques d’une journée à la campagne ou des natures mortes sans caractère mais ‘bien faites’. De même la littérature ne rapportait pas grand-chose à ses auteurs. La publication des livres de Camille Lemonnier ne tirait qu’à deux ou trois mille exemplaires dont la plupart ne se vendaient qu’à Paris. C’est Maeterlinck qui le sortira de l’oubli grâce à Octave Mirbeau qui découvrit Lemonnier dans un article du Figaro…

Doucement la situation va s’améliorer, à part une chute temporaire causée par la crise économique des années trente, pour surmonter cela dans les années quarante où l’on va se trouver dans cette situation surprenante où tout le monde commence à collectionner, que les tableaux coûtent cher et que l’on en fabrique des faux quasiment en gros.

Les investissements des nouveaux riches ont aidé beaucoup d’artistes qui auparavant n’osaient même pas rêver de vendre. La plupart d’entre eux habitaient la campagne ou les faubourgs et ne sortaient qu’aux jours exceptionnels d’exposition. Ils vendaient leurs oeuvres ‘au troc’, c’est-à-dire en échange de matériaux, de vêtements ou simplement d’un repas, puisqu’il n’y avait rien à attendre des organisations officielles.

Doucement, les vrais amateurs de peinture et des défendeurs de l’avant-garde vont se profiler et ils vont par amour de l’art commencer à soutenir les artistes qui savaient les émouvoir.

Malgré le manque d’enthousiasme des circuits officiels pour l’art nouveau, Bruxelles connaissait des associations dédiées à la défense de la jeune avant-garde. La Libre Esthétique et Les Indépendants suivaient les développements du postimpressionnisme et du symbolisme. Les Fauvistes étaient régulièrement présents aux expositions bruxelloises.

En 1910 des artistes tels Gleizes et Le Fauconnier, les premiers cubistes à exposer en Belgique, pouvaient être vus à Bruxelles en même temps que Permeke et Gustave De Smet.

Après les cubistes, on a pu voir en 1912 les futuristes Italiens dans une exposition itinérante qui avait démarré chez Bernheim-Jeune à Paris et qui parcourut différentes villes européennes. A Bruxelles, cette exposition fut présentée par la galerie Georges Giroux. Marinetti vint sur place et y montra en 1913 un aperçu du cubisme[1].

Qui était George Giroux ?

J.F. Elslander, l’écrivain, fit sa connaissance en 1910, quand ils deviennent voisins à Watermael-Boitsfort. Georges Giroux était un ‘Macougneau’, un natif de Mâcon et habitait avec sa femme une petite maison à côté d’Elslander. Venant de Paris il avait ouvert un magasin de fournitures pour mode dans la rue Royale, avec sa femme qui faisait de ces chapeaux énormes de l’époque, pleins de rubans et d’aigrettes. Lui, il vendait, elle créait et fabriquait les chapeaux. Selon Elslander, la littérature et la peinture étaient maigrement représentées dans la maison des Giroux.

Le chemin parcouru par cet homme dés son arrivée à Bruxelles jusqu’à la date de la fondation de la galerie est surprenant, il deviendra une balise dans le paysage de l’art Belge. Il avait le don de sentir et comprendre les nuances artistiques d’une époque compliquée.

Il y avait eu le temps des préraphaélites, des pointillistes, de Zola, Wagner, Villiers de l’Isle-Adam, le Sar Peladan, Seurat ….  Pour l’art et les artistes, un temps très dur avait marqué la première décade du vingtième siècle.

Ensembles les couples Giroux et Elslander visitaient les expositions et les concerts. Par Elslander, Giroux avait été introduit dans le milieu artistique de l’époque, ainsi les peintres du ‘Sillon’ seront-ils introduits dans la maison Giroux. Ils n’étaient pas aussi réactionnaires que leurs confrères en France, mais ils professaient ouvertement le retour aux écoles anciennes avec surtout de l’admiration pour l’œuvre et la technique de Vélasquez, et pour les naturalistes.

Le Sillon, dirigé en 1893 par un groupe d’élèves de l’Académie de Bruxelles réagit contre le néo-impressionnisme et le courant du symbolisme. En sont membres Alfred Bastien, Frans Smeers, Maurice Wagemans, Maurice Blieck, Auguste Puttemans, Armand Apol et Gaston Haustrate. Au début les peintres montraient une préférence pour des tonalités sombres mais riches avec une palette lourde de peinture. Mais subtilement ils évoluèrent vers une application plus luministe, ce qui les rapprocha des œuvres naissantes des futurs fauvistes.

Suite à des soirées amusantes, des discussions passionnées sur l’art et toute l’atmosphère autour de ces soirées, Giroux commença à visiter les ateliers de ses amis peintres et sculpteurs. Et comme ses affaires le lui permettaient, il se mit à acheter des toiles, constituant ainsi le début de sa collection. A l’inverse de la plupart des peintres du Sillon, Giroux prenait goût à l’art ‘moderne’.

La rencontre avec  Rik Wouters

Un jour de hiver 1910, Elslander rencontre Rik Wouters sur la plate-forme du tram de Boisfort à Bruxelles. Ils entament une conversation et vite se trouvent sur le domaine de l’art. A la question de Elslander ‘On travaille ?’ Wouters répond : ‘Je travaille pour Van Coillie, (...) Il faut manger. Quand on veut travailler, on ne trouve pas à bouffer, et quand on veut bouffer on n’a plus le temps de travailler…’[2]

Rik Wouters est à cette époque là un jeune artiste inconnu de 27 ans, rieur et vaillant, de petite taille avec des cheveux légèrement bouclés, et il habitait une petite maison, rue de la Sapinière , 46, près du Bessemhoek à Boitsfort. La pièce d’entrée de cette maison a été reproduite dans ‘La Repasseuse’ au Musée d’Anvers et dans ‘Fleurs d’Anniversaire’.

Elslander décrit la maison comme suit :

‘Un mobilier quelconque, un poêle de tôle dont on n’a pas cherché à dissimuler la laideur, une table ronde, une armoire, deux ou trois chaises ; Il n’y avait pas moyen de s’asseoir ;  Sur la cheminée, une ‘Vierge sous globe’ et, au plafond, une suspension de bazar à opale bleue.  Derrière la cuisine  - si on peut dire – plus exiguë encore, et l’escalier en échelle de meunier qui conduisait à la chambre à coucher, et à l’atelier, immédiatement sous le toit.’[3] 

Une maison d’artiste comme il y en avait beaucoup dans la banlieue de Bruxelles. Le fait étonnant est que dans cet atelier de dimensions minimales est née la ‘Vierge folle – Zotte Geweld’, une sculpture majestueuse qui rappelle la danse de Isadora Duncan : emplie de vitalité, de spontanéité, du sentiment de l’indomptable.

Wouters voulait être matelot et travaillait à contrecœur comme apprenti chez son père, un sculpteur sur bois. Heureusement, il trouvera dans son art un moyen de se libérer mais non  sans devoir assumer beaucoup de misère. Et c’est grâce à la rencontre avec Elslander, que Wouters va pouvoir faire carrière.

Ayant parlé à Giroux de ce jeune artiste, le week-end suivant la rencontre dans le tram, les deux amis partent en vélo accompagnés par Mme Giroux pour rendre visite à Wouters. Giroux était impressionné de ce que Elslander lui avait raconté des dures conditions de la vie d’artiste, et avait une admiration sincère pour les sculptures de Wouters.  Les peintures datent de plus tard, à ce moment là il n’avait pas encore fait de tableaux, que des dessins et des esquisses.

Au cours de la conversation, Giroux interrogea discrètement Wouters sur les problèmes de survivre en tant qu’artiste, et il demanda à titre de simple explication ce dont il avait besoin pour travailler librement en abandonnant son gagne croûte.  Wouters a répondu : ‘Si j’avais seulement cent francs par mois !’ – on était en 1910. Ce soir là Giroux dit à Elslander ‘Cent francs, c’est peu. S’il voulait,  je pourrais les lui donner. Je lui en donnerais même cent cinquante. Tu ne pourrais pas arranger ça ? Il faut aider ce garçon-là. Dis-lui que c’est de bon cœur’ [4].

Et ainsi fut semée la première graine à l’origine de la galerie Giroux cependant que Rik Wouters éclatait de couleurs et de tonalité sur la toile, car à partir de ce jour il commença vraiment à peindre.

Fonder une galerie

Par amour pour tous ces artistes inconnus, et sous l’influence de tout ce qu’il sentait en lui autant que pour secouer l’indifférence du public au sujet de l’art et des artistes contemporains, se forma peu à peu chez Giroux l’idée de fonder une galerie.

Et non pas une galerie quelconque, mais une galerie ouverte toute l’année, comme existaient à Paris les galeries de Durand-Ruel, de Lafitte et de Bernheim !

Bonne et belle idée, mais les moyens financiers des Giroux ne suffisaient pas pour couvrir un tel projet. Cependant, grâce aux artistes qui s’emballèrent pour cette idée à première vue chimérique, elle prit forme. Giroux trouva au 88 de la rue Royale un hôtel de maître qui convenait. Avec l’aide de l’entrepreneur Henri Pelsener, une construction superbe de style Louis XV remplaça les anciennes écuries, avec un vaste vestibule où débutait une salle d’exposition

Ecoutons ce que Elslander, conseiller artistique de la galerie, raconte à ce sujet :

‘(…) un joli salon d’entrée avec boiserie et cheminée d’époque, avec glace et torchères, parquet ciré, portière à rideaux de soie grise, (…) éclairée par une vaste verrière, cloisonnée sur toute son étendue et garnie d’une tenture à rayures gris et bleues. Le tout fut discuté par les artistes qui venaient journellement visiter les travaux et qui se montraient très exigeants. La tenture fut l’objet de longues hésitations et de nombreux essais. Mais quand il s’agit de l’éclairage, on ne put se mettre d’accord que sur une rampe électrique cachée dans une énorme moulure du plafond et qui faisait donc le tour de la salle. C’était la première fois qu’on verrait à Bruxelles un tel luxe et une telle dépense pour une salle d’exposition d’art. Et on ne se demandait pas ce que ça coûterait. Giroux ne sourcillait pas.[5]

A la lecture de ce qui précède, on peut se faire une idée de la volonté affirmée de Georges Giroux de réaliser ces projets. L’animosité qui se créa parmi les artistes, la relation de Giroux avec ces artistes, parle fortement à l’imagination. Dans ces années difficiles naquit l’espoir que quelque chose d’extraordinaire allait se passer. Finalement, les jeunes artistes allaient recevoir un "temple" pour leur art.

Le jour de l’ouverture, le tout Bruxelles-artiste était là. Le gardien était vêtu d’un habit bleu à la française, avec culotte courte, bas blanc et souliers vernis.  L’éclairage suscita des cris d’émerveillement  et d’admiration. Ainsi la G.G .G. était lancée le 16 mars 1912 !

Exposants : Lucien Simon, Vuillard, Bonnard, Roussel, Bastien, Hens, Pinot, Wagemans, Haustrate, Smeers, Jeffereys, Paerels, Oleffe, Swyncop, Baeseleer, Hageman, Schirren, Michaux, Delaunois, Navez, Tytgat, Kemmerick, Thévenet, Ramah et Rik Wouters.

Oui, la galerie était lancée, mais très souvent la préparation enthousiaste et l’accrochage des œuvres emplis de l’espoir de vendre  était suivi par un décrochage empli, lui, de déception: rien ne s’était vendu…

Mais la G.G.G. devient vite l’endroit où les artistes se retrouvent pour bavarder, se rencontrer et changer d’idées.  Il y avait peu de visiteurs, peu de ventes. La vendeuse, Céline, n’avait rien à faire que les dimanches, quand quelques promeneurs fourvoyés rendaient visite presque  par erreur à la galerie. Cette situation n’était toutefois pas exceptionnelle, Durand-Ruel à Paris connaissait le même problème.

Giroux se promenait du salon de mode -dans la même maison- à la galerie, toujours souriant et de bonne humeur. Heureusement que le salon de mode avait beaucoup de succès, Mme Giroux y avait ajouté un salon de couture et Giroux commençait des affaires d’installation pour demi-mondaines, ce qui lui permettrait de placer des tableaux, à la seule condition qu’ils ne soient pas trop révolutionnaires. Sans le succès financier de tout cela, la G.G.G. n’aurait jamais pu survivre.

Ce n’était pas seulement contre l’apathie du public que Giroux se battait, il devait également tenir compte de l’hostilité de la presse. Les principaux journaux de Bruxelles ne parlaient jamais des expositions et des artistes de G.G.G. Selon les mots d’Elslander, il aurait fallu payer les articles d’un Sulzberger ou d’un Lucien Solvay. Giroux eut la proposition de signer un contrat dans cette intention, qu’il refusa tout de suite[6].

Les années 1912-1914 n’étaient pas très fructueuses pour l’art et les galeries.  C’est l’époque où il y avait peu de collectionneurs en Belgique, peut-être à peine 4 ou 5, qui étaient intéressés à investir dans l’art moderne. Il arriva quelques fois qu’un visiteur commença à insulter George Giroux et Elslander, en les appelant  ‘des fous’ et ‘des malfaiteurs à enfermer’ !

La provocation pure

Imaginez-vous, dans ce contexte, le tumulte que créa l’exposition des futuristes italiens en mai 1912. C’était de la provocation pure !

Il s’agit d’une exposition qui faisait Bernheim-Jeune à Paris, la Sackville Gallery à Londres, Der Sturm à Berlin, puis Giroux à Bruxelles, et de là, La Haye, Rotterdam, Amsterdam et Vienne. Le manager de cette équipe italienne était Marinetti, le dictateur du Futurisme. Il sera nommé Directeur de l’Académie des Beaux-Arts en Italie sous le régime de Mussolini. Marinetti demandait un droit d’entrée à l’exposition de 0.50 centimes, fait qui attirait le public mais un public qui ressortait de l’expo en état de choc. Scandale !

Tiré du manifeste des Peintres Futuristes, on peut lire[7] :

Il n’y a rien d’immoral à nos yeux : c’est la monotonie du Nu que nous combattons.  On nous déclare que le sujet n’est rien et que tout est dans la façon de le traiter.  Nous l’admettons aussi.  Mais cette vérité absolue et inattaquable il y a cinquante ans, ne l’est plus aujourd’hui, quant au nu, du moment que les peintres obsédés par le besoin d’exhiber le corps de leurs maîtresses, ont transformé les Salons en autant de foires aux jambons pourris’.

Marinetti et Boccioni
(image 'non cliquable')

Marinetti donne une lecture à la galerie Giroux et se lance dans un débat -sous l’attention d’un grand public- avec Boccioni. Boccioni était un bel italien habile à séduire les dames qui, ravies semble-t-il, l’invitaient chez elles.

En fait, le public ne comprenait rien à ces toiles, mais le discours de Marinetti, plein de conviction et d’esprit italien eut comme résultat que le public se laissa emballer et apprit à connaître le chemin et les idées de la G.G .G. Il y a quand même quelque chose dans ces tableaux….

Se faisait également un chemin l’idée que l’on pourrait avoir une autre conception de la nature morte, ou du paysage.

La Galerie se faisait tout doucement un nom. Grâce à la G.G.G., des artistes comme Evenepoel, Schirren, Georges Lemmens, également un Edgard Tytgat, un Brusselmans …  -ignorés jusqu’au moment où Giroux les protégea  de l’oubli- n’eurent pas à subir le sort de beaucoup d’autres peintres et sculpteurs de cette époque.

Les bleus de la G.G .G’, une initiative de Elslander pour révéler des jeunes artistes débutants dans une exposition d’ensemble, ont ainsi eu l’occasion de se présenter au public et de se faire connaître.

Pendant plus de 15 ans, le commerce d’art de Giroux allait être le temple de l’Art moderne en Belgique. La galerie devint l’espace d’exposition par excellence des ‘Fauvistes Brabançons’. Et à côté des expositions de groupe, la plupart des peintres bénéficiaient d’expositions individuelles.

Un exemple pour illustrer la pensée de cette époque : l’oeuvre de Emile Nolde fut, sur la demande expresse de l’Eglise, refusée avant même l’ouverture à l’Exposition Internationale d’Art Religieux mise sur pied par la Société Royale des Beaux-Arts de Bruxelles en 1912 [8].

En Allemagne on voit naître en 1911, sous l’initiative de Kandinksy et de Franz Marc Der Blaue Reiter.

1913 est l’année du Armory Show, une exposition itinérante qui faisait Boston, New-York et Chicago. A la suite de cette exposition, Marcel Duchamp allait s’établir à New-York et y réaliser son premier Ready-made : une roue de vélo fixée à un tabouret. A partir de ce moment le concept ‘art’ ne sera plus jamais le même.

A cause de la guerre les artistes de l’avant-garde cherchent refuge à l’extérieur.  Ceux qui n’ont pas pu échapper à la mobilisation se retrouvent dans l’armée. Triste sort, au lieu de se battre pour l’art moderne et leurs vision ils se voient maintenant obligés de se battre contre leurs âmes sœurs sous un régime et une institution contre  laquelle ils se sont toujours révoltés.

Suivant l’exemple de Giroux

Quelques importantes expositions personnelles qui ont pris place à la Galerie Georges Giroux de 1911 à 1913 : Auguste Rodin et K.-X Roussel, Rik Wouters, Henri Evenepoel, Louis Thévenet, Edouard Manet, Paul Signac, H. de Toulouse Lautrec, H.E. Cross, G. Lemmen, Jan Stobbaerts, Kandinsky.

Entre-temps la G.G .G. a évolué et s’est spécialisée dans la vente de collections, meubles, antiquités, tableaux, bijoux et expertises.

En 1920  nous voyons la  fondation de la Galerie Sélection, Atelier d’un Art Contemporain, sous la direction de Paul Gustave Van Hecke et André De Ridder. Le but en était d’initier le public à toute forme d’art moderne, nationale et internationale.

Giroux prétendait qu’il avait introduit les directions de la modernité en Belgique. Sélection répliquait que Giroux n’exposait que de temps en temps un artiste moderne, habilement inclus dans un paquet plus large de ‘vieux modernes’.

La concurrence s’était ainsi mise en marche dans le monde des expositions et de la vente de l’art, excellente chose pour les peintres bien sûr.

La galerie Sélection existera jusqu’en 1922, elle fermera pour des raisons financières. L’association Sélection continuera à organiser des expositions à Anvers, Bruxelles et à l’étranger. Le journal continuera également son existence.  P.G. Van Hecke et co.continue le marché d’art à une échelle plus réduite au 67 de l’avenue Louise à Bruxelles[9].

En 1920, la G.G.G. déménage au 43, Boulevard du Régent, à Bruxelles.

La Galerie Le Centaure, 10 rue du Musée, à Bruxelles, sous la direction de Walter Schwarzenberg, ouvre en 1921.

La Galerie Louis Manteau ouvre ses portes en 1923, Boulevard de Waterloo 62, à Bruxelles.

1923 est l’année du décès de Georges Giroux. Sa femme continue la galerie, jusqu’à sa mort dans les années trente. Le neveu de Georges Giroux, Georges Willems reprendra le flambeau et cessera ses activités à la fin de 1960[10].

L’année même de sa mort, on put lire dans la presse[11] le commentaire suivant concernant une exposition de Servaes, de 93 peintures et dessins :

‘C’est l’occasion pour les amateurs d’art flamands de la capitale de visiter la plus remarquable exposition – d’un point de vue culture spirituelle  s’entend – qui s’est vue à Bruxelles depuis longtemps. Particulièrement les douze toiles ‘la vie du paysan’(…) jamais ou presque dans toute la tradition de l’art Flamand des pays du sud n’avait été atteinte une telle pure plasticité, où les formes ne sont qu’une opportunité pour la ligne et la couche picturale (…) Laissons maintenant les snobs de Bruxelles venir chez Giroux. Leur bouche garnies de vilaines dents en or  béantes devant l’effrayante beauté et l’ascétique de cette œuvre. C’est un blasphème que le snobisme puisse venir défiler ici deux semaines devant tout ce magistral (…) Les bonnes volontés qui viendront voir ces trésors, dans ce vilain salon mondain où ‘le chemin de croix’ est accroché comme Memling dans le boudoir d’une danseuse, en auront le cœur gros et sentiront leurs genoux s’entrechoquer (…)’

De quels péchés mortels le bien intentionné, amateur d’art et doux Georges Giroux s’était-il rendu coupable aux yeux de la presse catholique d’alors pour se voir traiter de cette manière ?

En 1932 le marché de l’art s’effondre. Cela amène la faillite de la Galerie Le Centaure. Des centaines d’œuvres d’art sont liquidées à bas prix. La collection Walter Schwarzenberg est mise aux enchères les 1 et 2 février par la G.G.G.

Une tombola nationale est organisée au Palais des Beaux Arts dans l’intention de créer un fonds de crise pour les artistes, en même temps qu’une bourse d’échange où ces derniers peuvent échanger des œuvres contre des moyens de subsistance et autres nécessités[12].

L’art exilé

1933, l’exode des artistes et intellectuels d’Allemagne commence… principalement vers les Etats-Unis. En 1935 s’y crée à l’initiative du président Franklin Roosevelt le WPA (Work Projects Administration), qui va soutenir des milliers d’artistes dans le besoin via soutiens et commandes pour des œuvres murales destinées à des édifices publics et administratifs. La préférence ne va pas à l’art abstrait.

Lorsque la guerre éclate, les musées et les centres artistiques ferment leurs portes et les oeuvres d’art sont mises en sécurité, beaucoup d’artistes cachent leurs œuvres de peur de les voir détruites en tant qu’art dégénéré. Ernst Ludwig Kirchner se suicide en 1938 après que plus de 600 œuvres eurent été réquisitionnées par le régime Nazi.

Pendant les années de guerre c’est surtout grâce à Robert L. Delevoy que les jeunes artistes peuvent garder un podium. Il ouvre une galerie à la cathédrale Saint Michel et organise annuellement à partir de 1941 une exposition Salon Apport. Artistes : Cox, Meerbergen, Vaerten, Cobbaert, Slabbinck, Peire, Van Lint, Carlos Lenaerts et autres. Le périodique afférent à l’exposition est Apollo. De ce groupement naîtra La Jeune Peinture Belge le 3 juillet 1945.

Dans son livre écrit en 1944, Elslander raconte que dans ces années de guerre, ‘tous les décorateurs se firent artistes et des amateurs du dimanche qui n’étaient même pas des marchands de pomme de terre frites firent la dépense d’un chevalet et d’une boîte de couleurs qu’ils promenaient ostensiblement dans les campagnes. Les sculpteurs, moins nombreux parce que le métier est plus encombrant, trouvaient aisément acquéreurs pour leurs œuvres naguère si difficiles à placer.

Tous, depuis les plus infimes barbouilleurs jusqu’aux maîtres notoires, virent des foules affluer à leurs expositions et la vente atteindre souvent des chiffres pharamineux. Si bien qu’ils en étaient à se demander avec inquiétude ce que cela signifiait, s’il n’y aurait pas de retour de bâton à tant de chance insolite. La plupart de ces nouveaux riches continuaient à vivre comme par le passé, avec modestie et prudence, se hâtant de faire leur pelote pour un avenir qu’ils sentaient tellement aléatoire.’

En effet, le monde de l’art, le monde des artistes, effarouché et choqué d’abord par ‘la grande guerre’ n’avait pas pu trouver un équilibre de l’esprit avant que la deuxième guerre mondiale n’éclate. Personne n’avait pu prévoir, n’avait pu imaginer les atrocités de ces deux guerres. 

De cela résulte la naissance d’un autre art moderne avec comme centre principal la ville de New York. Une autre génération d’artistes va donner forme au langage de l’art nouveau : ils se dirigeront vers l’essentiel, vers l’abstraction.  C’est le temps des ‘recherches transcendantales’, la peur du vide, de la précarité des choses de la vie. Ils chercheront un moyen d’expression pour exorciser leurs peurs existentielles.

La Galerie Georges Giroux arrête ses activités fin 1960[13].

Et, en résumé, une fumée d’encens : précurseur de l’art moderne, refuge pour des talents inconnus, mécène pour les artistes dans le besoin, point de vente d’importantes collections. Et aujourd’hui restent les archives, une source d’information importante pour la recherche historique et artistique.

Vera Lewijse,         
Historienne de l'art          

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Georges Giroux
par Willem Paerels

 

 

 

 

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Le Fauconnier

 

 

 

 

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Marinetti

 

 

 

 

 

 

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Fernand Toussaint,
'Le Sillon'

 

 

 

 

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J..F. Eslander

 

 

 

 

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Rik Wouters

 

 

 

 

 

 

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Druand-Ruel,
par A. Renoir

 

 

 

 

 

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La Galerie 
Georges Giroux

 

 

 

 

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G. Haustrate,
'Le boxeur'

 

 

 

 

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Les Giroux,
par Ramah 

 

 

 

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Marinetti

 

 

 

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Boccioni, bronze

 

 

 

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Boccioni,
Autoportrait

 

 

 

 

 

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Vuillard,
'Après le repas'

 

 

 

 

 

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M. Wagemans,
'Paris'

 

 

 

 

 

 

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Lettre de la galerie,
1923 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Document Giroux

 

 

 

 

 

 

Supprimés,
droits Sabam :

Louis Thevenet

Emil Nolde,
Autoportrait

 

[1] R. Hozee (Réd.),  Moderne Kunst in België. Mercatorfonds Antwerpen 1992, p. 13.

[2] J.F. Elslander, Figures et Souvenirs d’une Belle Epoque. La Renaissance du Livre, Bruxelles 1944,p17

[3] Ibidem

[4] J.F. Elslander, 1944 p. 22-23.

[5] J.F. Elslander, 1944 p. 24.

[6] J.F. Elslander, 1944 p. 29.

[7] J.F. Elslander, 1944 p. 34 ; Herschel B. Chipp, Theories of Modern Art, Univ. Of California Press – 1968,  p. 293

[8] R. Hozee (Red.)  1992, p. 344

[9] R. Hozee (Red.)  1992, p. 362

[10] Olivier Bertrand, The Belgian Art Research Institute.

[11]De Standaard, samedi 24 février 1923, 6ième année, n° 55.

[12]R. Hozee, (Réd.) 1992, p. 384-385.

[13] Une importante publication est en préparation du chef de The Belgian Art Research Institute, en fait la collection de tous les catalogues de la galerie Georges Giroux avec illustrations des œuvres vendues. La parution en est prévue pour 2006. Toutes informations complémentaires sont les bienvenues : 
The Belgian Art research Institute,14 rue Vilain XIIII B1050 Brussels  
Tel.
+32.(0)2.642.92.66, Fax +32.(0)2.642.92.70 - E-mail : info@belart.org 
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Bibliographie :
R. Hozee (Réd.),  Moderne Kunst in België.
Mercatorfonds Antwerpen 1992.

J.F. Elslander, Figures et Souvenirs d’une Belle Epoque.  
La Renaissance du Livre - Bruxelles 1944.

An., De Standaard, samedi 24 février 1923, 6ième année, n° 55
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