LA LETTRE MENSUELLE
Un article de Marc-J. Gehens, réalisateur - Juin 2005.

      Art et Cinéma du Fantastique, un miroir lointain
      (Merci, Madame Barbara Tuchman) 
       Troisième volet : Buvez, ceci est mon sang  

;;
L’eucharistie est un symbole troublant dans sa dualité, n’en déplaise au lecteur chrétien.

Le sang, ne l’oublions jamais, est principe même de vie. Cette histoire véridique de la comtesse Bathory (1560-1614), qui égorgea plus de six cents jeunes filles pour se baigner dans leur sang en espérant de cette manière garder sa beauté, est édifiante. Dans son genre une artiste, reconnaissons-le.

D’où la terreur du vampire traditionnel pour l’ail, la lumière, l’eau courante, tous principes de vie. L’obscurité devient par la force des choses son domaine et l’art nous l’a démontré à foison. Car l’art peut mettre en image et surtout en lumière cette face cachée de nous-mêmes.

Un seul titre de Sheridan Le Fanu (1814-1873) l’exprime parfaitement : "Through a glass darkly".

Il s’agit du titre original d’un roman plus connu sous celui de "Carmilla" nous contant une fort belle histoire de vampire au féminin. Le thème lesbien accentue ici le reflet trouble qui apparaît dans le miroir.

Le cinéma l’a compris depuis ses débuts, le "miroir lointain" de Barbara Tuchman également. Mais l’eau de ce miroir peut s’avérer bien glauque.

Belles de nuit

Et pour parler d’eau trouble, il y a dans l’histoire de l’Art bien des regards de femmes qui n’ont pas échappé à l’œil de cyclope du cinématographe. 

54mgweyden1464.jpg (49308 octets)

Van der Weyden, Madonna

Et il ne s’agit pas forcément des femmes dites fatales. Il y a de ces madones à l’expression extatique à qui le pervers attentif lui-même hésiterait à donner le bon Dieu sans confession.

Que dire alors de ces madones de celluloïd venues hanter cet écran noir de nos nuits blanches que chante Claude Nougaro ?

De l’image de ces dames délicieusement fatales à celle devenue stéréotype de la vamp, il n’y a que la distance d’un clignement d’œil peu gêné par la convenance (remarquons au passage l’origine du mot "vamp" lui-même). L’érotisme n’est pas loin, avec son cortège obligé de zones sombres qui en disent long sur les rapports étroits qu’entretient "la petite mort" avec les créatures de rêve de tous temps.

Il y a une thèse de doctorat à écrire sur ce fameux "Eros et Thanatos" qui semble bien conditionner le tout. Cela a été fait sans doute déjà, et par une étudiante aux boucles blondes, j’espère. Le lien entre l’érotisme et la mort est de nature autant philosophique que psychanalytique. Laissons donc cela aux disciples du grand Sigmund, qui en ont noirci à ce jour bien des doctes pages dans des bouquins-abîmes sans nombre.

54mgdoreandromede.jpg (10564 octets)

Gustave Doré,
Andromède

Soulignons simplement que les représentations de la femme dans l’art et le cinéma sont généralement l’œuvre des hommes. D’une misogynie affichée à l’obsession sexuelle grand cru, la palette est large, sinon infinie. 

C’est en victime pantelante que la femme est la plus belle et surtout la plus attirante, de l’iconographie que nous propose bien des musées à celle du cinéma.

Quelque part, cette image de "elle" nous rassure dans notre petit ego masculin, j’en conviens volontiers (ou l’image de "lui" pour certains. C’est selon, chacun sa tasse de thé).

Lui

Il existe un "lui" ultime : Frankenstein. Curieusement, il n’a pas en art de représentation directe. Il n’est cependant guère récent. Il est né en effet de la plume de Mary Shelley (1797-1851), en 1816. (Tiens, une femme qui fait enfin la nique aux hommes, et de quelle façon magistrale !). Ce ne sera que le cinéma qui va donner une image à sa création/créature.

54mgmoreau1868.jpg (37545 octets)

Gustave Moreau,
Prométéhée

Mais quelle image ! Frankenstein va devenir un mythe intrinsèquement lié au 7ième art.

Cependant, il était déjà en gestation, de certaine manière, dans la mythologie et l’art. Prométhée et sa légende annoncent la couleur : celle du feu ravi aux dieux, le feu de la connaissance s’entend. L’Homme pourrait donc égaler le créateur qui a créé quoi ? L’homme, précisément. 

On mesure le pas, pas très grand, à faire. Mary Shelley l’a franchi.

Chez les alchimistes illustrés dans l’art ancien se retrouve cette notion de l’homonculus qui préfigure la création de l’auteur romantique. Mais elle reste, comme la pierre philosophale, de nature philosophique. Il faudra encore attendre le 20° siècle et Hiroshima pour donner corps redoutable à ces recherches sur la matière.

L’image de l’acteur Boris Karloff est devenue un cliché inexact du personnage. Mentionnons d’ailleurs au passage et puisque l’on parle d’art, le travail de création de Jack Pierce, le maquilleur qui a le premier donné visage au mythe sur la pellicule.

Bien après ce chef d’œuvre de James Whale en 1931, un autre film a enfin remis les pendules à l’heure. En effet, dans "Frankenstein must be destroyed" (Hammer Film) de Terence Fisher en 1972, le baron Frankenstein créateur de la créature EST le monstre. Il est monstrueux dans sa veulerie, son cynisme de scientifique, son manque total de scrupules.

On ne peut s’empêcher de penser au docteur Mengele, ‘génie’ de la chirurgie certes, mais…on connaît le reste. Juste retour aux origines et au mythe ancien : dans le film de Fisher, la victime des expériences du baron se suicide par le feu avec son créateur.

I’ll be back : l’évangile selon Arnold Schwarzenegger

On pourra mesurer le cheminement de la pensée si l’on sait que dans le livre de Mary Shelley, la créature disparaît avec Frankenstein dans les glaces et les neiges du pôle. Nous avons souligné ailleurs le parallèle avec Edgar Poe et la fin de son "Extraordinaire voyage d’Arthur Gordon Pym", se terminant lui aussi dans le blanc du pôle. Freud n’est de nouveau pas loin.

Le cinéma, médium de notre temps, évolue avec son époque, bien sûr. Pas toujours très heureusement, j’en conviens, mais c’est là l’affaire des historiens du film.

L’avatar ultime de Frankenstein en ce domaine est le Terminator de James Cameron en 1984.

C’est un produit typique de notre temps : rythme soutenu et technique impeccable, les effets spéciaux époustouflants aidant. Mais il y a plus : une scène où le monstre androïde fabriqué de toutes pièces doit, après une action musclée, se réparer un œil qui est en fait une lentille de caméra. Ce qu’il fait devant un miroir. L’acteur en titre, Arnold Schwartzenegger, a voulu faire une plaisanterie et, l’œil réparé, a eu ce geste imprévu de se lisser les cheveux. Eclats de rire de l’équipe de tournage mais surtout, réaction du metteur en scène : oui !

Cette anecdote va plus loin qu’il n’y parait. Toute la raison bascule soudainement : cette machine serait donc quand même, quelque part, humaine ? Nous voilà revenus aux grandes créatures héritées du gothique : le doute s’insinue dans la pensée… nous sommes de nouveau prêts pour tous les possibles.

54mgfrstorysmight.jpg (34158 octets)

Smight, Frankenstein, The true story

Et pour le merveilleux toujours sous-jacent dans l’horreur. Dans "Frankenstein, The True Story" de Jack Smight en 1973, la créature est un homme superbe devant lequel le docteur Frankenstein s’écrie : "Merveilleux !". L’être artificiel croit que c’est là son nom, jusqu’au jour où il commence à se détériorer. Devant le miroir, il interroge son reflet abîmé : "Merveilleux ?". On n’est pas loin de Dorian Gray et de la pensée d’Oscar Wilde (1854-1900).

Plus évoluée enfin, cousine Ripley boucle la boucle dans ce "Alien 4, Resurrection" de J-P .Jeunet (1997). Machine parfaite, elle sera la seule survivante d’un équipage humain décimé et c’est elle seule qui retrouvera notre bonne vieille planète-mère. On en a froid dans le dos.

On voudra bien me pardonner de m’être étendu sur ce mythe en particulier.….  Mais c’est certainement celui qui rejoint le plus nos préoccupations contemporaines, l’ombre de la science aidant. Le clonage aujourd’hui possible ne produira pas que des Ripley / Sigourney Weaver, il faut le craindre.

La prison

Les infinis de l’espace semblent peu de chose comparés à nos abîmes intérieurs. La peinture de Francis Bacon (1909-1992) en témoigne de manière inégalée. Bacon peint l’horreur tapie au fond de nous et tous les monstres de cinéma pâlissent à côté de certaines figures de papes.

Les films d’Ingmar Bergman pourraient seuls soutenir la comparaison, parfois, dans leur approche de cet espace intérieur où personne, effectivement, ne vous entend hurler.

Paradoxalement et bien avant Bacon et Bergman, les prisons du Piranèse (1720-1778) semblent avoir pressenti le même sentiment. Elles aussi sont les prisons de l’intérieur où la Carrie de Brian De Palma (1976) erre en petite fille apeurée comme Alice derrière le miroir.

D’autres espaces à première vue plus aérés, eux, n’en sont guère moins délétères. Le jardin de "L’année dernière à Marienbad" (Alain Resnais 1960) présente cette qualité de certains "espaces inquiets" dont parle Marcel Brion dans son remarquable ouvrage "L’Art fantastique" (Albin Michel-1961). On pense à l’étrangeté maladive de ces célèbres paysages balnéaires de Spilliaert (1881-1946) que viennent compléter, en une harmonie terrible, ses autoportraits au miroir.

Des autoportraits qui sont autant de cris de désespoir impuissant, comme chez Munch.

Ces peintures ont en commun avec le cinéma, en ce qu’elles sont autant "d’arrêts sur image" qui figent les architectures que s’est construite la raison.

Des architectures qui semblaient avoir trouvé leur point culminant dans la peinture de la Renaissance. L’équilibre né de la géométrie se voulait une vision rassurante où pouvaient évoluer personnages de saints ou de gens du peuple. Dieu était partout présent dans ces décors bien ordonnés où chaque chose avait sa place, comme dans Sa création.

Les catacombes de la ville sainte

Hollywood, nouvelle Rome de l’image sainte, a repris le flambeau qui, après les ruines romantiques du Romantisme, était devenu tison. Bien des livres abondamment illustrés ont répandus à profusion ces images de décors cinématographiques monumentaux, et le fantastique n’y est présent que par la tangente, c’est-à-dire par les budgets y alloués souvent.

Le fantastique s’est réfugié ailleurs, par exemple dans l’œuvre du décorateur Richard Day (1896-1972) pour un film de Jacques Becker (1929) : "The kiss". Un décor modern style glacé qui semble construit comme un écrin pour la froideur de Greta Garbo. Rarement depuis la renaissance avait-on vu semblable osmose complète entre sujet et environnement visuel.

Garbo n’y est qu’un Sphinx dans son temple, énigmatique comme l’une de ses questions.

Enigmatiques également ces autoportraits de Chaim Soutine (1893-1943), autant que ses peintures de bœufs écorchés. On pense au "Sang des bêtes" de Georges Franju de 1949, pas du tout par la similitude des sujets, mais bien plutôt par ce qu’il y suggère derrière ce sujet.

Il y va dans ces œuvres de la présence de l’invisible, innommable par définition. William Blake (1757-1827) déjà l’avait pressenti et il est peut-être le seul à avoir pu rendre forme à l’informulable. Ici, le cinéma s’est cassé les dents car il est en soi l’art du montré, et comment donner une image à ce qui est invisible ?

De ce fait peut-être bien, et malgré des techniques de trucage et la fort belle histoire de G.H. Welles, les "L’homme invisible" du cinématographe ne méritent guère d’être portés à l’attention de l’amateur curieux.

L’invisible et son alter ego, le non-dit inexprimable, posent par définition une question qui ne peut mener, en art, qu’à la suggestion. Shakespeare, cebougre visionnaire, l’énonçait déjà dans "Hamlet" : “The undiscovered country from whose bourn no traveller returns…” (act 3 – sc. 1).

Dans son oeuvre “The Go-Between”, l’écrivain Hal Hartley l’affirme de même : « The past is a foreign country: they do things differently there.”   nous situons-nous?  Nous restons ballottés dans les méandres du temps.

Et ce n’est guère un hasard si, dés sa naissance en 1895, le cinéma a fait la part belle à ces mondes futurs possibles que la toute puissante science de l’époque prétendait promettre.

Au diable cette technologie omniprésente qui construit la tour Eiffel et le Titanic : l’imagination au pouvoir, déjà ! Et cela nous donna une vision du futur qui n’avait pas encore oublié la puissance conjuguée de la poésie et du rêve débridé.

Encore tapi dans l’ombre des débutants, Sigmund Freud ricanait et se penchait déjà à la même époque et comme par hasard, sur la problématique du rêve. De préférence sur celui des belles viennoises me dira-t-on. Mais passons outre, dans ce site estimable sinon estimé, sur ce détail mesquin et sordide ô combien !

I want to go home

L’art, dans tout cela, affichait une timidité prudente. Libre d’entraves donc, une imagerie populaire s’est rapidement frayée un chemin vers un public gourmand d’autres mondes possibles. Ne perdons pas de vue que nous étions en une époque qui se remettait péniblement de la grande tuerie de 1914-1918. Entre l’Amérique en crise économique (pensez donc, avec la prohibition de l’alcool !) et la république de Weimar (qui allait bien mal finir, celle-là), le poète et l’artiste se cherchaient.

Et cela ne nous semble pas un hasard de l’Histoire (avec un grand H respectueux, remarquons-le) si ce temps a été témoin de la floraison d’innombrables revues et couvertures de romans à trois sous qui « parlaient » plus aux gens avides de rêve et d’évasion, que l’une ou l’autre réédition de Flaubert ou de Balzac.

Bien évidemment ces œuvres (c’en sont) mineures ne trouvaient pas ombrage accueillant et place aux cimaises des musée d’art contemporain. De nos jours encore, éclairés cependant parait-il, on passera toujours pour un malotru et un malpropre si l’on a l’incongruité de les mentionner à l’un ou l’autre de ces amateurs d’art qui hantent les vernissages ainsi que des Gorgones sans miroir, ou tels ces papes tout puissants mais séniles déjà que peignait Bacon.

En attendant Godot…ou quoi de pire ?

Une œuvre toutefois, de prime abord d’apparence anodine, a trouvé grâce aux yeux des prélats de l’art contemporain : une toile de Richard Oelze (1900-1980), "L’attente" de 1936 au Museum of Modern Art de New York.

Beau titre, et prémonitoire si l’on y regarde bien. Qu’attendent en effet ces contemporains de l’interbellum ? Nos Hiroshima peut-être, déjà ? L’air y semble bien malsain sous les nuages du futur…

Ce tableau garde bien, même pour nous anno 2005 AD, valeur de métaphore.

Les grandes peurs ancestrales ne changent pas, elles prennent simplement un autre visage comme pour mieux nous duper dans notre suffisance narcissique.

Morts-vivants en puissance, nous sommes plutôt devenus, de nos jours, des vivants-morts, terminologie par ailleurs plus adéquate en regard du « living dead » anglo-saxon.

Bien sûr, nos vaisseaux spatiaux et nos spectrographes de masse nous conduisent aux confins de la galaxie sinon au delà, et nos biologistes jouent du trapèze sur les circonvolutions de la spirale d’ADN. Mais encore ?

L’artiste reste toujours lamentablement nu et désarmé devant l’Hydre de la création. Le cheval de Guernica hurle toujours son effroi devant l’indicible, et cette toute petite statuette du belge Paul Van Hoeydonck (°1925), le "Fallen Astronaut" tremble certainement d’effroi, de solitude et, surtout d’un oubli scandaleux, sur le sol de notre lune blafarde comme un portrait de Munch.

Saluons au passage cet artiste de notre terroir: la seule œuvre d’art au monde dans l’espace ! Ici aussi il y a métaphore, et matière à penser, loin. (Et laissons là Halle-Vilvoorde, s.v.p.).

Le dernier voyage de Star Trek

Il n’est guère besoin d’encore présenter cette série télévisée devenue emblématique. L’espace y est devenu une simple colonie de notre prétentieuse humanité, à l’instar de l’Afrique de nos grands-parents. Le prix sera cependant à payer : bien des espèces et des ethnies disparaîtront, et nous ne faisons pas exception. Le suicide est souvent contagieux, et collectif parfois.

Nous restons une civilisation de lemmings, semble-t-il bien.

Les architectures que propose M.C.Escher (1898-1972) à notre réflexion semblent avoir pressenti ce futur que l’on ne peut présager que pire, elles représentent le crépuscule des dieux où va naufrager notre  raison cartésienne. L’hyper-espace conquis par le vaisseau "Enterprise" de Star Trek tel un ultime Hollandais Volant, ne nous révélera  peut-être lui aussi qu’un monde où  les lendemains ne chantent pas plus juste que ceux de notre aujourd’hui.

Cette problématique de futurs peu joyeux va de nos jours à l’encontre de l’imagerie optimiste de la science-fiction naissante. Il est frappant de constater qu’à peu près dans le même temps où Menzies (1896-1956) nous proposait son "Things to Come", de Chirico (1888-1978)   lui nous hantait avec ses vues de villes improbables mais redoutablement possibles, semant en notre esprit un doute fondamental toujours résurgent. Le film lui, nonobstant sa beauté, possède à présent un goût de cendre. C’est l’holocauste d’un certain rêve à caractère rousseauiste.

Plus près de nous encore, le cinéaste Luc Besson dans son "Dernier combat" (1983) osait une vision futuriste de Paris qui fit peur : ce décor superbe d’un possible inacceptable fut coupé au montage. Il n’y manque que, sur un horizon fuligineux en CinemaScope, la dernière chevauchée des Walkyries.

La dernière plage

En abordant ce domaine qui marie art fantastique et cinéma dito, nous n’avons jamais eu la prétention de réaliser une nomenclature exhaustive du sujet, non plus que d’en dresser une forme de catalogue plus ou moins raisonné. Des centaines de bouquins ont été écrits sur un sujet comme sur l’autre. L’amateur qui aurait la témérité de taper sur Internet le simple mot « Science-fiction » va se retrouver parti pour la gloire, comme dit l’expression populaire, et pour bien des heures de migraine hantée de Aliens, mais aussi des rêves les plus fous, donc les meilleurs.

Il reste un film de science-fiction bien oublié, peut-être parce qu’il ne fait appel à aucun "special effect" ronflant et performant : "On the beach" de Stanley Kramer (1959).

Il faut, pensons-nous, le mentionner. Car il résume tout. On y voit à la dernière image, Gregory Peck et Ava Gardner devant la mer sur une plage d’Australie, attendant.

Qu’attendent-ils ? Le film nous l’a expliqué : après une catastrophe nucléaire, un nuage qui va tout détruire s’approche du continent australien dernier épargné, et ultime refuge.

Que se passe-t-il ? Rien, sinon l’attente, de nouveau, comme dans le tableau de Richard Oelze. Ava Gardner fait penser à l’ultime Sphinx, condamné au silence par la dernière énigme : demain.

Cette toile de Louis Artan de Saint Martin (1837-1890) a été peinte cent ans auparavant. Et ce peintre solitaire sur sa plage résume lui aussi, selon nous, toute la problématique de l’art, de son futur, et du nôtre en général.

Nos Babylone pourront bien disparaître de la mémoire, le rêve restera toujours. Pavé de nos peurs et angoisses souvent, c’est inévitable. Et ce film en particulier, sans vaisseaux spatiaux ni monstres verts à tentacules, atteint d’emblée à cet essentiel qu’avait déjà pressenti Shakespeare dans Hamlet : "There are more things in heaven and earth, Horatio, than are dreamt of in our philosophy" ( act 1, scene V).

On n’imagine mal ou, à tout le moins difficilement, Hieronymus Bosch (c.1450-1516) descendant à 6.000 mètres sous la mer avec son carnet de croquis, pour nous en ramener les êtres impossibles qu’il a peints. Pourtant, quelques épisodes de l’histoire de l’Art plus tard, l’équipe de tournage du film de James Cameron "Titanic" (vous connaissez ?) nous ramenait des abysses des images de ces mêmes créatures que l’on avait vues chez le maître de s’-Hertogenbosch.

Ne vous disait-on pas que le medium film est, par essence, fantastique ?

 Marc-J. Ghens      

Lien vers la première partie.
Lien vers la deuxième partie.

Bibliographie :
J. Siclier, Ingmar Bergman, Classiques du Cinéma. Paris 1960

Moulin J-P. & Dalain Y., J’aime le Cinéma I-II. Ed. Denoël Paris 1962

Caen M.e.a., Midi/Minuit Fantastique, n° 14, juin 1966. Paris

Jeanne R. & Ch. Ford, Histoire illustrée du cinéma 1-2.  Marabout Université Verviers 1966

Brion M., L’Art fantastique. Marabout Université Verviers 1968

Cowgill B. e.a., The art of Hollywood. A Thames Television Exhibition at the Victoria and Albert Museum. Fifty Years of Art Direction.  London 1979

Miller F., Censored Hollywood. Sex,  Sin & Violence on Screen.  Turner Publishing Atlanta 1994

Marigny J., Sang pour sang. Le  réveil des vampires.  Galimard 1993

Van Lennep J;, Alchimie; Contribution à l’histoire de l’art alchimique. Crédit Communal de Belgique 1984-1985

Argan G.C., L’Art Moderne. Du siècle des Lumières au monde contemporain. Paris 1992


Cliquez sur
les miniatures

54mgazteques.jpg (73253 octets)

Offrandes et
Sacrifices Aztèques

54mgshiningkubric.jpg (45262 octets)

The Shining,
Stanley Kubrick

54mgmunchvampire.jpg (39184 octets)

Edward Munch,
Le vampire

54mglouisebrooks.jpg (17955 octets)

Louise Brroks

54mgmunchfillemort..jpg (23352 octets)

Munch, 
La jeune fille et la Mort

54mgfwhalefrankenstein.jpg (29354 octets)

James Whale,
the Bride of Frankenstein

54mgmantegnasebastien.jpg (24210 octets)

Mantegna,
Saint-Sébastien

54mgredonflagellation.jpg (46273 octets)

Odilon Redon,
"Flagellation"

54mgmariomonicelli.jpg (28873 octets)

Mario Monicelli,
'Armata Brancoleono'

54mgalchimie.jpg (36878 octets)

Alchimie

54mgfrksteinwhale.jpg (22901 octets)

J. Whale,
Frankenstein

54mgfriedrich.jpg (42642 octets)

Friedrich, "Ice Sea"

54mgemmerich.jpg (22901 octets)

R. Emmerich,
'The day after tomorrow'

54mgarcimboldofeu.jpg (34533 octets)

Archimboldo, 'Feu'

54mgterminatorcameron.jpg (22423 octets)

J. Cameron,
'Terminator'

54mgingmarbergman.jpg (16098 octets)

Ingmar Bergman,
'La nuit des forains'

54mgpiranesecarcere.jpg (66373 octets)

Piranese, Carcere VII

54mgcarriedepalma.jpg (25027 octets)

Carrie, de Palma

54mgresnaismarienbad.jpg (19565 octets)

Alain Resnais,
'... Marienbad'

54mgraphael1511.jpg (99059 octets)

Raphael,
L'Ecole d'Athenes

54mgfeyder1929.jpg (25089 octets)

Feyder, 'The kiss'

Soutine, 'Carcasse' :
Supprimé,
Droits Sabam

54mgblakesatan.jpg (35955 octets)

Blake, 'Satan...'

54mginvisibleman.jpg (26453 octets)

H.G. Wells,
Retour de l'homme invible

Georges Melies,
'Voyage sur la lune' :
Supprimé, droits Sabam

54mgoperajulian.jpg (26353 octets)

Julian,
Le fantôme de l'opéra'

54mgoelze1935.jpg (10703 octets)

Oelze, 'L'attente'

54mgbreughelmort.jpg (78153 octets)

Breughel,
'Triomphe de la Mort' 

Van Hoeydonck,
Picasso, 'Guernica' :
Supprimé,
droits Sabam

 

54escher1953.jpg (85219 octets)

Escher, 'Relativité'

54mgchirico1914.jpg (32364 octets)

de Chirico,
'Mystère de la rue'

54mgbessonparis.jpg (74008 octets)

Luc Besson,
'Dernier Combat'

54mgstanleykramer.jpg (30405 octets)

Stanley Kramer,
'On the beach'

54mgartanmer.jpg (37091 octets)

Louis Artan,
'Peintre devant la mer' 

54mgboschenfer.jpg (42068 octets)

J. Bosch,
'Jardin des Délices' 

Copyright © 2005 Mémoires et Marc-J. Ghens. 
Tous droits réservés.

Les autres articles sont accessibles via nos archives.  
Inscrivez-vous pour recevoir les informations sur nos parutions.

 

Retour à la lettre       Retour à l'accueil       Recommandez ce site à un ami 

 

Hit-Parade