LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Mai 2005 
  Cinquième Biennale Internationale de la Gravure de Liège 
  
Fête de l'image
au Mamac... et Ubac, Gromaire, Leroy, Delrue...

;;
Au fil du temps, au fil des ans, notre prédilection pour la gravure se fait plus intense comme si cette pratique artistique relevant de la simple ( ! ) et magique rencontre de la pointe, de l’encre et du papier allait bien au delà de ces grands messes contemporaines dont on nous rebat trop souvent les oreilles.

En 2003, après des années de silence, la Biennale de la gravure de Liège reprenait vigueur et accueillait des candidats provenant de 32 pays européens.

L’intérêt suscité par l’événement fut tel que l’édition 2005 a décidé d’élargir les frontières aux graveurs des cinq continents.

Il en est venu d’Australie, de Chine, du Brésil et d’ailleurs.

La Biennale se tient au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (Mamac) et réunit plus de 420 artistes s’aventurant encore, malgré dérives et mutations, à imprimer des images sur des feuilles de papier, "s’obstinant encore et toujours à explorer une terre apparue, tout compte fait, à la fin du Moyen-Age"…

Les graveurs sont des gens de métier et les techniques qu’ils privilégient –pointe sèche, aquatinte, lithographie voire impression numérique – s’en réfèrent au geste et au geste seul dans une "liturgie" où il est question d’encre et de papier réunissant autour d’une presse des artistes toujours un peu inquiets quand vient le moment de séparer l’épreuve de la matrice.

Parcourir les salles du Mamac c’est aller à la découverte du langage propre à chaque graveur.

L’allemande Eva Schöffel trace géométriquement, tristement, son jardin de briques en linogravure. Le belge Ronny Delrue, qui a obtenu le prix de la Biennale, ravive la mémoire au moyen d’une sobre héliogravure rehaussée de crayon. Les souvenirs parfois se parent de nostalgie.

Autre belge, coutumière des lieux, Bénedicte Van Caloen, nous ravit toujours avec ses personnages longilignes et tendres, façonnés en une curieuse eau forte marouflée sur papier mâché.

Epinglons, au passage,  le sombre gisant "Ophelia", troublante eau forte de la chinoise Zhang Wenjuan et le travail très personnel de la hollandaise Rosema Judith qui, du bout des doigts et avec adresse se tricote, ou se détricote les cheveux en passant par une lithographie aux traits vigoureux intitulée "Haar".

Impossible d’évoquer chaque artiste dont les exercices de style contribuent au succès de la fête.

Une fête qui célèbre aussi (au Cabinet des Estampes) Raoul Ubac né à Malmédy en 1910.

Ce peintre, sculpteur, graveur d’une grande originalité -mort dans l’Oise en 1895- méritait ici une place de choix.

L’artiste, en effet, au cours d’un voyage en Savoie, ramasse un fragment d’ardoise et à l’aide d’un clou y grave un dessin. Fasciné par ce matériau, il ne l’abandonnera plus travaillant simultanément la peinture et l’ardoise qu’il grave de plus en plus profondément jusqu’à obtenir de véritables reliefs.

Le travail de l’artiste est lent et la maîtrise grandissante. "C’est l’histoire nocturne de la pierre, la longue sagesse des roches, indéfinie, inachevable".

Par l’ardoise Ubac aborde le corps avec des torses très minces, striés de lignes tracées au burin et au ciseau. Il représente aussi le paysage dans des reliefs aux lignes parallèles et rythmées.

L’exposition rassemble des eaux fortes, des bois gravés, des empreintes d’ardoise témoignant d’une sensibilité rare. 

"Graver est une magnifique manière de dessiner" affirmait Eugène Leroy, autre graveur de talent qui fait, avec Gromaire l’objet d’une exposition annexe en la salle Saint Georges, en Feronstrée.

Les amateurs de gravure peuvent se réjouir. L’événement est d’envergure. La fascination opère et les organisateurs peuvent s’enorgueillir de sensibiliser à l’estampe un public de plus en plus nombreux.

Colette Bertot         
 
;;   

Cliquez sur 
les miniatures 
pour voir l'oeuvre 
en grand format

 

53cbil_delrue.JPG (46780 octets)

Ronny Delrue

 

 

 

53cbil_heiskanen.JPG (21274 octets)

Outi Heiskanen

 

 

 

53cbil_zhang.JPG (27996 octets)

Wenjuan Zhang

 

 

 

Supprimé :
Raoul Ubac,
Droits Sabam

Biennale de la gravure de Liège.
Mamac. Parc de la Boverie 3. Liège. Du mardi au samedi de 13h à 18h. 
Le dimanche de 11h à 16h30. Fermé le 1 et le 8 mai.

Ubac. Cabinet des Estampes et des dessins. Parc de la Boverie 3, Liège.

Marcel Gromaire et Eugène Leroy. Collections du Musée de Gravelines.  
Salle Saint Georges en Feronstrée, Liège.
;;

Exposition accessible jusqu'au 15 mai 2005.
Pour renseignements complémentaires. Tel. 04/ 342.39.23.  

Copyright © 2005 Mémoires et Colette Bertot.
Tous droits réservés.

Les autres articles sont accessibles via nos archives
Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre        Retour à l'accueil

 

Hit-Parade