LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Vera Lewijse.  Mars 2005 
  Natures de peintres - Boulenger, Artan, Rops, Vogels, Ensor
  
Le "pleinairisme" à l'Hôtel de Ville de Bruxelles

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L’exposition à l’Hôtel de Ville de Bruxelles nous propose un regard sur l’art du paysage en Belgique à la fin du XIXème siècle.

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G. Vogels,
Rue Ste-Catherine

Sous l'argument du 175ème anniversaire de la Belgique, l’occasion est offerte au public de retrouver ou de découvrir pour la première fois des œuvres remarquables et souvent moins connues et moins caractéristiques que celles qui ont contribué à la notoriété de leur créateur.

Un lien fort rassemble les peintres choisis : c’est le regard qu’ils portent sur la nature et la manière dont ils s’expriment durant cette période, entre 1865 et 1890.

Avec l’école dite de Barbizon, la manière dont les peintres se présentent, dans la nature et dans la manière dont ils la représentent, se manifeste une grande tournure d’esprit. 

La nature n’est plus soumise à un sujet historique, religieux ou mythologique.  La nature ne ‘sert’ à rien qu’à soi même, elle est.

Les peintres Belges ont épuré à leur manière la voie tracée par Courbet. Noch het franse landschap noch het nederlandse landschap kent dezelfde ontwikkeling.

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H. de Braekeleer, 
Rade d'Anvers

Ces peintres en plein air –les pleinairistes– cherchaient à captiver le caractère de la réalité, les couleurs changeantes. Ils cherchaient à offrir au spectateur un témoignage personnel, un enregistrement frais et spontané.

L’impression de la nature qu’ils avaient perçue en plein air devrait être conservée chèrement dans leurs esprits, compositions et esquisses, pour être parachevée dans l’atelier.

Pour le public contemporain, il est incompréhensible que les toiles ici réunies aient pu choquer les visiteurs, elles sont tellement d’une simplicité surprenante. Mais à l’inverse des tableaux conçus en atelier et destinées aux Salons des Beaux-Arts de Paris, Bruxelles, Anvers et Gand, qui devaient respecter la hiérarchie des différentes manières de traiter le paysage conçue par l’enseignement académique, ces œuvres ne pouvaient en aucun manière trouver grâce auprès du grand public et des maîtres d’académie. On ne demandait pas au peintre de mettre son âme, son expérience personnelle dans une toile : au contraire, connaître et suivre les règles était le credo des Salons.

Je cite ici Camille Lemonnier pour mettre l'accent sur l'esprit novateur de ces jeunes peintres :

(…) faire de la peinture saine et forte, sans jus ni recettes : en revenir au sens vrai du tableau, aimé non pour le sujet mais pour sa matérialité riche, comme une substance précieuse et comme un organisme vivant ; peindre la nature dans sa réalité, sa franchise et son accent, dans un détachement des maîtrises et des systèmes connus.[1]

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J. Ensor, Estaminet sous la pluie

Une centaine de toiles sont à admirer dans les salles du musée. 

Elles sont groupées par peintre, ce qui nous donne l’occasion de nous forger une idée du caractère du peintre et de ses toiles. Ainsi les différences et les similitudes sautent aux yeux. La confrontation directe des œuvres est plus parlante encore.  

Francis Carette en fait la remarque dans le catalogue de l’exposition : ces six artistes constituent la veine principale autour de laquelle la peinture belge du paysage se construit[2]. Bien sûr il y en avait d’autres, également importants et qui ne sont pas présents ici, comme Huberti, Coosemans, Heymans, Dubois, Pantazis, Meunier, Baron, Verheyden, etc.[3] 

La sélection que les organisateurs ont faite repose sur la conviction suivante : certains paysagistes belges à la fin du XIXème inventent un langage pictural original et remarquable. Ce langage s’insère dans l’ensemble des mouvements picturaux européens de l’époque et répond évidemment à des interrogations identiques. Il n’en constitue pas moins un développement spécifique basé sur une vision et une expression suffisamment diverse et cohérente pour ne pas être considéré comme l’appendice d’un mouvement venu d’ailleurs.

Je vous souhaite une bonne visite en découvrant des œuvres qui mettent en valeur un patrimoine artistique belge trop souvent enfermé dans les réserves de nos musées ou simplement laissé à la seule jouissance de quelques collectionneurs privés.

Vera Lewijse,        
Historienne de l'art       
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les miniatures

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H. Boulenger,
Vue de Dinant

 

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F. Rops,
La côte bretonne

 

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G. Vogels,
Aurore, Mer du Nord 

 

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L. Artan,
Barques de pêche

 

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H. De Braekeler,
Moulin de Kiel

 

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F. Rops et L. Artan,
Paysage

 

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H. Boulenger,
Vue de Dinant (2) 

 

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F. Rops et L. Dubois

 

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L. Artan,
Embouchure de l'Escaut

Hôtel de Ville de Bruxelles, Grand Place, 1000 Bruxelles.
Infos : 02-279.64.34
Du mercredi au lundi, de 10 à 17h, ouvert les jours fériés. 
Exposition accessible jusqu’au 12 juin 2005.

Notes :
[1] C. Lemmonier, L’Ecole Belge de Peinture 1830-1905. Ed. Labor 1991 p. 133

[2] F. Carette, Un choix particulier : Boulenger, Artan, Rops, De Braekeleer, Vogels, Ensor dans Natures de peintres/Schildersignatuur.

[3] Robert Hozee, Het landschap in de Belgische kunst 1830-1914. [Cat.d’exp.], Gand 1980 est l’ouvrage de référence pour l’histoire de la peinture paysagère moderne en Belgique.

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