LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Mars 2005 
  La statuaire de Nicolas Alquin 
  
A la Galerie Lanzenberg et au Musée d'Ixelles

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Alquin
, sculpteur français né à Bruxelles en 1958 suscite différentes réactions.

Au premier abord, on rechigne un peu au spectacle de cette statuaire longiligne si proche de la sculpture primitive qu’on n’y voit pas de véritable originalité.

Tant d’artistes s’essaient à l’art des effigies de bois, un rien didactiques, sommairement équarries et dressées comme totems protecteurs d’un clan, objets de tabou ou de devoirs particuliers.

Et puis, à observer plus intensément les œuvres en s’efforçant de dépasser les a-priori, en faisant fonctionner le regard plutôt que l’œil, on découvre une liberté d’expression qui se démarque du déjà vu.

Une histoire se glisse dans la peau des formes, les rend universelles, intemporelles, somme tout dégagées de toute contingence.

Voyez ces multiples "Passantes" - vigilante – rêveuse – du matin – des salines, elles témoignent d’un incessant travail de mémoire axé sur le passé tout en adhérant au présent. La spiritualité qui guide leur moindre attitude, le mouvement qui régit leurs gestes économes donnent à chacune d’elles un nouveau pouvoir de fascination.

Les formes issues d’une réalité concrète basculent peu à peu vers l’abstraction et le questionnement sur le temps qui entraîne l’artiste d’un thème à l’autre, d’une civilisation à une autre.

Si l’art primitif, même revisité, saute aux yeux, l’art roman vient, lui aussi, interférer sur le chemin de la création.

Chez Lanzenberg, un émouvant "Face à la brume" perdu entre les formes oblongues et envolées de matériau patiné figurant un oiseau ou un arbre en mouvement, ressemble à un chapiteau médiéval au cœur duquel l’artiste aurait sculpté quelque anecdote biblique.

Alquin travaille essentiellement le bois de chêne, celui que les ans et les eaux ont rendu imputrescible. Sa vigueur est éternelle et sa densité permet à la main habile tous les traitements. L’artiste ne le ménage pas d’ailleurs. Il le scie, le coupe, le taille, l’entaille, le creuse, le décompose, brise les lignes, dynamise les courbes, patine les entailles. Parfois il laisse au bois son aspect naturel, parfois le couvre de chaux ou de couleurs diluées qui donnent aux figures une nouvelle vie accrochant symboliquement la lumière.

Ailleurs (chez Lanzenberg encore) quelques dessins au trait raffiné évoquent un "Vrai visage de Moïse" ou une série de "Bythia" d’une touchante simplicité. Bythia, avons-nous appris, était la fille du pharaon qui recueillit Moïse. La grâce qui enveloppe ces dessins vaut à elle seule une visite.

Au Musée d’Ixelles, l’idée peut surprendre mais prouve aussi que l’art autorise toutes les audaces, les "Bois flottés" de l’artiste se mêlent au quotidien des salles.

Entre les toiles d’Anna Boch, Evenepoel, Delvaux, déambulent "Salomé", "Hérodiade" ou un superbe "Gardien de l’abîme", témoins silencieux et privilégiés de la permanence de l’art.

Colette Bertot         
 
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51ilalquinmatern.JPG (22906 octets)

Bythia

 

 

51ilalquinfaceter.JPG (27879 octets)

Face à la terre

 

 

51ilalquingard.JPG (18725 octets)

Gardien de l'abîme

Galerie Fred Lanzenberg. Avenue des Klauwaerts 9. 1050 Bruxelles.
Jusqu’au 3 avril 2005. 

Du mardi au samedi de 10h à 12h30. De 14h à 19h.
Le dimanche de 10h à 13h.

Musée d’Ixelles. 71 rue Jean van Volsem. 1050 Bruxelles.
Du mardi au vendredi de 13h à 18h30. 
Samedi et dimanche de 10h à 17h.

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