Les frasques humides de Jan
Fabre :
L'information et
l'événement datent de fin novembre 2004, mais l'expérience devrait se
renouveler au Festival d'Avignon. Notre compatriote et haut
représentant de la Flandre culturelle a réussi l'exploit de choquer
l'intelligentsia parisienne et de provoquer la polémique par une de ces
outrances dont il raffole.
Son dernier spectacle, The
Crying Body, fut présenté au Théâtre de la Ville de Paris, en
présence du ministre de la Culture français, Renaud Donnedieu de Vabres.
On y vit -et on en retint surtout- des acteurs qui injurient le public,
procèdent à des séances de masturbation, des danseuses qui urinent sur
scène et un congénère qui danse dans la flaque en éclaboussant une dame
du premier rang !
On s'en doute, les réactions furent
violentes, d'autant que cette mise en scène était subventionnée par la
Ville de Paris et l'Etat français. Il suffit de taper "Jan Fabre
Crying Body" sur un moteur de recherche pour lire ce que l'on a pensé
à Paris : "Les bas-fonds de la décadence" (France-Echos),
"Outrage au public" (Le Figaro)... Le Monde croyait pourtant à
"une pièce très politique".
Je ne pense pas que l'on refera la
Bataille d'Hernani sur un spectacle que l'on vit presque à l'identique en
d'autres "théâtres" de la rue St-Denis. Il y a sans doute du
sens à nous montrer "l'authenticité de l'animalité" (Le
Monde). Et il y en a, mais c'est celui des moutons, à applaudir à tout
rompre quand on vous couvre d'injures et de blasphèmes.
Car là réside à mon avis l'essentiel du
problème : ce que certains croient être l'aboutissement de l'audace, le
suc du génie et de la créativité, n'est en fait qu'une fable vide,
racoleuse (encore que les goûts...) et facile. Il est aisé de montrer un Christ nu, humilié (déjà
Hollywood a fait fort dans le genre, avec Mel Gibson je crois) : on ne
craindra pas qu'un kamikaze vienne se faire exploser devant sa porte. Il est
facile de cracher sur nos idéaux fondateurs, et de trouver des snobs pour
applaudir : cela est dans l'air du temps, comme la surenchère. Il n'y a
dans ma réflexion aucune défense d'une seule croyance, d'une religion
déterminée, mais de toutes, et de la dignité plus généralement.
Je me fiche en fait des Ondine, des Masoch,
des Siffredi, des Leda et autres Narcisse, de l'affichage de
pratiques d'alcôves ou de latrines. Je déplore simplement que l'on confonde si
souvent audace, innovation, et mauvais goût, transgression. Que l'on croie
que mépriser l'autre -qui ici applaudit sa propre médiocrité- est une
forme d'expression qui grandit. J'ose espérer que les mêmes ne s'indignent pas d'un
tableau ou d'une publicité où la femme est belle et applaudissent quand
elle s'avilit.
Rassurons-nous : de telles outrances ne
sont pas spécifiquement belges, et les Français se plaignent amèrement de
leur théâtre. Enfin, pour ceux qui seraient tentés par Fabre,
conseillons-leur de ne pas choisir le premier rang...
E. MdR
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