Eliane de Meuse
admirée dès 1936 :
Un article du Courrier
d'Anvers du 12 novembre 1936, de Sander Pierron, nous est adressé par
M. Nicolas Limberopoulos :
"La jeune artiste
-titulaire du Prix Godecharle- qui expose au Palais des Beaux-Arts une
centaine de toiles, est appelée à un grand destin ; déjà son talent
touche à la maîtrise. depuis Rik Wouters, qu'elle évoque çà et là,
on ne connaît point, dans notre école contemporaine, la manifestation
d'un si prodigieux talent. Talent original, bien qu'il s'apparente à
d'illustres prédécesseurs, Ensor notamment, dans telles pages
polychromes : Raie et Chou, et Pantazis aussi, dans telles
pages en grisaillées ; Accessoires et Boîte à couleurs.
Eliane de Meuse est une
coloriste de race ; elle saisit les infimes nuances, les harmonise, comme
s'il s'agissait d'accords de notes ; chez elle, tout est musical. De
vision subtile, elle évite l'idéologie, pour ne regarder que la nature;
tout est d'inspiration directe, mais de sensation individuelle. Les
valeurs à la fois rompues et vives de la palette s'entendent bien avec le
rythme des lignes sans dureté, limitant des formes enveloppées, dont les
méplats se suggèrent plus qu'ils ne s'accusent.
Cette artiste de trente
ans est l'héritière des luministes et, dédaignant le système du
clair-obscur, elle ne fait jamais ressortir le relief par le jeu
antithétique des ombres et des jours. Elle situe tout dans la pleine
lumière, qu'elle traite les motifs les plus divers, dans l'obéissance à
une curiosité sans bornes ; figures et fleurs, paysage et nature-morte.
(...).
(...) C'est un chant où
tout se module sur un mode mineur, où les nuances ont souvent de
translucides résonances de gammes. Et en général cela contient un sens
humain, surtout dans les grandes toiles : Sommeil, Jeunes filles,
Dos, Atelier. Dans les types individuels, le psychique et le
physique se mêlent, l'âme habite la matière : Etudes -dont l'une,
féminine, est toute rubénienne- Profil, Jeune fille, Sarita,
Portrait et Claude, qui est comme une refonte sur le plan
moderniste tachiste de la Communauté de Bastien Lepage.
Le relief indiqué dans
ces images aussi pensées que peintes, est plus ferme dans tel Nu,
dans telle figure du Peignoir rose. Pour la saveur du coloris, on
l'aimera à travers la vigueur des Prunes et Feuillages, Dahlia
et Théière bleue, Lampe et Pomme rouge, Nature morte,
à travers la délicatesse de la Nature morte à la Soupière, Nature
morte bleue, Nature morte grise, Dahlias blancs, Dahlias
roses, Rouge et Vert, Pomme et Linge. Et puis,
quand vous aurez pris plaisir à admirer ces merveilles de fine lumière,
laissez-vous transporter dans tout le mystère de la nature pittoresque en
regardant : Serres et Neige, où tout est spirituel et
suave...".