LA LETTRE MENSUELLE
Un mémoire d'André Schoutens - Janvier 2005.

     Joseph Lacasse, peintre, 1894 - 1975 - Datation de l'oeuvre
     Une importante manipulation de dates, d'attribution d'époque !

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Il nous a été livré un très intéressant mais très intrigant mémoire sur le peintre Joseph Lacasse, fruit d'un important travail de recherche d'André Schoutens. L'auteur a patiemment épluché les catalogues d'expositions, rencontré les survivants qui avaient connu Lacasse, lu son autobiographie pour la comparer à nombre d'articles de l'époque... Une remarquable et nécessaire contribution à l'éclairage de notre Histoire de l'art, en fait. 

Joseph Lacasse est issu du monde ouvrier tournaisien. Il suit une longue formation à l'Académie des Beaux Arts et des Arts décoratifs de Tournai, de 1906 à 1921. Ses condisciples décrivent son acharnement à apprendre ; "pas terrible en dessin", il était un coloriste doué d'un oeil très sensible, peignant en larges pans, articulant avec soin ses lignes, ses plans, ses masses. 

Il fut ainsi un réaliste dont la facture témoignait de sa force et de sa conviction. Le choix de l'artiste est d'emblée d'orienter son travail vers une exaltation du monde ouvrier.

En 1925, il part à Paris (il acquérra cette nationalité en 1947), et travaille avec Maurice Denis de 1925 à 1927. Il développe alors une peinture "religieuse émotive où le Christ, parfois la Vierge, côtoie les travailleurs". Il rencontre alors un succès d'estime, aidé même par d'anciens professeurs, comme Pion.

Dans les années '30, ses sujets d'inspiration varient peu, tandis qu'il utilise "plus d'aplats de couleurs vives inscrits dans des formes arrondies".

Puis il s'engage dans une activité de galeriste et d'animateur théâtral (il fonde L'Equipe à Paris) qui lui laisse peu de temps pour la peinture. La guerre interrompt totalement sa production.

En 1946-1947, il se remet en question et commence une oeuvre nouvelle, principalement abstraite, caractérisées par sa lumière expressive et sa spiritualité. Les premières expositions de ces oeuvres abstraites datent du début des années '50. 

Et c'est là que le bât commence à blesser.

En effet, cette nouvelle orientation va de pair avec un rejet des oeuvres du passé et une manipulation sciemment orchestrée de la datation des tableaux. Cette pratique commence en 1951 quand des oeuvres présentées sont datées 1935-1936. 

Maurits Bilcke parle alors de découverte, et c'en est une dans la mesure où une telle production hétérodoxe fait de Lacasse l'un des premiers peintres abstraits belges, dans la lignée quasi immédiate des Kandinsky, Malevitch et autres Mondrian.

La falsification s'accélère au début des années '60 et prend un tour radical à l'occasion d'une monographie parue en 1974, un an avant sa mort, et soutenue par Maurits Bilcke et le banquier Maurice Naessens -la banque de Paris et Pays-Bas achète nombre de tableaux.

Comme le démontre André Schoutens, Lacasse utilise le rejet d'événements biographiques, l'ajout d'une chronologie artificielle à l'oeuvre, la destruction d'une partie des oeuvres du début. Bref, il date des oeuvres récentes comme ayant été peintes plusieurs décennies avant.

Un brûlot que ce travail de recherche ! Schoutens insiste sur la qualité du travail de Lacasse comme peintre de l'ouvrier. L'effondrement du bloc communiste a permis une renaissance de l'attrait pour cette peinture à connotation sociale.

Une restructuration de l'oeuvre de Lacasse se heurterait sans doute aux réticences des ayant droit et de la banque Dexia, détentrice depuis 2001 des oeuvres acquises par la banque de Paris et des Pays-Bas, voire du marché de l'art.

Il fallait avoir le courage de le dire...

E. MdR       
  
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Cet article 
n'est pas illustré
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