LA LETTRE MENSUELLE
Une monographie consacrée à Marthe Donas - Décembre 2004.

     Marthe Donas, une artiste peintre qui osa et réussit l'abstraction
     par Kristien Boon

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Autoportrait

Voilà une de ces monographies qui m'enthousiasment parce qu'elle intègre parfaitement la biographie et le style de l'artiste dans les péripéties, les secousses et les jugements de l'époque.

Parmi ces derniers, on lit que le père de Marthe Donas lui avait interdit la fréquentation de l'Académie pour cause de dessin de nu masculin sur modèle. Ou encore que l'artiste a signé souvent Tour D'onasky, ou Tour Donas, car les oeuvres de peintres femmes se vendaient moins bien quand elles n'étaient pas considérées comme signe de moeurs bizarres ! Les deux guerres mondiales, un mari et une fille ont imposé à notre artiste de peindre moins qu'elle n'y aspirait.

Car, pour en revenir à elle, peindre était sa respiration, un de ses raisons de vivre, une profonde et sincère prospection.

Marthe Donas naît à Anvers le 26 octobre 1885. Dotée malgré sa famille d'une solide formation à l'Académie d'Anvers (avec une flopée de Premiers Prix), voyageant à Paris au temps où Montmartre et Montparnasse se disputaient la vedette d'une rive de la Seine à l'autre, Marthe Donas fut tôt marquée par les recherches et les travaux d'André Lhote

Elle travaille un mois dans l'atelier de Lhote, en février 1917, désormais imprégnée de l'idée que l'art ne doit pas être une reproduction exacte de la réalité, mais plutôt son interprétation, un produit de l'artiste lui-même. Elle réalise ses premiers tableaux cubistes et abstraits en 1917.

En décembre 1918, elle retourne à Montparnasse et y loue un atelier dont Mondriaan reprendra la bail. Elle met sur pied ses premières expositions. Mais la maladie, la naissance de sa fille Francine en 1931 et des difficultés domestiques -dont de nombreux déménagements dont Marthe était l'intiatrice- l'obligent à arrêter de peindre pendant 20 ans.

Elle recommence à peindre des oeuvres abstraites vers 1954, après un bref passage dans le figuratif sur conseil d'un critique d'art. Sa conviction pour l'abstraction l'y ramène bien vite. L'abstraction était alors mal comprise du grand public, mais Donas bénéficia du soutien inconditionnel de certains critiques, et en particulier de Maurits Bilcke, un ami fidèle jusqu'à la fin.

Le peintre et théoricien de l'art Theo van Doesburg (1883-1931) fonda avec Mondrian la célèbre revue De Stijl, surtout portée vers le constructivisme. En 1919, plusieurs articles sont consacrés à Donas. Deux lettres à van Doesburg, reprises dans la monographie, témoignent de la personnalité propre de Marthe Donas : elle y explique comment elle admire le constructivisme, mais craint qu'il ne trouve son aboutissement, voire une impasse dans sa philosophie même. 

La peinture de Marthe Donas s'inscrit ainsi parfaitement dans cette avant-garde que poursuit la recherche d'une unité, d'une intention, mais elle y insère une sensibilité toute féminine qui l'écartera notamment du purisme. L'abstraction n'est pas plus intuitive, spontanée, mais le résultat d'une quête qui la taraude sans cesse -et avec une certaine dose de fantasque instabilité. 

Comme le dit Kristien Boon, "Marthe Donas était une femme extrêmement énergique et indépendante, mais d'un caractère tourmenté. (...) Affiner et développer son talent pictural, tel fut, jusqu'à la fin de sa vie (le 31 janvier 1967 à Audregnies), le seul et grand mobile de cette femme admirable.

En un début de siècle (le précédent, mais l'histoire a tendance à se répéter) où il n'était pas facile d'être femme, d'être artiste, d'être d'avant-garde, Marthe Donas réussit la gageure de s'affranchir des chaînes de cette triple condition, d'en surmonter tous les chausse-trappes. Et avec un grand talent de peintre. En cela déjà, elle est une référence et un modèle...

E. MdR       

Marthe Donas, Par Kristien Boon,
Stichting Kunstboek bvba, 2004, Legeweg 165, B-8020 Oostkamp.
L'ouvrage est disponible dans toutes "les bonnes librairies" et chez l'auteur : 
kristien_boon@yahoo.com
.  
Son prix est de 45 € ; 31 x 25 cm, 112 pages, 65 illustrations.

Il existe une Fondation Marthe Donas, présidée par la fille de Marthe Donas, Francine Franke Van Meir, et composée de Kristien Boon et Jean-Marie Aendekerk.


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Nature morte

 

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Anneau noir

 

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Abstraction en relief

 

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Nature morte, Cafetière

 

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Rade à Ostende

 

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3 Nus couchés

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