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LA LETTRE MENSUELLE |
| Un
entretien avec Pierre Keimeul. Décembre 2004 Djamel Merbah, les couleurs de la vie : portrait sous forme d'entretien Exposition au Théâtre St-Michel de Bruxelles |
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;; Dans le cadre des cinquante ans de la lutte de libération nationale, à l’invitation de l’Ambassade d’Algérie à Bruxelles, Djamel Merbah expose au théâtre Saint-Michel jusqu’au 12 décembre Djamel sait d’où il vient. Un père militant de la révolution à la première heure, une famille les femmes ont attendu le retour du père, de l’oncle, qui voyageaient entre clandestinité, exil, mise en résidence. Et le regard d’un peintre qui fait de ses triptyques,une tranche d’histoire des peuples à la recherche de leur identité… Djamel Merbah est à la peinture ce que Rachid Boudjera est à l’écriture. Une volonté commune qui dépasse les horreurs, les massacres, pour construire un avenir d’amour et de paix. Le blanc, le bleu, l’ocre, le rouge sang, la luminosité et le clair obscur sont dans leur cœurs et leurs voyages au bout de la nuit. Les peintures à l’huile de Djamel Merbah sont un voile de lumière sur le monde, sont frondeuses comme une lycéenne qui tangue entre voile et modernité, forment un bestiaire étonnant où l’homme et la femme se masquent, se font déchiffrer dans l’enfoui, dans le non dit des réalités grises mais se réfugient dans les nuages de la tolérance et de l’universel…> "Les
pères, ces héros" Djamel fait partie des générations sacrifiées. Il a cinq
ans lorsque les nationalistes algériens prennent le maquis. Mais c’est aussi un enfance faite de symboles et d’épopées où les pères sont
les héros… "Le village de ma famille était devenu une zone de résidence surveillée pour les militants politiques algériens. KSARCHELLALA, étymologiquement cela signifie le palais et la source. Dès 1954 mon père disparaît dans la clandestinité,voyage à l’étranger en ayant des responsabilités politiques. Tout gosse, et cela m’a marqué,chez mon oncle,nous étions perquisitionnés par la gendarmerie française,les militaires… Seul mon frère aîné devenu cinéaste et qui prépare d’ailleurs un film sur cette époque,lisait le courrier de mon père. J’ai vécu entouré de femmes,et je me suis retrouvé un peu gamin de merde… Ce qui va me sauver c’est le retour de mon père en résidence surveillée. Alors imaginez cela j’allais à la caserne faire répéter mes cours, et aussi apprendre l’histoire de mon pays à la caserne Ce sont des images et des sentiments
contradictoires qui l’assaillent en évoquant l’Algérie Il y reviendra
"en
famille, presque en touriste un première fois,
en
enseignant ensuite, en artiste engagé au moment aigu du terrorisme". "Mon village c’était une seule route,entouré par les montagnes, l’impression qu’il n’y avait plus de monde existant au delà, et de manière très pragmatique un endroit idéal pour confiner des opposants politiques. Mon village est devenu un des plus politisés du pays. Mais adolescent je m’y sentais enfermé. J’ai finalement étudié à Alger. Intuitivement, je savais qu’il me fallait partir, franchir la mer, ne pas être à l’étroit. C’est mon côté nomade. Peintre en Belgique "En 1976 je débarque
à Louvain,,j’avais une bourse d’études pour devenir
ingénieur. Difficile de dire si j’ai fait un mauvais choix en devant peintre. C’est à Louvain que l’on m’y a d’ailleurs encouragé… Mes diplômes en arts plastiques, je les ai obtenus en Belgique, à l’Académie de Bruxelles au départ et à Liège ensuite. Il n’y avait pas d’école des Beaux Arts en Algérie à cette époque et vouloir devenir peintre était considéré comme du dilettantisme Mon retour en Algérie je l’ai fait en camionnette, une manière de découvrir mon pays. J’y suis resté un an. Mon année de désert au sens propre du terme, proche de Gardaia. Je suis revenu à Liège. Je suis reparti ensuite en choisissant une petite ville, Cherchell, où j’estimais être bien pour y enseigner le dessin et la peinture, mais aussi stabiliser ma famille. Nous sommes restés huit ans". "Le miracle c’est chacun d’entre
nous" "Nous étions en 1998 et les massacres dans les villages donnaient de l’Algérie une image d’apocalypse. Peindre ou écrire, c’est un acte optimiste. J’ai entendu un philosophe déclarer :"il faudrait un miracle". Je me suis dit, le miracle c’est chacun de nous. Je suis parti sans projet défini. Dans l’avion j’ai rencontré un cinéaste qui avait la même démarche. Confusément je ressentais qu’il fallait, en mémoire à mon père qui s’était battu pour l’indépendance, ne pas être au balcon. En peinture, quand je veux aller plus loin, je pense à mon père. Cette association du peintre et du cinéaste n’était pas préméditée mais s’est révélée efficace. Il a filmé et dialogué, j’ai écouté et peint avec eux. Nous avons fait cela dans des collèges pour nous battre contre la barbarie et pour la vie. Dans chaque collège je faisais une fresque qui était leur regard, leur mémoire, leur manière de renaître. Dans chaque collège une cassette vidéo devenait leur mémoire. En Belgique,mes fresques sont aussi porteuses d’une trajectoire, celle des réfugiés de différentes nationalités et de différentes cultures. Comme je travaille aussi en animateur socio culturel, je fais découvrir aux enfants dont les parents sont originaires d’un autre coin du monde, leurs richesses et une notion de respect mutuel qui est essentielle". "Couleurs et chaleurs de femmes" Les femmes
constituent le fil rouge de la peinture de Djamel Merbah. Cela n’a rien d’un
hasard, car la femme algérienne a été l’épine dorsale
de la libération nationale ; elle s’inscrit dans une manière de vivre qui allie
responsabilités, humour et chaleur humaine. "Comme beaucoup d’enfants de ma génération j’ai vécu dans un milieu majoritairement féminin. Mon grand-père paternel était une sorte de marabout dans une zaouria". "Ma mère et une majorité de femmes participaient au tissage. C’était leur espace de vie, elles chantaient, s’entraidaient, les enfants jouaient avec la laine, s’endormaient, se retrouvaient sur les genoux. C’était un mélange de couleurs tissages, teintures… Couleurs bleues des murs passés à la chaux. La lumière, la chaleur de l’été, le clair obscur, il y avait cette chaleur de vivre même si je me souviens de ma mère cachant ses larmes en cuisant le pain, là aussi il y avait de la couleur, celle du four… Et de la solitude. Mais une solitude différente d’ici. Cette solitude des cafés, cette solitude des nuits noires, ce côté figé qui convient si bien aux photographies en noir et blanc". Propos recueillis par Pierre
Keimeul |
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Théâtre Saint Michel, Bruxelles.
Metro Montgomery. |
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| Du lundi au vendredi de 10 à 15 heures et durant les soirées de spectacles. | |
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Djamel Merbah sera présent pour vous accueillir les 24,
27, 30 novembre et les 3, 6, 12 décembre entre 18H30 et 20H. GSM Daniel Merbah 0478.488.361 |
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| Exposition accessible jusqu’au 12 décembre 2004. |
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