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L’artiste
styliste-modeliste fraîchement
diplômée a quitté sa Provence natale pour aller tâter à Paris le monde de la
mode. Elle ne résiste pas longtemps aux sirènes de sa province ensoleillée.
Retour à la case départ. Nous sommes en 1999.
Marie Chloé
Pujol se met au dessin, d’ailleurs
elle n’aime que ça et son style, bien particulier, accroche tant est incisif
son coup de crayon et raffinée sa palette des couleurs.
A mi chemin entre la gravure de mode et la miniature, son monde à elle
met en scène nos amis les animaux comme l’aurait fait notre bon Jean de La
Fontaine.
Avec leurs plumes, leurs bijoux, leurs talons aiguilles, leurs poses
sensuelles, leurs charmes plus ou moins dévêtus, les donzelles de Marie Chloé
Pujol évoquent certaines réunions mondaines relayées par
les journaux people…
Au carnaval des animaux, les girafes
délicieusement colorées d’impertinence sont les vedettes favorites de
l’artiste, et elle en connaît un brin pour les mettre en scène !
Regardez-les, en
"Familia", elles
ressemblent à de bonnes mères de famille un peu déjantées mais tellement
attentives à leur marmaille à la différence près qu’elles sont hautes sur
pattes, prolongées d’interminables cous tachetés, cerclés de colliers et
équipées de petits seins canailles. Les gamins trottent à côté, distraits,
jouettes, accrochés non aux basques mais à la queue maternelle, lissée et
enjolivée de perles. Les uns sautillent, les autres se tiennent par la main ou
s’occupent de leur poupée de chiffon. Tous marchent au pas cadencé…
Encore un
peu, on entendrait au loin la musique entraînante du livre de la jungle.
Parfois, les girafes vont par deux, entre adultes. Souples, coquettes et
provocantes, un panier de fruits sur la tête, elles sont drapées dans un long
pagne aux motifs raffinés, aux coloris africains éclatants de soleil.
Mais, il n’y a pas que les girafes. Les zèbres aussi sont à la fête, le
pyjama bien régulier et la crinière nattée de petites couettes appliquées. Ils
sont irrésistibles et leur "Evolution" est, à nos yeux, le plus
joli tableau de cette saga animalière. Il figure, à coup de coloris sobres, une
valse de cinq zèbres se redressant peu à peu, passant de la position animale sur
quatre pattes, à la position humaine et femelle à qui poussent de petits seins
espiègles entre une paire de bras à la gestuelle élégante.
Mais, il ne faudrait pas que l’anecdote fasse oublier le travail de
l’artiste, la qualité du trait qui mélange astucieusement le dessin au crayon,
l’encre de Chine et les aplats subtils de gouache, d’aquarelle, de crayon de
couleur.
Marie Chloé
Pujol ressemble, nous dit-on, à
ses personnages, filiformes, déhanchés, l’œil malicieux et le rimmel lourd.
Tout à la fois mères, amantes "faites d’innocence et d’impudeur"…
Depuis peu elle explore le monde en trois dimensions créant de petites
scènes, encadrées de bois et voilées d’un lourd rideau rouge. Kitsch à mourir…
Eléphants, écuyères, cavaliers s’y bousculent sur fond étoilé. Ailleurs,
dans un petit théâtre à colonnades, quelques girafes alanguies, quelques
éléphants rondouillards s’exercent aux positions du kamasutra.
Le travail est riche de détails inspirés de gravures persanes. Il en faut pour
tous les goûts…
L’artiste qui ne se prend pas au sérieux joue du clin d’œil dans tous
les sens du terme.
Elle s’amuse. Elle nous amuse…
Pas sûr que ces
"créatures" croquées avec humour ne
lasseront pas un jour comme lasse tout système si sympathique soit-il.
Colette Bertot
Strip-tease de girafe |
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