LA LETTRE MENSUELLE

Chronique de Valérie Michiels.  Avril 2004. 
   Fausto Melotti, légèreté des gammes, rigueur de la construction
  
Au MAC'S du Grand Hornu
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Après l’exposition consacrée à l’artiste suisse Marie-José Burki qui nous donnait sa vision du monde au travers de ses vidéos. Le Mac’s nous emmène, cette fois-ci, à la découverte de Fausto Melotti. Cet artiste italien du XXe siècle va nous faire voyager dans un monde de douceur et de légèreté.

L’artiste est né en 1901 dans la petite ville de Rovereto dans le nord de l’Italie. Il va suivre, durant sa vie, 3 types de cursus différents. En parallèle d’un apprentissage scolaire habituel, il étudie la musique. A l’âge de 12 ans, il interprète déjà des morceaux au piano du compositeur Debussy. La musique occupera toute sa vie une place particulière dans son cœur et dans son travail de sculpteur. Jeune adulte, il étudie, à l’université de Pise et de Milan, les mathématiques et la physique. Par la suite, il complète son apprentissage par des cours suivis à l’école des Beaux-Arts. Ceux-ci le dirigeront tout naturellement vers une carrière artistique qui sera riche en production.

Le Mac’s, dans cette exposition, présente un ensemble complet des œuvres de Fausto Melotti. Vous verrez aussi bien de la sculpture que de la peinture, mais également de la céramique, des dessins et des Teatrini.

Dès la première salle où sont exposées ses œuvres, on ressent très fort cette sensation de légèreté. Son travail semble impalpable, presque immatériel. Ses premières sculptures en fil de fer ou en laiton datent de 1959. Cette date marque le début d’une phase créative nouvelle qui va l’amener à abandonner totalement sa production de céramique.

On est amené à ressentir au travers de ses œuvres la passion de Fausto Melotti pour la musique, mais aussi pour les mathématiques et la physique. Il élabore ses œuvres comme le compositeur écrit sa partition, et il les construit comme l’architecte érige des bâtiments.

Vous pourrez admirer, dans cette première salle, Notte Africana, 1973, laiton et cartes peintes. On peut y voir la lune et le soleil évoluer avec les étoiles. Un océan bleu souligne le tout. Fausto Melotti y a introduit également des touches de couleurs chaudes qui rappellent tout naturellement celles de l’Afrique.

Cet artiste s’est résolument tourné vers le futur dans ses modes d’expression. Mais même si l’abstraction l’attire, il ne va pas pour autant rompre le fil entre le présent et le passé. C’est pour cette raison qu’il ne se sentira pas en phase complète avec le mouvement futuriste.

Au travers d’une œuvre comme Carro di Tespi, 1997, laiton, on sent parfaitement l’attirance de Fausto Melotti pour le passé. On peut y deviner la silhouette d’un char. Serait-ce l’évocation des chars romains de l’Antiquité ? Dans Ifigenia, 1978, laiton (voir illustration), le lien avec le passé et l’expression de l’art classique se marquent par l’utilisation de cette petite tête rappelant cette figure de la mythologie grecque : Iphigénie, fille d’Agamemnon et de Clytemnestre.

Le cabinet des estampes offre à nos yeux une série de dessins. Pour Fausto Melotti, le dessin est un moyen d’étude pour ses sculptures, mais également un support à part entière pour son art. L’artiste dessine tout aussi légèrement qu’il sculpte. Le trait est fin et gracieux. Les silhouettes féminines évoquent à nouveau les formes de l’Antiquité avec leurs drapés dans Senza titolo, 1930, crayon et encre de chine. On peut également y reconnaître l’évocation du mobilier antique.

La seconde partie de la maison des Ingénieurs laisse apparaître des exemples de travaux en céramique. Contrairement à l’impression de "massivité" qui envahit l’œil au premier regard, ses travaux sont très fins. Il réalise d’ailleurs une prouesse technique, possible grâce à son apprentissage des principes mathématiques et physiques. Fausto Melotti fait preuve d’une grande maîtrise technique, ces vases en sont un exemple, Vaso, circa 1950, céramique émaillée (voir illustration).

Entre les années 1930 et 1960, Fausto Melotti utilise principalement les techniques de la céramique et de la terre cuite pour s’exprimer, car ce sont des années difficiles pendant lesquelles il doit assurer sa survie. Cela reflète donc une production essentiellement à but alimentaire. Vers 1960, il abandonne complètement ce mode d’expression.

F. Melotti s’illustre par la peinture. L’abstraction de celle-ci nous rappelle étrangement les créations de Braque. On peut y distinguer également des matériaux de récupération comme le cannage d’une chaise pour Il nuoto silenzioso, 1958, plâtre, technique mixte.

L’utilisation de matériaux de récupération montre que Fausto Melotti s’est inspiré de l’arte povera.

Le regard du spectateur croisera aussi ce chef d’orchestre, à l’allure longiligne, dirigeant des musiciens aussi légers que l’air. La neve, 1973, laiton, tissu, nous fait entendre une musique douce produite par cet orchestre immatériel et intemporel, qui bouge au gré des légers courants d’air qui traversent la salle. L’art de Fausto Melotti est empreint de douceur et de poésie.

Avec Il Canal Grande, 1963, terre cuite peinte, on part sur les rives d’une des plus belles "avenues" du monde. Cette représentation de la principale artère de Venise en briques réfractaires nous invite au voyage et au rêve.

Dans la salle pont, le spectateur découvre le goût de l’artiste pour la nature au travers d’une œuvre comme I pesci, 1978, laiton, cuivre émaillé. Ces poissons semblent parfaitement heureux dans cet aquarium fait de fines tiges métalliques.

Dans d’autres œuvres, Fausto Melotti a rappelé son attachement à la nature par l’insertion d’éléments végétaux, comme des fleurs séchées.

Une autre facette importante de son travail sont les teatrini. Avec ces petits compartiments dont sont formés les teatrini, F. Melotti nous raconte une histoire que chacun pourra interpréter à sa manière, suivant son vécu.

Cette forme d’expression met en scène deux aspects de la personnalité de ce sculpteur, sa rigueur, mais aussi son côté enfantin. Il oscille tout le temps entre les deux en créant de manière rigoureuse, presque mathématique, et il fait parler, en même temps, ce côté naïf de l’enfance.

Son teatrini, Il museo, 1959, terre cuite peinte, nous montre dans le compartiment du bas, les réserves du musée. Au milieu, ces personnages sont, peut-être, les spectateurs. Tandis qu’au sommet du teatrini, F. Melotti instaure la notion de commerce, présente dans l’art, par ce petit assemblage métallique qui pourrait symboliser une balance.

La visite se termine alors par la salle carrée, où les sculptures rassemblées illustrent une fois de plus toute la finesse et la précision de son travail. La disposition des œuvres sur de grands socles permet de tourner autour avec aisance afin de pouvoir en saisir l’intégralité.

Dernière surprise à la sortie : le Mac’s utilise à nouveau, pour cette exposition, l’esplanade extérieure. On y admire une dernière fois l’œuvre de Melotti avec une sculpture grandeur nature qui bouge au gré du vent.

Valérie Michiels,          
Historienne de l'art          


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"Note africana"

 

 

 

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"Carro di tespi"

 

 

 

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"Ifigenia"

 

 

 

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"Vaso"

 

 

 

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"Il nuoto silenzioso"

 

 

 

44ilmelot66.jpg (18781 octets)

"I pesci"

 

 

 

44ilmelot77.jpg (21949 octets)

"Il museo"

 

Musée des Arts Contemporains du Grand-Hornu.
Tel : +32 65 65 21 21  -  Site : http://www.mac-s.be 

 

Tous les jours de 10h 18h, fermé le lundi.

Entrée (site Grand-Hornu et expositions) : 6 €. Groupe et tarif réduit : 4 €..
Gratuit pour les enfants de moins de 6 ans et les enseignants (sur présentation de la carte Prof).

Exposition accessible jusqu'au 20 juin 2004.

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