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LA LETTRE MENSUELLE |
| Chronique
de Valérie Michiels. Avril 2004. Christian Dotremont ou les développements de l'oeil Au Musée des Beaux-Arts de Mons. |
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;; Cette figure importante du paysage artistique belge fut tour à tour écrivain, poète et critique. On découvre, dans cette exposition, des œuvres d’artistes qu’il a côtoyés, comme L’Eclair de René Magritte en 1944 ou Penthésilée de Raoul Ubac en 1937. Le spectateur découvre les rencontres parisiennes de C. Dotremont, mais aussi son approche du surréalisme et le développement du mouvement CoBrA. Ensuite, viennent la maladie et la naissance des logogrammes ainsi que son amitié avec Pierre Alechinsky et Serge Vandercam. Christian Dotremont est né au mois de décembre 1922. Suite à la séparation de ses parents en 1931, il devient pensionnaire. Son côté révolutionnaire se marque déjà et en 1939, à la suite d’une altercation avec un professeur, il est renvoyé de l’école. Il n’a que 13 ans lorsqu’il publie le poème Le printemps dans Le Petit Vingtième. Quelques années plus tard, il découvre l’adresse de Raoul Ubac dans la revue "L’invention collective" et lui envoie son poème Ancienne éternité. Son goût du voyage est rappelé au spectateur dés le début de l’exposition. C’est une photo grandeur nature de Christian Dotremont avec sa valise (illustration 1) qui accueille le visiteur. Pour lui, "Voyager c’est mettre des objets en situation, en exposition, dans de neuves compositions, c’est les éprouver à des objets lointains, c’est opérer un prélèvement et une série de transplantations fugitives" (Christian Dotremont, Ivalo, 24 novembre 1965). Christian Dotremont refusait l’idée de se retrouver exposé à la vue de tous dans un musée et était contre la politique. Il représente l’ambiguïté même de la créativité et de la réactivité. La première salle nous rappelle sa fugue parisienne en 1941. Cette année, il quitte la Belgique pour Paris et côtoie régulièrement Picasso. C. Dotremont rejoint le mouvement surréaliste belge déjà composé, notamment, de Magritte (Belge, 1898-1967, peintre) et Ubac (Belge, 1910-1985, peintre, sculpteur et photographe). La deuxième salle nous présente le lien entre Magritte et Dotremont. Son orientation et son choix se précisent pour le surréalisme, ce mouvement qui nous montre des fragments de réalité rassemblés dans une unité déroutante. La salle suivante nous emmène dans la cage des poèmes, faite d’une structure en bois. Le visiteur y trouve des poèmes de Dotremont dont il peut emporter un exemplaire avec lui. Cela montre une liberté d’usage et un don d’échange. La salle résonne également des films des Marx Brothers et de Jacques Tati. Dotremont affectionnait ce type de cinéma burlesque basé sur le jeu du langage. Les salles suivantes présentent au spectateur le développement du mouvement CoBrA, contraction de Copenhague-Bruxelles-Amsterdam. La création de ce groupe résulte d’une véritable volonté d’unir, autour d’un projet commun, des artistes issus de chacune des villes. Les membres fondateurs de CoBrA sont : Asger Jorn (Danois, 1914-1973, écrivain), Karel Appel (Hollandais, 1921- , peintre et sculpteur), Constant (Hollandais, 1920- , peintre, sculpteur et écrivain), Corneille (Hollandais, 1922- , peintre), Joseph Noiret (Belge, 1927- , écrivain, poète, directeur de l’Ecole Nationale des Arts Visuels, La Cambre) et Christian Dotremont. Tout au début du mouvement CoBrA, le peintre peint et en marge, l’écrivain écrit. Les deux disciplines ne fusionnent pas encore. Mais au fur et à mesure, l’œuvre va se créer à 4 mains et le texte va se muer en image chargée de sens. C’est un esprit surréaliste, une autodérision, l’expression d’un art du présent détaché de toute tradition. Voilà quelques éléments qui conduiront à la naissance du groupe CoBrA. Au deuxième étage du musée, le spectateur part à la découverte des logogrammes par le biais du thème de la pierre et de l’oreiller, titre du roman autobiographique qu’il achève en 1953. C’est l’histoire de la découverte de sa maladie en 1951. Les médecins lui diagnostiquent une tuberculose. Directement, le spectateur ressent un malaise en contemplant ces radiographies de poumons accrochées au plafond. La deuxième blessure de Dotremont est affichée juste en face sous la forme de deux affiches qui vantent les mérites du communisme. Ce mouvement est également pour lui une catastrophe. Des photos de Serge Vandercam nous montrent le rapport particulier entre Christian Dotremont et sa maladie, la tuberculose. L’ombre de l’artiste est fixée sur la photo comme cette tache, due à son état de santé, sur ses poumons. Les photos nous montrent également l’évolution de l’apparence de l’artiste qui passe d’un complet veston trois pièces à un aspect général négligé. L’homme est malade, et il en souffre. Dans cette partie de l’exposition, l’œuvre de Christian Dotremont se décline à travers ses collaborations avec Serge Vandercam, mais aussi avec Pierre Alechinsky. La collaboration entre Serge Vandercam et Christian Dotremont est brève. Elle dure de 1958 à 1959. Pendant cette période, le peintre peint et l’écrivain écrit. Ce propos est parfaitement illustré dans une œuvre comme Qui se décagent à pas de souffle (illustration 2). L’œuvre est sombre et, en même temps, les couleurs sont criardes. On a l’impression qu’un appel au secours essaye de sortir, mais aucun son ne parvient à nos oreilles. Ces deux artistes créent également les Boues, masses volumineuses et totalement informes. Avec ces œuvres, le degré zéro de l’écriture et de la matière atteignent leur paroxysme. Dans la salle consacrée à la collaboration de Dotremont et Alechinsky, l’écran nous montre un reportage sur la calligraphie chinoise, réalisé par Alechinsky. Ce dernier a demandé à Dotremont de le commenter. Cette technique d’expression écrite plaît énormément à Christian Dotremont. Cela va d’ailleurs influencer la création de ses logogrammes. Dans Ondes extrêmes… (illustration 3), l’écriture n’est pas encore en symbiose avec la peinture d’Alechinsky. Elle vient compléter et commenter ces ondes bleues tourmentées. Au contact d’Alechinsky, l’écrivain va se découvrir peintre. Dans Abrupte fable (illustration 4), leur collaboration a pour résultat une œuvre magistrale constituée de panneaux assemblés qui forment un paravent. L’écriture et la peinture cohabitent en parfaite harmonie. Les trois dernières salles célèbrent l’apothéose de l’œuvre de Dotremont : Le Logogramme (illustration 5). On ne sait pas très bien s’il faut considérer ces créations comme des écrits ou des peintures. Un seul terme peut les définir correctement : Logogramme. Ces expressions graphiques, empreintes de mystère et d’une influence chinoise ou même arabe, sont un pur régal pour les yeux. Que ce soit Je suis un logogramme né à Tervuren ou plutôt je nais à cet instant (illustration 6) ou Je suis un oiseau sur une branche … (illustration 7) ou même encore Sorte d’entrée (voir illustration 8), on ne se lasse jamais de les observer, de les admirer. Valérie
Michiels, |
Ch. Dotremont
Dotremont
dans
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Musée des Beaux-Arts de Mons, 8, rue Neuve à 7000 Mons. |
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Du mardi au
samedi de 12h à 18h et dimanche de 10h à 18h. |
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Entrée (guide du
visiteur et audioguide compris) 7 euros – 4 euros (prix réduit) |
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| Exposition accessible jusqu'au 20 juin 2004. |
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