LA LETTRE MENSUELLE

Simone de Voirbeau.  Avril 2004 
  
Tefaf à Maastricht : Après la pluie...
  
Commentaires et impressions.

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Devenue la plus importante foire d’antiquaires du monde, la TEFAF (The European Fine Art Fair) vient de refermer les portes de sa dix-septième édition.

Après la fébrilité remarquée de l’an dernier, où l’on avait enregistré une chute du taux de fréquentation de 15%, les organisateurs et exposants, plutôt rassurés,  parlent d’une même voix : le marché a repris de la vigueur, tant au niveau du nombre de visiteurs (75.522) qu’au point de vue des ventes (le chiffre ne nous a pas été transmis...).

Malgré un contexte économique très maussade donc, la foire hollandaise s’ancre, s’impose, tel un paquebot qu’aucune tempête ne peut inquiéter. Rigueur, sérieux et professionnalisme sont les maîtres mots de cette institution qui, petit à petit, a su gagner la confiance d’un marché si capricieux.

Cette année encore, elle affichait des pièces de qualité exceptionnelle, dignes de figurer dans les plus grands musées mondiaux. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, parmi la cinquantaine d’émissaires de ces institutions qui ont fait le déplacement, on a pu apercevoir des représentants du Louvre, du Prado, ou encore, de la National Gallery de Washington.

De temps en temps...

Entre deux murs où ruisselle une eau aux tonalités ondoyantes, nous nous engageons dans l’antre d’un palais digne d’un conte des mille et une nuits.

Cette année, campe, au centre de la place de la Concorde, un imposant pilier blanc implanté de rangées de tulipes rouge orangé qui nous rappellent, symboliquement, notre pays d’accueil.

Happée par la spirale du temps, nous le remontons de quelques siècles, en pénétrant, de prime abord, dans la galerie londonienne, Dickinson. Un portrait d’homme, d’une facture exceptionnelle, nous emmène dans le quinzième siècle de Hans Memling. Visiblement issu d’une composition beaucoup plus grande à l’origine, l’œuvre, qui montre un cadrage inhabituel, donne l’impression de comprimer le personnage. Trônant, face à lui, une magnifique crucifixion témoigne de l’art toscan du trecento. Plus au fond, une vierge à l’enfant issue de l’atelier de l’inégalable, Sandro Botticelli en côtoie une autre signée du pinceau de Giovanni Bellini. Etonnant.

Un bond de deux siècles nous amène chez Agnew’s. Peinte à la mode du 17ème, une séduisante princesse perse du nom de Granita semble envoûter un berger aux allures de guerrier. Cette scène émouvante, issue de l’oeuvre du dramaturge hollandais Pieter Corneliszoon Hooft « Dafino et Granita », témoigne de la période de maturité du peinture liégeois Gérard de Lairesse.

Dans la même maison, une étude pour « La Vision de St Anthony », de Antoon Van Dyck éveille l’intérêt de nombreux amateurs.

Plus loin, après avoir flirté quelque peu avec un magnifique Saint Jérôme, conçu par le peintre espagnol Jusepe de Ribera, nous nous avançons vers l’oeuvre d’un personnage hors pair, célébré cette année par une superbe exposition à Lille, ambassadeur, homme d’affaires et artiste de génie, Pierre-Paul Rubens, évidemment ! Une « Adoration des Mages » dont la scène, à quelques détails près, devait servir de modèle à une composition beaucoup plus grande se trouvant actuellement au musée des Beaux-arts de Lyon. Bien entendu, le prix de vente du tableau exposé ici ne nous a pas été communiqué. Cependant, après avoir mené l’enquête, nous avons découvert qu’il avait été acheté, en septembre dernier, chez « Koller », salle de vente suisse, pour la modique somme de 257.840 euros (10.401.240 FB), hors frais...

Nous poursuivons ensuite notre ballade en progressant dans le temps, vers la fin du 19èmesiècle. La galerie belge Berko affiche fièrement une peinture d’un artiste originaire de Kuurne, Evariste Carpentier.  

Evariste Carpentier

Exécutée dans une veine impressionniste et donc vraisemblablement après son séjour à Paris, la composition montre quelques élégantes à l’heure du thé, installées sur une agréable terrasse dont la vue donne, en arrière-plan sur la ville de Liège.

Evariste Carpentier y exerça d’ailleurs les fonctions de professeur puis, de directeur, de l’Académie.

De cette même époque, John Mitchell Gallery, nous présente deux très belles huiles d’un peintre que nous affectionnons malgré sa réputation de « peintre mondain » (il eut notamment pour élève Henriette Rosine Bernhardt, mieux connue sous le prénom de Sarah). Entre 1880 et 1886, alors que sa santé, fragile, l’amenait à séjourner régulièrement à Sainte Adresse (en face de Honfleur), Alfred Stevens, puisque c’est de lui dont il s’agit, se laissa séduire par les thèmes marins. Ces deux oeuvres en témoignent manifestement.

Pour que notre retour vers le présent se fasse en douceur, nous pénétrons chez le canadien Landau. Une jeune fille devant un temple semble méditer sur le passé. Elle n’est pas nue et pourtant elle prit forme sous le pinceau de Paul Delvaux.

Simone de Voirbeau            

 

 

 

 

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