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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université, UCL - Avril 2004. |
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Notes à propos de René Sanglier, ferronnier d'art à
Wasmes |
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;; Cet article n'a d'autre prétention que de rendre justice à un ferronnier d'art méconnu, René Sanglier. Les informations livrées ci-après résultent d'une investigation laborieuse, au demeurant inachevée, dans laquelle les témoignages des contemporains et des membres survivants de la famille de l'artiste ont joué un rôle prépondérant. De fait, à ma connaissance, il n'existe pas de sources écrites à son propos ; sa famille, réduite à son fils Claude, ne possède aucune pièce d'archives, hormis quelques photographies. J'invite dès lors les lecteurs qui détiendraient des renseignements complémentaires, des photographies, voire des uvres de Sanglier, à me les communiquer, en vue d'une synthèse ultérieure. Avant toute chose, je tiens à remercier chaleureusement les personnes sans lesquelles ces notes nauraient pu être rédigées. Ma gratitude va à M. Claude Sanglier, témoin direct de l'activité de son père, qui m'a si aimablement encouragé à poursuivre cette recherche. Que soient également remerciés Messieurs Jean Dupont et J.-P. Deloge, fabriciens de l'église Saint-François à Petit-Wasmes, qui ne ménagèrent pas leur peine pour m'orienter lors de ma première visite sur place ; M. Marc DHuez, ancienne connaissance de René Sanglier ; Mesdames C. Bisoux et Irène Waneukem, de la bibliothèque communale de Colfontaine, qui m'ont signalé une uvre de Sanglier à Quaregnon. Le point de départ de cette enquête est l'acquisition de deux miroirs Art Déco au cadre en fer forgé, à Leuze-en-Hainaut et à Ath en l'an 2000 (fig. 1-2). L'une de ces pièces, de belle facture, porte la signature de Sanglier. Quelques recherches sur cet artiste, jusque-là inconnu, m'ont bientôt amené à Petit-Wasmes. Léglise Saint-François de Petit-Wasmes, construite en 1891, conserve des fonts baptismaux forgés par René Sanglier, ignorés de l'histoire de l'art (fig. 3-4). On ne semble plus leur accorder grande attention. Désormais désaffectés, la rouille les ronge insidieusement. Et pourtant ! Cette pièce de ferronnerie, dressée sous le bas-côté sud, mérite davantage de considération. La typologie des fonts s'inscrit dans la tradition attestée depuis les temps médiévaux, dont subsistent quelques exemplaires remarquables, notamment à Hal. Le dispositif, classique, se compose d'une cuve en petit granit (h. 0.99 m, l. 0.80 m au sommet) et d'un couvercle à base octogonale en cuivre et fer forgé (h. ± 0.83 m, l. 0.72 m à la base), manuvré au moyen d'une potence (h. ± 2.53 m, l. ± 1.35 m). Une clôture à portillon, en fer forgé, conçue à la manière d'un garde-corps (h. 1 m), délimite le périmètre du baptistère, sur plan carré (2.50 m de côté). Cette clôture porte des lettrages gothiques : " Allez, baptisez toutes les nations / Notre Seigneur, Évangile St Matthieu, XXVIII, 19 ". Les ornements végétaux, feuillages et lis (h. ± 0.14 m), témoignent d'une adresse consommée ; Sanglier a même forgé les pistils. L'installation de la cuve néogothique un assemblage de deux éléments superposés paraît remonter à la fondation de l'église (hypothèse à vérifier). Un tuyau en plomb assure discrètement l'évacuation des eaux usées. La potence porte le millésime de 1946 et la signature du ferronnier. Une photographie d'époque (archives C. Sanglier) montre Sanglier, les outils à la main, devant les fonts flambants neufs, en compagnie du curé de la paroisse, qui lui avait adressé commande (fig. 5). De la dorure rehaussait alors fleurons et inscriptions. Malheureusement, une partie des archives paroissiales s'est perdue naguère, si bien que l'on ne dispose plus des documents relatifs à l'uvre. Bien que le registre des annales des conseils de fabrique demeure intact, il ne signale ni la commande, ni linstallation de fonts baptismaux ; ceci suggère que ces derniers aient dû être financés par un budget extérieur (hypothèse à vérifier). La réalisation vaut par son originalité. Les structures respectent l'esprit néogothique de l'église et de la cuve, mais introduisent des réminiscences Art Déco : traitement des surfaces (cannelures), enroulements, stylisation. Des lis, identiques à ceux de la clôture, se développent sur la potence. Le répertoire décoratif du couvercle est particulièrement riche : crosses, feuillages, crochets, couronne crucifère, différenciation des surfaces. Une colombe, symbole du Saint-Esprit, posée sur la sphère céleste, règne à mi-parcours entre la potence et le couvercle. Elle représente un véritable morceau de bravoure ; chaque plume, forgée au marteau, est rapportée. Le plumage sapparente de près aux feuilles dont Sanglier décorait ses miroirs, consoles et autres objets Art Déco. Si les fonts baptismaux de Petit-Wasmes marquent sans doute l'apogée de la carrière de Sanglier, en pleine maturité, les souvenirs s'estompent pour reconstituer sa biographie. On peut cependant avancer les faits suivants. René Sanglier vit le jour dans une famille bourgeoise, originaire de Liège ; sa mère était institutrice, son père notaire. Celui-ci décéda alors que René n'avait que neuf ans. À linstar de ses frères, l'un, Charles, ayant embrassé une carrière diplomatique, et l'autre, Robert, ingénieur aux charbonnages de Quaregnon, René aurait pu entamer de hautes études. Toutefois, cette voie ne l'attirait pas. La forge était sa vocation. On ne sait où cet homme, largement autodidacte, fit son apprentissage. Lorsqu'il ouvrit son atelier, sur la place de Wasmes, il travaillait seul. Avant la Seconde Guerre mondiale, son fils Claude l'aidait à l'occasion. Pendant la guerre, Sanglier fut contraint dabandonner sa forge, faute de métal. Il trouva un emploi de forgeron aux soieries dObourg, où son fils vint le rejoindre, comme soudeur. Les fonts baptismaux de Petit-Wasmes célébraient donc, en quelque sorte, le retour de la prospérité. D'importantes commandes à destination de l'industrie lui assuraient des revenus réguliers. Il forgeait les chaînes d'attelage des wagonnets de houille de Quaregnon ; les tests de résistance avaient prouvé que ses maillons étaient les meilleurs qu'il se puisse fabriquer. Sanglier livrait aussi quantité d'éléments de ferronnerie de bâtiment : garde-corps, grilles de portes, rampes d'escalier, etc. La porte de son propre atelier, malheureusement détruite à cause d'un camion qui enfonça la façade, exposait à tous son savoir-faire. S'il fallait bien veiller à la stabilité des finances du ménage, Sanglier préférait de loin la production d'objets d'art, en vogue à l'époque Art Déco. Il en produisait de toutes sortes, qu'il décorait de feuillages et, surtout, de magnifiques roses : lustres, consoles, porte-lettres, cendriers, porte-bouteilles, et, bien sûr, les cadres de miroirs, destinés à une miroiterie de Quaregnon. Sanglier en forgea des centaines, de divers types, pendant des années. On y trouvait le répertoire décoratif Art Déco habituel : roses et feuillages, volutes en forme de crosses végétales, etc. L'artiste variait les effets de surface, par les hachures, le martelage ou le travail au poinçon. Son fils le secondait efficacement. Ces pièces, chauffées, étaient enduites de cire liquide, afin de les garantir de la corrosion. Les ornements végétaux étaient le domaine de prédilection de Sanglier. Il y excellait, si bien que ses uvres dépassaient souvent la moyenne de la production de l'époque (fig. 6-7). Il était capable d'imiter nimporte quelle espèce végétale, avec ses fruits : laurier, rosier, lis, érable, chêne, châtaignier, fleurs imaginaires, etc. L'arête du marteau modelait feuilles, fleurs et branches. Le cur des fleurs, les pédoncules et les tiges étaient faits de fil à souder. À ce propos, Sanglier soudait uniquement à la forge, obtenant ainsi des pièces d'une résistance remarquable. En fait, il forgeait tout, alors que la plupart des ateliers recourraient volontiers à l'étampage. Chez Sanglier, chaque détail était unique. Avant-guerre, Sanglier créa quelques uvres particulières, parmi lesquelles un buste du roi Albert Ier. Certaines, parmi les plus remarquables, demeurent introuvables, à supposer qu'elles existent toujours. Il s'agit du dragon exhibé autrefois lors de la procession de la Pucelette à Wasmes, d'un Combat de saint Georges contre le dragon (h. 1.20 m), et enfin d'une superbe couronne mortuaire, offerte à la mémoire du Commandant Franz par les MP de Wasmes (archives C. Sanglier, fig. 8). On ne sait qui était ce personnage. Ces notes, imparfaites et lacunaires, condensent ce qu'il a été possible de collecter à propos de René Sanglier. Une fois encore, précisions, renseignements, documents d'archives ou rectifications sont les bienvenus. Ils contribueront à la connaissance de cet artiste, qui le mérite bien. Christian Bodiaux, Coordonnées : |
Fig. 1,
Fig. 2,
Fig. 3,
Fig. 4,
Fig. 5,
Fig. 6,
Fig. 7,
Fig. 8, |
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