LA LETTRE MENSUELLE

Un article de Dominique Piteux  -  Avril  2004 
  Rubens contre Poussin, à Arras 
  
Comment les artistes français ont assimilé l'art de Rubens
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L’intérêt porté à Rubens au cours des temps vient d’être récemment souligné et illustré par Alexis Merle du Bourg, dans le cadre d’une thèse soutenue à la Sorbonne en 2002.

Comment les artistes français de 1620 à 1751 ont-ils assimilé et restitué l’art de Rubens ?

La problématique développée lors de cette thèse est reprise en filigrane dans l’exposition d’Arras qui, au travers du thème de la "querelle du coloris", aborde et montre comment et à quel point, trente ans après son décès, Rubens reste présent dans la conscience et l’imaginaire des peintres français du grand siècle.

Les  plus grands artistes Delacroix, Cézanne, Cals, Couture, Gallait, Carpeaux, Rodin, Isabey, Monet, Degas, mais aussi Derain, et Matisse à la suite de Géricault copient Rubens et s’en inspirent toujours. 

Cette exposition arrageoise est l’occasion de confronter pour la première fois des œuvres des années 1680-1715 en provenance de Rennes, Tours, Orléans, Epinal, Rouen, Arras, Paris, Pontoise, Meaux…

Les peintures de Charles Lebrun, Antoine Coypel, Jean Jouvenet, Charles de la Fosse, Nicolas de Largillière entre autres sont les faire-valoir des valeurs picturales de la fin du règne de Louis XIV.

La querelle du coloris qui anime les débats des artistes de l’Académie Royale de peinture met en exergue les mérites respectifs de Poussin, maître du dessin, et de Rubens, génie de la couleur.

La complexité de cette controverse artistique fut portée à la connaissance du public par les écrits de Roger de Piles en 1673.

L’exposition ne prétend pas retracer l’histoire de cette querelle ; elle tente par contre de mettre l’accent sur les traces visibles des discussions théoriques au travers des œuvres choisies.

Le parti muséographique de confronter les œuvres dites"coloristes" aux tableaux "poussinistes" met en lumière de manière immédiatement visuelle les enjeux artistiques de cette période.

Dès l’entrée de l’exposition au travers le thème de la Sainte Famille peinte soit par Rubens soit par Poussin, la question du rôle joué par ces modèles de référence et leur influence sur les artistes actifs pendant la période étudiée est posée.

Le rôle que les artistes confèrent au coloris est essentiel pour comprendre les enjeux de cette querelle.

  v     Le coloris est à distinguer de la couleur.
Le coloris c’est l’art d’unir les couleurs entre elles et de créer ainsi des effets de lumière.

      Les œuvres ayant pour sujet la crucifixion qui sont présentes à Arras, qu’elles
      soient de l’atelier de Rubens, de Charles de la Fosse descente de croix, de 
      Le Brun Jésus élevé en croix ou de Nicolas Coypel, illustrent entre autres cette
      première réflexion sur le coloris.

  v     Le coloris détermine un nouveau mode de composition fondé sur la notion d’unité picturale.
Le tableau est alors peint comme un seul objet, le fond étant lié à un ou plusieurs groupe de figures.

       Pierre Mignard pour les poussinistes, Jésus sur le chemin du calvaire, est à
 comparer en particulier avec les toiles de Lebrun ou Largillierre.

  v      Le coloris détermine une nouvelle mise en page de la perspective.
La perspective aérienne fondée sur les effets de lumière venant estomper les couleurs dans le lointain et donner l’illusion de la profondeur de manière graduelle et non par succession de plans régis dans leur création par les mathématiques modifie la manière dont in représente dès lors le paysage.

      Parocel et la prise de Maastricht prêtée par Versailles illustre cette nouvelle 
manière de procéder.

Les valeurs de la peinture coloristes sont également révélées par les tableaux de nus, de portraits, de nature morte qui permettent de développer pleinement la dimension sensible et sensuelle de la peinture.

L’artiste nous donne à voir jusqu’à la tentation du toucher. 
Le spectateur doit éprouver une véritable sensation physique.

La sensualité n’est pas seulement celle des corps, mais aussi celle des visages, des objets, des étoffes.

L’amateur, "curieux", remplace le connaisseur déchiffrant l’œuvre et trouvant plaisir à regarder le tableau.

Soyons donc les "amateurs" du XXIéme siècle, et regardons-les de près ou de loin afin de les apprécier en connaisseurs !

Dominique Piteux,       
Historienne de l'art
      

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Rubens

 

 

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Poussin

 

 

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Antoine Coypel

 

 

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Largillière

 

 

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de la Fosse

 

Musée des Beaux-Arts d’Arras (62)

 

Tous les jours de 9H30 à 12h00 et de 14h00 à 17h30, journée continue le Jeudi.
De 10h à 18h00 , fermé tous les mardis et 1er et 8 mai.

Groupe réservation quinze jours avant au plus tard.
Catalogue en français.

Exposition accessible jusqu’au 14 juin 2004.
Du 27 juillet au 3 septembre Musée départemental d’Epinal (88).

Copyright © 2004 Mémoires et Dominique Piteux.
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