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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Février 2004 Véronique Motte, le subtil travail des mains : Sculptures à la Galerie Zedes de Bruxelles. |
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Véronique
Motte ? Nous la découvrons ici et pourtant que de labeur depuis les
premières expositions datées des années 80. Née
à Waterloo, l’artiste vit aujourd’hui en France mais revient régulièrement
tâter le pouls de sa terre natale. La
terre justement, un mot qui lui colle à la peau et nous fait percevoir
combien importante est sa rudesse. L’artiste, qui s’est au début initiée à la céramique, ensuite à la poterie, ne cesse de modeler la terre pour en faire naître des personnages. Petits et bruegheliens comme les cocasses « Grands-mères » de ses débuts ou plus grands, plus sûrs d’eux comme les « Lutteurs », les « Ours » actuels indissociables de la vie qui bouillonne et de l’énergie que véhicule leur gestuelle. Voyez les « Lutteurs » arc-boutés dans l’effort, petits gros râblés, potelés, façonnés dans la boue, à peine sortis de cette gangue lourde d’où émergent une tête sommaire à la bouche ouverte cherchant l’air, de petites mains informes comme celles du fœtus "échographié". Mais, quelle force,
quelle volonté de vaincre dans
cette abondance de chair. On songe parfois aux terres cuites un peu primitives
et tellement humaines de José Vermeersch… La galerie Zedes a focalisé ses choix, mais pas seulement, sur le monde des chevaux selon Véronique Motte. Non pas les chevaux de course au port élégant, aux attaches fragiles mais les chevaux solides et bourrus, nés de la terre et pour la terre. Ils sont lourds et bien campés sur leurs courtes pattes. Parfois le cheval prend des allures de cheval des steppes (l’artiste a voyagé en Chine) et le cavalier se pavane sur son dos, oriental et hiératique. Parfois la bête renâcle, parfois tête basse et regard perdu (comme le « Bourrin des Flandres » ), elle porte sur la croupe toute la misère du monde. La terre est bien présente dans ce cheminement artistique qui va de
la glaise originale à la sculpture prenant forme et vie. D’œuvre en œuvre,
Véronique Motte entreprend "une conquête sensuelle de la liberté par
les mains". Ses
créatures aux membres balourds relèvent d’une relation directe avec la
terre mais aussi d’une imperceptible spiritualité qui les remplit de mystère,
comme si ces personnages typés figuraient une métaphore de l’existence,
qu’elle soit humaine ou animale. Terres
cuites et bronzes investissent la galerie, en parts égales et l’on ne sait
trop lequel des deux matériaux est le plus fascinant. Le
bronze, bien sûr, a pour lui l’éternité (tout comme la pierre). Il a le
temps devant lui mais la terre cuite, si chaude et si fragile à la fois, réussit
à transformer en émotion la moindre palpitation, en incertitude la plus
fauve des patines. Le
même « Cheval et cavalier » interpelle différemment l’œil
selon qu’il est en bronze ou en terra cotta. L’un répond, l’autre
interroge… Du
fond des temps, de la préhistoire et de l’antiquité montent jusqu’à
nous la sourde histoire des formes modelées par Véronique Motte. Il suffit
d’en écouter les silences et les cris. Colette Bertot |
* "Cheval
et cavalier"
"Cheval
et cavalier"
"Les
grands mères"
"Petite femme debout" |
| Galerie Zedes, 36 rue Paul Lauters, 1050 Bruxelles. | |
| Mercredi 10h à 13h. Jeudi et vendredi 12h30 à 17h. Samedi 14h à 18h. | |
| Jusqu’au 20 février 2004. |
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