LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Françoise Bernardi.  Décembre 2003. 
   Nicole Tran Ba Vang - Collection Automne/Hiver
  
Nudité et vêtement : l'ambiguïté de l'être et du paraître
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Le corps est une source d’inspiration inépuisée (et probablement inépuisable) pour les artistes qui rêvent souvent de dévoiler l’âme enfouie dans cette enveloppe charnelle. Nicole Tran Ba Vang, artiste française d’origine vietnamienne, tente d’aller plus loin et pose la question de l’être et du paraître.

Styliste de formation, Nicole Tran Ba Vang s’oriente vers la photo et la vidéo avec la volonté dévoiler le corps mais surtout l’âme humaine. Dans un premier temps, elle réalise un travail sur des vêtements qui se confondent avec la peau. Elle met en scène toute l’ambiguïté de la nudité et de ce corps devenu objet. Le corps n’est plus qu’un artifice, qu’un objet dont on se sert de la même manière que l’on enfile un pull le matin.

Son art se développe autour de deux pôles majeurs : la nudité et le vêtement. C’est ainsi qu’elle développe toute une réflexion sur l’être et le paraître. Elle pose la question du corps, de son statut mais aussi celle de l’identité et de l’individualité. Qu’est-ce que la nudité dévoile de nous-mêmes ? Quelle est cette part de nous-mêmes que l’on expose une fois débarrassé de toutes formes de tissus ? Les conventions, toutes ces règles qui régissent nos vies ne dissimulent-elles pas encore bien plus notre personnalité ? Le bien paraître ne fait-il pas sa loi au détriment de l’être ?

A la galerie Taché-Lévy, Nicole Tran Ba Vang expose sa collection Automne/Hiver. L’artiste pousse sa réflexion plus loin puisqu’elle présente des corps qui se confondent avec le décor. Des jeunes femmes nues sont en accord parfait avec les motifs du papier peint et des tapisseries. Les dessins ornementaux s’emparent peu à peu des modèles pour finalement les envahir complètement. La femme ne fait plus qu’un avec le décor. 

Soumise et impassible, elle prend la place de l’accessoire. Le corps n’est plus qu’un objet qui doit se fondre dans son environnement. Dans une version extrémiste, on peut voir une femme qui brode à même ses jambes des motifs qui la perdront dans le décor. Cette dernière photo, certainement la plus perturbante, témoigne aussi de la conscience de cet abandon. L’artiste retravaille ses photos par ordinateur afin de les rendre le plus lisse et esthétique possible. 

Le regard est important dans l’art de Nicole Tran Ba Vang : notre propre regard sur son art mais aussi le regard de ses modèles sur nous-mêmes comme en témoigne son travail vidéo. Sur un fond musical (Déshabillez-moi), quatre personnes se maquillent et se démaquillent en nous regardant tel un miroir. L’artiste y développe la même thématique que pour la photo et y ajoute celle du travestissement. 

Nicole Tran Ba Vang n’en finit pas de nous interroger et de vouloir nous mettre à nu, débarrassés des conventions et des artifices.

Françoise Bernardi,         
Historienne de l'art         


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40tranvaban.jpg (39275 octets)

Nicole Tran Ba Vang

 

Galerie Taché-Lévy, Rue Tenbosch, 74 – 1050 Bruxelles.  
Tél. : 02 344 23 68

 

 

Du mardi au vendredi de 11 à 18h30 et le samedi de 12 à 18h.
Exposition accessible jusqu'au 20 décembre 2003.

Copyright © 2003 Mémoires et Françoise Bernardi.
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