LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Décembre 2003 
  Costa Lefkochir, 25 ans de peinture et de rencontres : 
  A
Liège et à Bruxelles, l'artiste exprime son tempérament de feu.

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Il est né à Heraklion en Crète en 1952. Il a étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Liège où il vit depuis plus de 30 ans sans avoir jamais renié ses origines « héllènes »… Comment pourrait-on d’ailleurs renier ses racines quand on appartient à La civilisation dont le rayonnement n’en finit pas de marquer l’humanité ? Lefkochir travaille dans son atelier de Liège et à Paros où il retourne régulièrement.

Cela fait plus de 25 ans qu’il peint les frémissements de ses rêves et les embrasements de la réalité « rebondissant sur les vagues d’une insatiable soif de l’invisible, de l’inaccessible » comme le souligne joliment Claude Lorent, commissaire de l’exposition liégeoise et co-auteur d’un important ouvrage détaillant la démarche de l’artiste.

Un double événement célèbre actuellement son travail.

A Liège, l’espace muséal de la salle Saint Georges consacre ses salles à «Costa Lefkochir, 25 ans de peinture et de rencontres». Une façon de faire partager au spectateur le cheminement du peintre. A la fois pictural avec ses questionnements bigarrés de couleurs et humaniste parce que l’homme ne peut s’empêcher de vivre sans établir des passerelles entre la pensée, les évènements quotidiens, les rencontres.

Ici, on peut donc découvrir les séries de tableaux évoquant ces rencontres. Parmi d’autres épinglons « La mémoire du temps » où il rend hommage à Gandhi dans un éblouissant rayonnement de jaune solaire strié de formes noires qui s’adoucissent en subtiles nuances de gris. Parfois des morceaux de papier journal aux textes illisibles sont collés sur la toile comme « les blessures d’un monde qui court à sa perte » et ces traces, fossilisées au cœur d’une palette chromatique vibrante et forte sont comme le moteur d’un parcours tout empreint de méditation.

Ailleurs l’émotion envahit la toile quand l’artiste, interpellé par le sort des enfants, victimes de la cruauté des hommes, tient à leur faire passer un message d’espoir.

Quelques « Lettres aux enfants » peintes à l’acrylique sur papier aux bords volontairement déchiquetés, témoignent d’un combat entre l’ombre et la lumière, entre le tolérable et l’intolérable.

La composition est chaotique, la matière est râpeuse, irrégulière comme seraient des plaies mal cicatrisées. Les couleurs s’entrechoquent à la fois ardentes et ténébreuses. Les formes abstraites libèrent les forces vives d’un esprit en perpétuelle ébullition. Il eut été impensable que Lefkochir enferme dans un univers figuratif ses élans, ses recherches. 

A Liège, le visiteur admirera aussi « Les livres scellés » ( nos préférés…) d’une infinie poésie. Ces pages de carton couvertes d’écritures mystérieuses et fermées d’un lien recèlent des secrets qu’on aimerait connaître. Personne ne pourra lire ces pensées, ces poèmes, ces secrets écrits par l’artiste pour être transmis aux générations futures…

 

A Bruxelles, la Galerie Bastien-Art expose les « Lettres à Dominikos Theokopoulos » cet autre artiste crétois plus connu sous le pseudonyme de El Greco.

Lors d’une exposition Greco à Heraklion,  Lefkochir est bouleversé par une petite toile figurant une montagne allongée et pauvre en végétation. Inscrite dans sa mémoire cette montagne sera le point de départ d’un dialogue, entre les deux artistes à travers le temps.

L’hommage au Gréco se décline à coup de tonalités palpitantes comme un cœur écorché, brûlantes comme le feu qui bouillonne dans les multiples facettes de cette montagne toujours recommencée. Chaque tableau, qu’il soit de grande dimension ou de format étroit et allongé répond à une quête de spiritualité. La matière est épaisse, torturée, vivante comme une coulée de lave monochrome sortant du volcan en marquant à jamais le paysage qui l’entoure. Lefkochir fouille les entrailles du monde en quête d’une main tendue. 

La montagne du Gréco est un thème de dépassement, un prétexte à tenir en éveil nos sens et nos esprits tout au long d’un voyage initiatique et souvent douloureux.

Lefkochir, le peintre et l’homme que nous rencontrions lors du vernissage de ses expositions est touchant comme un enfant. « Nous ne pouvons changer la réalité, expliquait-il, changeons donc l’œil qui voit la réalité »… A méditer.

Colette Bertot         

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40ilefkoage.JPG (14355 octets)

"Du fond des âges" 

 

 

 

 

 

40ilefkolivr.JPG (13799 octets)

Livre scellé

 

 

 

 

 

40ilefkolettr.JPG (19501 octets)

Lettre aux enfants

 

 

* Musée de l’Art Wallon. 86 Feronstré. Liège. 
Du mardi au samedi de 13h à 18h. Dimanche de 11h à 16h30.
Jusqu’au 7 décembre.

* Galerie Bastien Art. 61 rue de la Madeleine. Bruxelles. 
Du mardi au samedi de 11h30 à 18h30. Dimanche de 11h à 13h.
Jusqu’au 4 janvier 2004.

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