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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Décembre 2003 Carlo Binsztok... Première : du cinéma à la peinture A la Galerie Zedes de Bruxelles. |
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;; Binsztok a étudié le cinéma à La
Cambre. Il a toujours peint mais s’est lancé dans une carrière de
réalisateur-producteur de courts métrages et films publicitaires à laquelle il
met aujourd’hui un terme pour se consacrer exclusivement à la peinture. Son accrochage aux cimaises toujours intéressantes de la galerie
Zedes va bousculer les amateurs de ronron ! Loin de
nous l’idée de vouloir, à tout prix, trouver des parentés à l’artiste mais nous
en voudra-t-il d’évoquer à son propos l’étrangeté des personnages de Kengen ?… Nous ne pensons pas. Plantés dans un décor dépouillé à l’extrême les personnages de
Binsztok, mi hommes–mi géants aux corps puissants, aux
têtes lourdes, aux épaules de lutteurs expriment, sans rien dire, une manière
d’être excessivement troublante. On ne sait trop s’ils cherchent à provoquer ou
à émouvoir. Ces formes humaines, hiératiques, généralement montrées de profil ou de
dos, ces visages frustes entourés d’un gros trait de peinture ne comportent ni
yeux, ni bouche, ni nez comme pour accentuer l’énigme planant autour de ces
humanoïdes qu’on imagine (à tort ou à raison) d’une brutalité contenue. Les femmes n’ont pas leur place dans les phantasmes de l’artiste. Sans
elles, quelques enfants ont pourtant survécu à ce mâle ras de marée. L’un
d’eux, touchant, seul et désespéré, ressemble à un ange prêt à s’envoler vers
des horizons meilleurs. Les évènements du 11 septembre ont
fortement marqué la sensibilité de l’artiste dont un personnage hybride
tremble au passage d’oiseaux de mauvais augure qui pourraient bien être
d’infernales machines de fer ou encore un groupe d’hommes, inquiets, regarde
vers ce qui semble être une tour en flammes… Parfois un bonhomme cocasse et un peu slave, coiffé d’un chapeau à la
Chagall, rappelle les origines de l’artiste. Parfois encore, sortant des
sentiers battus de la rudesse qui l’habite, il peint une série de corps
gracieux et allongés à la limite de l’abstraction. Bisztok présente ici un groupe d’œuvres récentes et
bien construites issues de la même technique à l’huile sur toile marouflée. Pas
de couleurs agressives mais une abondance de gris multiples, quelques touches
de rouille presque imperceptibles, mettent la lumière en scène. N’oublions pas
que l’homme est cinéaste ! La matière est si dépouillée qu’elle semble
dépourvue de matière et, au toucher, elle est si lisse qu’elle en paraît
précieuse. On ne peut rester insensible à cette peinture tellurique et forte venue
de la nuit des temps. Déjà on peut parler d’un « style »
Bisztok
qui fera son chemin, imprévisible, comme la rivière sortant de son lit pour
s’engouffrer dans les profondeurs lugubres de la terre… Colette Bertot |
* * Carlo Binsztok
Carlo Binsztok
Carlo Binsztok
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Galerie
Zedes. 36 rue Paul Lauters. 1050 Bruxelles. |
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| Mercredi de 10h à 13h. Jeudi et vendredi de 12h30 à 17h. Samedi de 14h à 18h. | |
| Jusqu’au 20 décembre 2003. |
Copyright © 2003 Mémoires et Colette
Bertot.
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