LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Décembre 2003 
  Carlo Binsztok... Première : du cinéma à la peinture  
  
A la Galerie Zedes de Bruxelles.

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L’artiste, né à Bruxelles en 1942, n’est pas tout jeune mais c’est sa première exposition et le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne sera pas la dernière. En voilà un qui interpelle dès le premier coup d’œil. On aimerait en savoir plus sur le pourquoi, le comment de ces formes humaines rudes et robustes, qui sans titre, investissent les toiles et intriguent le regard du spectateur.

Binsztok a étudié le cinéma à La Cambre. Il a toujours peint mais s’est lancé dans une carrière de réalisateur-producteur de courts métrages et films publicitaires à laquelle il met aujourd’hui un terme pour se consacrer exclusivement à la peinture.

Son accrochage aux cimaises toujours intéressantes de la galerie Zedes va bousculer les amateurs de ronron ! Loin de nous l’idée de vouloir, à tout prix, trouver des parentés à l’artiste mais nous en voudra-t-il d’évoquer à son propos l’étrangeté des personnages de Kengen ?… Nous ne pensons pas.

Plantés dans un décor dépouillé à l’extrême les personnages de Binsztok, mi hommes–mi géants aux corps puissants, aux têtes lourdes, aux épaules de lutteurs expriment, sans rien dire, une manière d’être excessivement troublante. On ne sait trop s’ils cherchent à provoquer ou à émouvoir.

Ces formes humaines, hiératiques, généralement montrées de profil ou de dos, ces visages frustes entourés d’un gros trait de peinture ne comportent ni yeux, ni bouche, ni nez comme pour accentuer l’énigme planant autour de ces humanoïdes qu’on imagine (à tort ou à raison) d’une brutalité contenue.

Les femmes n’ont pas leur place dans les phantasmes de l’artiste. Sans elles, quelques enfants ont pourtant survécu à ce mâle ras de marée. L’un d’eux, touchant, seul et désespéré, ressemble à un ange prêt à s’envoler vers des horizons meilleurs.

Les évènements du 11 septembre ont  fortement marqué la sensibilité de l’artiste dont un personnage hybride tremble au passage d’oiseaux de mauvais augure qui pourraient bien être d’infernales machines de fer ou encore un groupe d’hommes, inquiets, regarde vers ce qui semble être une tour en flammes…

Parfois un bonhomme cocasse et un peu slave, coiffé d’un chapeau à la Chagall, rappelle les origines de l’artiste. Parfois encore, sortant des sentiers battus de la rudesse qui l’habite, il peint une série de corps gracieux et allongés à la limite de l’abstraction.

Bisztok présente ici un groupe d’œuvres récentes et bien construites issues de la même technique à l’huile sur toile marouflée. Pas de couleurs agressives mais une abondance de gris multiples, quelques touches de rouille presque imperceptibles, mettent la lumière en scène. N’oublions pas que l’homme est cinéaste ! La matière est si dépouillée qu’elle semble dépourvue de matière et, au toucher, elle est si lisse qu’elle en paraît précieuse.

On ne peut rester insensible à cette peinture tellurique et forte venue de la nuit des temps.

Déjà on peut parler d’un « style » Bisztok qui fera son chemin, imprévisible, comme la rivière sortant de son lit pour s’engouffrer dans les profondeurs lugubres de la terre…

Colette Bertot         

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Carlo Binsztok 

 

 

 

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Carlo Binsztok 

 

 

 

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Carlo Binsztok 

 

Galerie Zedes. 36 rue Paul Lauters. 1050 Bruxelles.

Mercredi de 10h à 13h. Jeudi et vendredi de 12h30 à 17h. Samedi de 14h à 18h.
Jusqu’au 20 décembre 2003.

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