![]() |
LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université, UCL - Décembre 2003. |
|
Peinture néogothique en Belgique. Aperçu de la production de retables : |
|
;; L'art religieux a cependant privilégié le néogothique, car emblématique d'une période faste pour l'Eglise catholique. Les édifices néogothiques ont commencé à apparaître en masse, tandis que les monuments médiévaux étaient restaurés avec enthousiasme. L'architecture néogothique, d'abord d'usage religieux, a rapidement étendu son emprise sur tous les types de constructions, de la simple demeure particulière jusqu'aux édifices publics, en passant par les ouvrages d'art, etc. En Belgique, le mouvement était puissamment soutenu par les Ecoles Saint-Luc, autour desquelles gravitaient des personnages tels que le baron de Béthune. Le néogothique se voulait un style total, en ce qu'il ne se contentait pas de plaquer une façade à l'ancienne sur une structure moderne, mais il s'attachait à conformer également les espaces intérieurs. Ceux-ci recevaient une décoration appropriée, dont de nombreuses peintures murales et décoratives. C'était particulièrement le cas des églises. Ces peintures ont souffert du temps, car les sensibilités ont évolué. Le style néogothique s'est trouvé rapidement déprécié au XXe siècle, si bien que l'on ne trouvait pas d'intérêt à préserver des peintures si récentes et banales. Beaucoup ont disparu suite à la réforme liturgique du concile Vatican II. Nombre d'églises se sont vidées de leurs couleurs, au profit d'une blancheur de meilleur aloi selon le goût du temps. Les peintures murales ne sont pas seules a avoir subi des outrages. Le mobilier des édifices religieux, largement néogothique, a également accusé le coup. Les clôtures, les bancs de communion, les chaires de vérité, certaines statues jugées trop mièvres ont, en maints endroits, été priés de faire place nette. Il est vrai que le néogothique, devenu quasi industriel, produisait de grandes quantités de mobilier, où le bon grain côtoyait l'ivraie. Si l'on peut effectivement se demander s'il y avait de l'intérêt à conserver des statues en plâtre, la question devient plus délicate dans le cas d'uvres en bois ou en pierre. Parmi les objets devenus indésirables, se trouvaient quelques autels à retables sculptés et peints. Il en subsiste néanmoins un nombre appréciable. Ces retables s'inspiraient de leurs prédécesseurs du XVe siècle, dont ils avaient retenu la disposition générale et quelques clichés décoratifs, mais où la part d'innovation n'était pas mince. La confusion est impossible entre ces retables néogothiques et les spécimens gothiques. Souvent sculptés, ces meubles possédaient parfois des volets ou des panneaux peints. Ils résultaient de la collaboration de plusieurs artistes. Il est rare que ces derniers ait atteint la notoriété de leurs homologues spécialisés dans la peinture mondaine. Voici quelques exemples de ces retables à panneaux peints, tels qu'on peut encore les admirer dans nos églises. A Beignée (Ham-sur-Heure), en l'église Saint-Louis, se dresse le retable de l'autel majeur (fig. 1), offert en 1907 par l'abbé Demarthe. Il avait été commandé aux Tournaisiens Achille Durieu-Gahide, sculpteur, et Victor Facon, peintre. Le retable adopte la forme typique du XVe siècle, en trois compartiments avec centre surhaussé, plus deux volets. Les peintures de ceux-ci représentent une scène de la vie de sainte Julienne du Mont Cornillon (fig. 2), et le Sacrifice de Melchisédech (fig. 3). Ces panneaux sont de bonne qualité, et résument assez bien le néogothique de cette époque, où l'on trouve un souci du détail archéologique allié à une certaine austérité des scènes. Le style des plis et la composition des scènes n'ont rien de gothique, mais s'ancrent dans la peinture classique. Toujours dans la même église, on rencontre le retable dédié au bienheureux Richard de Sainte-Anne, offert par la famille Reul en 1907, et commandé à l'Ecole Saint-Luc de Tournai (fig. 4). Il s'agit d'un genre tout à fait différent du précédent. La forme, inhabituelle, doit se comprendre en relation avec la statue de Richard de Sainte-Anne qui surplombe le meuble. Ce retable perdrait donc toute signification s'il venait à être déplacé. Des peintures murales, de part et d'autre de la niche en trompe-l'il, achèvent le programme iconographique. Autre exemple, le retable de l'église Saint-Martin à Musson, daté de 1914 et issu de l'atelier Wilmotte (fig. 5). Les peintures se trouvent au revers des volets, et ne sont donc visibles qu'une fois ceux-ci refermés, conformément aux usages connus au Moyen âge (fig. 6). Le nom du peintre n'est pas connu ; les deux volets représentent la Mission des apôtres et l'épisode "Laissez venir à moi les petits enfants". Elles illustrent bien le style "sulpicien" en faveur à l'époque. Voici à présent autre chose. Il s'agit du retable d'un autel latéral du déambulatoire de la collégiale Sainte-Waudru à Mons, dédié à saint Vincent (fig. 7). Les sculptures sont de Remi Léonard Rooms et les peintures de Frans Coppejans. Les volets portent la date de 1906. Le meuble affecte une forme traditionnelle, déjà rencontrée à Beignée. Le compartiment central est chantourné. Quatre saints occupent le revers des volets, de gauche à droite : Ghislain de Hainaut, accompagné de l'ours, Aubert de Cambrai, Landry de Soignies, et Aldegonde de Maubeuge (fig. 8-9). La face intérieure des volets met en scène deux épisodes de la vie de saint Vincent, et des anges (fig. 10). Les peintures s'inspirent du style du début du XVIe siècle, à l'extrême fin des fastes gothiques. On le constate aux plis, au décor architectural peint, au costume des personnages lors du mariage de saint Vincent, etc. Frans Coppejans possédait une excellente connaissance de l'art de cette époque, tant du point de vue stylistique qu'iconographique. Les quelques exemples présentés ci avant ne donnent qu'une idée très imprécise de la production de retables néogothiques en Belgique. Toutefois, certaines caractéristiques émergent : le style néogothique, loin d'être monolithique, admettait diverses tendances, archéologiques (Mons) ou composites (Beignée). Ces retables gagnent à conserver leur emplacement originel, pour lequel ils ont été conçus. Préserver leur environnement immédiat aide leur mise en valeur. Enfin, pour peu qu'on les regarde sous un regard neuf, ils pourront retrouver, sinon leur force de conviction religieuse, du moins leur juste valeur esthétique.
|
Fig. 1.
Fig. 2.
Fig. 3
Fig. 4.
Fig. 5
Fig. 6
Fig. 7
Pour
contacter l'auteur : |
Copyright © 2003 Mémoires et
Christian Bodiaux.
Tous droits réservés.
Les autres articles sont accessibles via nos
archives.
Inscrivez-vous pour recevoir les
informations sur nos parutions.
Retour à la lettre Retour à l'accueil Recommandez ce site à un ami