LA LETTRE MENSUELLE

Une chronique de Vera Lewijse.  Novembre 2003. 
   Anversa e Genova, un sommet dans la peinture baroque : Europalia Italia
  
La peinture génoise au seicento sous l'influence flamande.

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Déjà au Xème siècle Gênes la Superbe était une république maritime indépendante nantie de privilèges commerciaux qui s’étendaient de l’Espagne à la Crimée. La relation économique entre Gênes et Anvers s’est établie à la fin du Moyen-Age. A partir du 16iéme siècle, les Génois qui résidaient à Anvers se réunissaient dans une société, fondée sur leur origine géographique et possédant sa propre juridiction. Ils étaient actifs non seulement dans le domaine économique mais aussi sur le plan culturel.

Le port ligurien dont la prospérité était due à la location de ses navires à des fins militaires et commerciales va devenir à terme la première place financière de l’Europe.

Avec leurs fortunes accumulées au fil des siècles, les patriciens attiraient des artistes des quatre coins du continent pour décorer leurs fabuleux palais. Rubens et Van Dijck ont immortalisé ces patriciens dans leurs somptueux tableaux. 

Pendant son voyage en Italie, Rubens fut impressionné par la rage de construire qui animait Gênes à cette époque. Il acheta des plans et des dessins des palazzi pour les faire éditer en 1622 en forme de gravures dans une publication intitulée ‘Palazzi di Genova’, œuvre qui figure à l’exposition. Il initiait ainsi au 'style nouveau’ les patriciens anversois. Un bel exemple en est la demeure de Rubens au Wapper et l’église Jésuite Carolus Borromeus, construite entre 1615-1621, dans la construction et la décoration desquelles Rubens à joué un rôle très important.

La situation géographique de Gênes, base idéale pour le commerce en Méditerranée, perdit son avantage après la découverte du Nouveau Monde lorsque l’importance du bassin méditerranéen se trouva reprise par les routes maritimes de l’océan Atlantique. Il n’empêche que la période 1550-1650, quand les riches familles Génoises deviennent les banquiers du roi d’Espagne, est connue en Espagne sous le terme siglo de los Genoveses. Gênes avait la même importance  que New-York pour l’Europe d’aujourd’hui. L’age d’or de Gênes prend fin avec la chute du pouvoir Espagnol et c’est Amsterdam qui devient la plus importante à partir de 1630.

Jeu de lumière et de couleur

Les premières salles -murs noirs, éclairage très intime dirigeant l’attention vers des détails particuliers dans les toiles- soulignent la richesse des vêtements et les décorations des palazzi représentés dans les portraits. L’économie génoise était basée sur le commerce et la production d’étoffes –le terme blue jeans est dérivé du nom Gênes– et sur l’importance du port de transit qui était le contact avec la Route de la Soie.

Admirons les  portraits par Antoon Van Dyck, Gentilhomme de la maison Spinola et Portrait de Caterina Balbi Durazzo, et de Guilliam Van Deynum, Portrait d’une dame génoise, qui illustrent la mode à cette époque, avec l'emploi de riches étoffes comme la soie, le velours et le brocart.

Toujours dans les premières salles, le mélange du style des peintres flamands avec les caractéristiques italiennes est souligné. En montrant les toiles en dialogue, cette osmose devient très manifeste. Guirlande  avec Jean Baptiste petit enfant, 1650-1660, est considéré comme un exemple de la coopération entre les peintres Génois Domenico Piola et Stefano Camogli, avec l’influence de Rubens dans la technique raffinée en usage dans la représentation du petit enfant au centre da la couronne. Cette création, atypique pour l’oeuvre de Pialo, est placée à côté de la Guirlande avec madone de Daniel Seghers dont il a subi l’influence. Daniel Seghers est élève de Jan Breughel I et de Cornelis Schut.

La composition picturale d’un thème religieux entouré par une guirlande est attribuée à Seghers. Chaque fleur, le nombre de pétales, tout a une signification iconographique : la rose symbolise l’amour éternel de Marie, la violette symbolise l’humilité, toutes sont caractéristiques de Marie et du Christ, et symboles par excellence de la passion du Christ. Le catalogue de l’exposition donne une explication claire et approfondie de chaque peinture et est d’une qualité admirable. La discussion de l’attribution de cette peinture est toujours en cours.

Les détails à découvrir…

Anvers et Gênes avaient toutes deux un marché d’oiseaux exotiques au 17ème siècle. Jusqu’à nos jours, le dimanche, les gens visitent le ‘Vogelmarkt’ d’Anvers. Très prisé par les Hollandais qui visitent la ville, c’est devenu un ‘marché aux oiseaux’ sans oiseaux mais avec une tradition qui vient de loin. Peu de gens savent encore d’où vient le nom du marché.    

Dans les toiles de Jan Roos, peintre anversois moins connu et travaillant à Gènes, les animaux (surtout le perroquet et le chien en opposition avec le chat !) sont peints avec une expression et une compréhension étonnantes pour leurs caractéristiques d’agression instinctive typique de chaque animal. Il se sert d’une palette chaude en ocres bruns et rouges animés  dans une composition rigoureuse en diagonales qui témoigne de sa maîtrise de la stylistique du Baroque. De cette Nature morte aux animaux, gibier et un tapis, rayonne une tension allègre qui invite à une contemplation profonde.

Une occasion unique

Hormis les liens entre l’art Italien et Flamand, il y a comme fil conducteur dans Anversa & Genova  la présence de toiles moins connues et qu’on a rarement l’occasion d’admirer. Ainsi la toile empruntée au Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe, Portrait de la marquise Veronica Spinola Doria par P.P. Rubens, qui quitte la République Fédérale allemande pour la première fois depuis 50 ans. Il y a en plus les pièces uniques empruntées des musées de Gênes et des toiles qui se trouvent d’habitude dans les collections privées, et qui sont maintenant à voir au Musée des Beaux-Arts d’Anvers.

Le maître Frans Floris de Vriendt a obtenu au début de sa carrière la commande d’un arc de triomphe en bois par la Nation Génoise à Anvers à l’occasion de la Joyeuse Entrée de Philippe II. Pendant son voyage en Italie, cet artiste a dû se servir de ses contacts pour obtenir des commandes et établir sa renommée à Gênes. Les oeuvres de la maturité de Floris témoignent de la culture constituée en Italie, mais élaborée dans un réalisme typiquement nordique. Il se montre empreint d’une sensibilité et d’une sensualité voilée qui se traduisent dans le traitement de la ligne, de la lumière, et dans la mise en scène de ses personnages mythologiques et religieux dans un décor sobre et humble. Nous pouvons admirer la maîtrise de ce grand maître dans Adam et Eve avec Caïn et Abel et dans La déploration de Abel.  

Fille de cuisine de Bernardo Strozzi constitue une synthèse parfaite des traditions picturales d’un Caravage et du Nord de l’Europe.

Le mariage du  sud et du nord

L’impact de Rubens est incontestable chez des peintres historiques comme Vincent Malo, Bernardo Strozzi, Valerio Castello, Gio Bendedetto Castiglione et Gregorio De Ferrari, dans la reprise de la composition et l’emploi de la couleur. Stefano Magnasco par contre assimile avec génie l’idiome de Antoon Van Dijck. 

De Van Dijck, on peut en plus admirer un Portrait équestre et une Crucifixion, dont l’élégance dans la  partie musculaire se reflète dans la toile de Stefano Magnasco,Le Christ crucifié avec ange.

Dans les œuvres d’Anton Maria Vassallo et Sinibaldo Scorza,on reconnaît l’influence des natures mortes de Frans Snijders et Pieter Boel.

Ne pas oublier les peintres Génois Andrea Ansaldo, Gioachino Assereto, Luciano Borzone, Luca Cambiaso, Domenico Fiasella, Giovanni Battistta Gaulli, Giulio Cesare Procaccini, Orazio Gentileschi, Bartolomeo Guidobono, Orazio De Ferrari...

Giovan Battista Paggi, Venus et Cupidon chez qui l’influence des peintres vénitiens et surtout de Titien est très présente ; un dessin préparatoire de Lazarro Tavarone, une Cléopâtre de Vassallo. 

Guidobono présente deux toiles qui illustrent l’histoire de deux femmes fatales de l’histoire : Jaël et Sistrai  et Samson et Dalila.

Dans l’œuvre du peintre Liégeois Giacomo Legi, se révèle son origine, par le choix des motifs et sujets typiquement nordiques mais enrichi par l’influence du Caravage, et l’emploi d’éléments picturaux et thématiques Italiens. Intérieur d’une cuisine est une peinture dynamique, pleine d’humour et vivante d’un homme sortant de la cuisine, portant une assiette avec des poissons et un homard et se rendant compte, juste à temps, que le chat essaie de voler une perdrix.

En résumé, pendant la visite de cette exposition, on n'a guère le temps de s’ennuyer !

La décoration de l’exposition est pour le moins surprenante. Le musée a fait appel au couturier Dries Van Noten et à Gert Voorjans. Ils ont imaginé un parcours aussi élégant qu’étonnant faisant généreusement appel au velours, qui évoque la richesse de Gênes. Les couleurs des salles, alternées en contraste, soulignent la force des couleurs des peintures. Au début, le visiteur doit s’adapter à cette approche audacieuse de l’emploi d’un bleu clair à côté de rouges chauds et d’un vert spécial s’opposant à l’orange éclatant du velours. Risqué mais réussi !

Soixante-dix chefs d’oeuvres d’art constituent ce panorama des échanges artistiques entre le port d’Anvers et la Gênes du dix-septième siècle. L’information sur les toiles et leur contexte est réalisée de façon claire et nette dans les salles. Des chaises dispersées et adaptées à la période, invitent à se reposer et s’insèrent dans une atmosphère de luxe, de raffinement et de beauté imbibée de couleurs.

Je vous souhaite une bonne visite !

Vera Lewijse,         
Historienne de l'art         

Illustrations : données complètes sous les grands formats.
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G. Van Deynum

 

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Antoon Van Dijck

 

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Gentileschi

 

 

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Gregorio de Ferrari

 

 

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Bernardo Strozzi

 

 

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Giovanni B. Paggi

 

 

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Giacomo Legi

 

 

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Frans Floris 

 

 

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Jan Roose

 

 

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Cesare Procaccini

 

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Lazarrio Tavarona

 

 

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Luca Cambiaso

 

Pour contacter
 l'auteur :
info@art-memoires.com 

Koninklijk Museum voor Schone Kunsten, Leopold de Waelplaats, 2000 Anvers.
Tel. : +32-(0)3-242.04.16 - e-mail : publiekswerking@kmska.be  
Du mardi au samedi 10h00 – 17h00. Dimanche: 10h00 – 18h00.
Fermeture: le lundi, 25 décembre, 1 et 2 janvier

Prix d’ entrée: 6 €. 
Conditions pour groupes, collections, nocturnes...: www.antwerpen.be/cultuur/kmska 
Catalogue : 31 € ; avec des essais de Paola Massa, Marzia Cataldi Gallo, Bram de Klerck...

Du 4 octobre 2003 au 4 janvier 2004. 

Copyright © 2003 Mémoires et Vera Lewijse. 
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