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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université, UCL - Octobre 2003. |
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Fernand Toussaint et
l'art du portrait, par Christian
Bodiaux : |
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;; Depuis l'Antiquité, l'homme a toujours cherché à immortaliser son existence, que ce soit sous forme de monument érigé à sa mémoire, ou sous forme de portrait. Le portrait, peint, sculpté, gravé, ou encore sous forme de mosaïques, représente sans doute l'expression la plus aboutie de ce désir d'immortalité. Toutefois, il remplit également des fonctions sociales du vivant du commanditaire. Cet article ne prétend pas étudier
la sociologie du portrait, déjà faite depuis longtemps et par maints spécialistes,
mais s'attacher à comprendre les moyens mis en œuvre par les artistes
peintres pour mettre en valeur les personnes représentées. Il existe divers
types de portraits, familiaux, en groupe, ou isolés. Dans cette dernière catégorie,
des variantes nombreuses sont à signaler : portraits en pied, en buste, de
face ou de profil, etc. On pourrait se demander a priori pourquoi des tableaux qui représentent une personne particulière, sans lien avec l'acquéreur ultérieur de l'œuvre, trouvent justement amateur. Le physique de la personne y est probablement pour quelque chose, mais, plus fondamentalement, les qualités de composition doivent jouer un rôle majeur. En général, les portraits féminins ont davantage de succès que les portraits masculins, surtout lorsque la femme en question est encore jeune et jolie. Nous allons donc
envisager quelques-uns des très nombreux portraits que la peinture belge du
XIXe siècle a générés, afin d'en proposer une grille de lecture. Parmi les portraitistes belges, Fernand Toussaint (1873-1956) n'est pas des moindres. Nous renvoyons à la fiche correspondante sur ce site pour sa biographie. On en conserve plusieurs portraits d'élégantes, identifiées ou non. En voici un, passé en vente publique en 2000, l'Elégante au collier de perles (fig. 1). La composition en est subtile. Puisque le but d'un portrait est avant tout de fixer les traits du visage, tout dans le tableau doit contribuer à le mettre en valeur. La femme, calée dans l'angle d'un canapé, est vêtue d'une robe noire. Un paravent sert d'arrière-plan. Le visage se trouve dans le quart supérieur gauche. Plusieurs lignes de composition l'encadrent ou y mènent spontanément le regard du spectateur : le bras droit, replié et appuyé sur l'accoudoir, le bras gauche, déterminant une oblique, le dossier du canapé, et enfin les deux éléments de châssis du paravent. Les couleurs participent à la mise en valeur du visage.
La robe noire s'impose dans la gamme chromatique du tableau. Elle confère
rigueur et majesté à la personne, et met en évidence la blancheur de la peau
des bras, de la gorge et du visage. Toutefois, il s'agit de contrebalancer
cette teinte, qui, sinon, rendrait le tableau assez sinistre. Fernand Toussaint
éclaircit le coin inférieur droit du tableau au moyen de l'éventail en plumes
d'autruche, qui vient équilibrer la blancheur des chairs. Un continuum est établi
grâce au bras gauche qui tient l'éventail. Un bouquet d'œillets rouges fixé
au corsage vient ponctuer le point de rencontre entre la ligne du bras gauche
et le dossier du fauteuil ; il fait en outre contrepoint au rouge vif des
lèvres de l'élégante. Le tableau est donc parfaitement équilibré, même si le
visage apparaît décentré. Voici une autre élégante de Fernand Toussaint, l'Elégante à l'ombrelle (fig. 2). Le principe de composition est fort différent du tableau précédent. L'âge de la jeune femme a sans doute influencé l'artiste. De fait, une composition adaptée pour une personne d'âge mûr ne l'est pas forcément pour une jeunesse. La jeune femme siège sur un petit
fauteuil, devant un arrière-plan indéfini, sans motif particulier. La gamme
chromatique, nettement plus claire que dans l'exemple précédent, conserve néanmoins
une certaine sobriété. On ne retrouve plus autant de lignes de composition, si
bien que l'œuvre en paraît plus spontanée, caractère qui sied également à
cette jeune personne. Le dossier du fauteuil offre un appui visuel au
personnage, qui flotterait sans ce détail. Une touche rose vient ponctuer son
corsage, selon le principe mis en œuvre précédemment. Le chapeau orné de
ce qui semble être une plume verte, de la même teinte que la veste, permet de
cadrer le visage. L'ombrelle, en apparence anodine, est en fait la seule ligne
droite de ce tableau, tout en rondeurs. Sa présence et sa position
raffermissent un peu la composition. Autre portrait, celui d'une jeune femme portant une robe brune (fig. 3). Contrairement aux deux exemples précédents, elle ne regarde pas vers le spectateur, mais a les yeux perdus dans le vague. Elle aussi siège dans un petit fauteuil. Le portrait restitue une partie d'intérieur bourgeois. La composition est encore différente des précédents tableaux, même si des tics caractéristiques se répètent, comme la ponctuation d'œillets sur le bord du corsage. Les tonalités de l'ensemble, fort sombres, mettent en valeur la gorge et le visage. La composition est pyramidale : la largeur de la
jupe étalée sur le siège fait place au buste, assez mince, puis vient enfin la
tête. Toute la vitalité du corps s'y concentre. En outre, les bras tendus et
joints sur les genoux forment deux lignes de composition qui dynamisent le
personnage. Les manchettes blanches et les mains font le contrepoint de la
clarté des chairs de la gorge et du visage, au milieu de la jupe sombre, selon
le principe observé dans le premier tableau. Voici encore deux autres portraits, toujours par Toussaint. Sur l'un (fig. 4), des détails de composition de la jeune femme à l'ombrelle resurgissent : la position du chapeau, les plumes roses qui rappellent la robe de la même couleur, la présence d'une ombrelle, le fond indéterminé. Toutefois, les fleurs, des roses dans le cas d'espèce, ne se trouvent plus fixées au corsage, mais sous forme d'un bouquet tenu à la main. Il est vrai que leur disposition au corsage aurait été redondante, puisque les vêtements sont suffisamment clairs. En revanche, le bouquet occupe une place stratégique, à la naissance et au passage de lignes de composition formées par l'ombrelle et les mains. La position de l'ombrelle contrebalance la diagonale du bras gauche, de façon à équilibrer la silhouette. Il est possible que le même modèle ait posé
pour l'autre portrait, romantique à souhait (fig. 5). Ici, Toussaint ne
s'embarrasse pas de lignes de composition, mais travaille le tableau en nuances
de couleurs. Une grande douceur s'en dégage. Une sorte de coulée claire met le
visage en valeur. Un œillet rose éclaire la chevelure. Ces quelques portraits de Toussaint montrent
la variété de compositions possibles pour un même sujet, adaptées à l'âge et à
la condition des personnages représentés. Des stéréotypes se dégagent de ces échantillons,
tels la présence constante de fleurs, qu'il s'agisse de roses ou d'œillets,
l'ajout d'une ombrelle de fonction similaire, l'équilibre des couleurs, etc.
Notons que Toussaint a pu montrer sa maîtrise des couleurs dans d'autres œuvres,
bien éloignées des portraits, comme les bouquets (fig. 6-7), voire sur des
affiches (fig. 8). En conclusion, il apparaît que Fernand
Toussaint, en praticien chevronné, offre une belle démonstration de l'art du
portrait. Ceux-ci rencontrent encore un vif succès sur le marché de l'art,
signe d'une valeur sûre.
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Fig. 1.
Fig. 2.
Fig. 3
Fig. 4.
Fig. 5.
Fig. 6.
Fig. 7.
Fig. 8.
Pour
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