LA LETTRE MENSUELLE

Marc J. Ghens, chronique d'un film annoncé.  Septembre 2003. 
     Marcel van Maele, chronique d'un film annoncé :
   
"Je sens la chair humaine, dit le géant" (M. Van Maele) 

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Les motivations de ce projet sont évidentes : porter témoignage et hommage sur un artiste flamand dont l’œuvre, par ses implications dans l’histoire de l’art contemporaine, dépasse largement les frontières de notre petit pays.

L’Histoire et l’image qu’elle nous donne d’une période, d’une époque, sont toujours dépendantes du point de vue dans le temps.L’Histoire d’aujourd’hui n’est pas celle de demain.

"L’intemporel en vous sait (…) qu’aujourd’hui n’est que le souvenir d’hier et demain, le rêve d’aujourd’hui", Khalil GIBRAN – LE PROPHETE.

Le choix de ce sujet en particulier est donc tout aussi évident : Marcel Van Maele est à présent âgé de 72 ans. Il est le dernier représentant d’un mode de pensée, le surréalisme, qui s’est trouvé peu représenté dans la partie néerlandophone du pays. D’où l’intérêt supplémentaire qu’il y a à en porter aujourd’hui témoignage.

Comme l’énonçait Saint Paul : "Il n’est pas trop tard, mais il est temps".

L’APPROCHE

L’approche de ce projet se veut multiple, à l’instar de l’œuvre et du personnage.

Il y a d’une part le poète, qui remet les mots et leur signification profonde en question, qui leur redemande un nouveau sens, un autre rêve et un autre moyen de rêver. Et qui parvient à leur donner une nouvelle vie.

Cette alchimie nouvelle trouve son origine puis sa voie dans le surréalisme et le mouvement Dada , mais elle a su se dégager de ses antécédents pour découvrir une réalité autre et sous-jacente, première.

D’autre part, il y a l’artiste plasticien qui est parvenu à mettre les mots en objets tangibles, loin des grammaires. Il a ainsi réussi à transformer notre manière de penser et de regarder la vie.

LA FORME

La forme va, au premier abord, adapter celle d’un documentaire de création classique : interviews de contemporains et surtout de l’artiste lui-même, plongée également dans son œuvre littéraire et plastique, témoignage sur son environnement au moyen d’éléments existants, contemporains, mais aussi d’archives, que ce soit la guerre de Corée ou les glorieuses sixties à Anvers ou à Amsterdam.

Mais le montage qu’il en sera fait n’aura surtout pas le côté « rétrospective » que ce mot même pourrait suggérer.

Il sera question dans ce film d’un portrait, essentiellement.

C’est-à-dire d’un kaléidoscope d’images et de phrases qui prendront seulement petit à petit leur place et leur sens dans une vue d’ensemble, ainsi qu’il en va d’un puzzle que l’on vient de sortir de sa boîte.

LA STRUCTURE

La structure générale ne pourra, c’est l’évidence même, prendre et trouver sa place qu’au montage.

Les différents thèmes et époques seront présents, mais la présence de l’artiste lui-même va bien évidemment venir bouleverser tous les plannings et les structures pré-établies imaginables.

On l’aura compris :Van Maele est imprévisible, toujours. Il faut être prêt à le suivre. Il faut, c’est bien clair, partir avec un scénario de base, une structure de base. Mais rester dans le même temps ouvert pour l’imprévisible, l’inattendu, la surprise, l’insolite même.

Un « fil rouge », cependant, guidera le film : tout simplement un travelling avant sur un canal de Bruges, ville dont Van Maele est originaire. Revenant de manière répétitive, ce sera la métaphore évidente du trajet de la vie, se terminant dans le blanc absolu, couleur fondamentale des œuvres de l’artiste.

Et couleur de la cécité, peut-être ? Pourquoi toujours l’associer au noir, finalement ? Un choix arbitraire, bien sûr, mais que nous assumons.

STYLE  ET  IMPACT  VISUEL

Le style et l’approche visuelle devront rester très nerveux. Beaucoup de gros-plans : le regard vide et cependant hanté de Marcel van Maele, le jeu de ses mains quand il tape ses textes sur une vieille machine à écrire, ou quand il découvre et reconnaît les formes d’une nouvelle œuvre qu’il a fait réaliser sous ses directives fermes et précises.

Le paradoxe va sauter, si l’on ose dire, aux yeux : cet homme qui ne voit plus a gardé un sens et une intuition de la forme qui sont bouleversantes. La caméra suivra minutieusement ce cheminement de la pensée vers les mains et ce regard qui voit encore parfaitement, mais d’une autre manière.

CONCLUSION

Par définition, un film raconte, en images, une histoire.

Comment raconter l’histoire de Marcel van Maele ?

Ce sont ses œuvres qui doivent parler pour lui, pas nous, simples témoins en état de reportage.

On peut écrire et filmer l’histoire de la vie d’un Rubens ou d’un Ensor. Mais elle resteront toujours indissociables de l’œuvre qu’ils nous ont laissée. Une œuvre que nous pourrons analyser, scruter, disséquer. Mais que pourraient-ils nous raconter eux-mêmes s’ils le pouvaient encore ?

Qui sait ? Qui peut savoir ? Une toute autre histoire, peut-être bien ? Ici, nous avons la chance d’avoir encore l’artiste « à notre disposition ».

Que va-t-il pouvoir nous raconter ? Vouloir bien nous raconter.

Ce projet n’est ni une fiction ni le développement d’un sujet figé dans le temps.

Ce sujet se fait et se développe encore chaque jour au travers de l’œuvre toujours en gestation.

Ce sont là des éléments qui nous ont paru exemplaires pour illustrer ce concept de documentaire de création qui est le nôtre. La règle en est, finalement, simple : rester attentif à l’autre, à l’écoute de l’autre, sans vouloir trop se mettre en avant, tendance fâcheuse de notre époque et des relations qui y prennent place. Ne pas vouloir absolument traduire un sujet selon ses propres desideratas, mais bien plutôt en donner une interprétation possible, libre, ouverte et surtout pas arbitraire.

Comme dans un ménage à trois bien compris, précisément !

Ce sera finalement Marcel van Maele lui-même qui déterminera l’évolution et la structure du film.

A nos risques et périls.

Egalement, nous en sommes convaincus, pour notre plus grande satisfaction et celle du spectateur à venir.

Marc J. Ghens,      
Réalisateur et scénariste      


 

 

 

 

 

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