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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université, UCL - Août 2003. |
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L'ABC de l'examen
d'un tableau, par Christian
Bodiaux : |
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; Ceci ne représente pas de difficulté particulière. Il suffit de prêter attention à quelques éléments. Au terme de cet examen, le collectionneur pourra déjà poser un premier diagnostic sur l'état réel de son tableau, sur son histoire matérielle, et, éventuellement, sur son authenticité. Pour ce genre d'examen, le matériel nécessaire se résume à une loupe de grossissement x 15 ou x 20. Une lampe de poche peut éventuellement fournir un éclairage d'appoint, mais ce n'est pas toujours requis. Un tableau se compose d'ordinaire d'une toile, tendue sur un châssis, le tout mis en valeur dans un cadre. Les supports de bois étant nettement moins fréquents pour les XIXe et XXe siècles, nous n'en parlerons pas ici. La toile est l'élément fondamental de l'affaire. De son état dépendra la bonne tenue de la couche picturale. Cet état se vérifie tant à l'avers qu'au revers. De fait, des réparations qui pourraient passer inaperçues à un il non exercé apparaîtront de suite au revers. Par exemple, il est possible qu'une déchirure de la toile ait nécessité le collage d'une pièce de renfort. Des taches d'humidité peuvent également souiller la toile. Nous avons choisi d'illustrer ce bref exposé au moyen d'un petit tableau peint en 1908 par un membre de notre famille. Vu de face, en lumière directe et perpendiculaire à la surface de la toile, le tableau paraît en bon état (fig. 1). Toutefois, un examen en lumière rasante met rapidement en évidence la cuvette que forme la toile, détendue sur le châssis (fig. 2). Celui-ci transparaît sur le pourtour de la composition. Notons au passage la modification des tonalités, liée à la variation de la lumière. En retournant le tableau, le châssis et l'envers de la toile apparaissent. Ce châssis, plutôt fruste, est constitué de l'assemblage de deux traverses et deux montants. Il est en bois de sapin, reconnaissable à sa tendreté, aux nuds caractéristiques, ainsi qu'aux veines bien apparentes. Le mode d'assemblage du châssis, simple rectangle, ne permet pas de retendre la toile. De fait, il ne possède pas de clefs, qui peuvent augmenter l'écart des traverses et des montants, selon les nécessités. Si l'on désirait retendre cette toile, il faudrait donc la fixer sur un nouveau châssis, mais avec précaution. Une toile détendue de la sorte risque de se rompre si l'opération ne se fait pas avec précautions, de préférence par un professionnel. Sur les photographies de détail (fig. 3-4), on voit que l'assemblage se fait à mi-bois, c'est-à-dire que l'épaisseur de la traverse et du montant a été diminuée de moitié sur une section carrée, de façon à recouvrir la partie correspondante. Des clous solidarisent l'assemblage. On voit encore la trace de crayon ayant servi à délimiter la découpe. On distingue encore, sur le châssis, une inscription : Gilly (fig. 5). Sa présence ne s'explique pas, mais c'est à Gilly qu'a vécu ce peintre. Pourquoi avoir noté son lieu de résidence ? Nous ne le savons pas. Il n'est d'ailleurs pas sûr que ce soit lui qui ait apposé cette inscription. En tous cas, ceci montre l'importance de l'observation attentive de chaque détail. Tous apprennent quelque chose de l'histoire du tableau. Voici donc pour le châssis. Le tableau se trouve encadré, et, à l'habitude, des bandes de papier kraft ont été collées sur le pourtour du revers, de façon à masquer les parties inesthétiques et à éviter les dépôts de poussière entre la tranche du tableau et le cadre. On observe une étiquette, qui identifie la maison d'encadrement. Peu importe ici, mais cette étiquette prouve que le cadre n'est pas d'origine. On aurait pu s'en douter en comparant la vétusté du tableau et l'aspect neuf du revers du cadre, mais le fait est ainsi établi de façon certaine. D'où l'importance de relever toute étiquette ou marque, de quelque nature que ce soit, qui peuvent signifier l'appartenance du tableau à d'anciennes collections, le passage dans une maison de vente, etc. Que voit-on encore ? Le revers de la toile est de teinte inégale (fig. 3), comme si certaines parties étaient humides. En fait, c'est à peu près de cela qu'il s'agit, même si la toile est désormais sèche. Ce tableau a été confié à un restaurateur peu habile, afin d'ôter le vernis jauni. Il n'a pas lésiné sur le solvant, à tel point que celui-ci a percé la toile, en s'infiltrant dans les craquelures. D'où une remarque supplémentaire : le choix d'un restaurateur maladroit peut être fatal à l'esthétique ou aux conditions de conservation du tableau. Que l'on se renseigne soigneusement au préalable. A présent, nous pouvons décadrer le tableau. Pourquoi ? Nous allons le comprendre. Le décadrage nécessite, lui aussi, une grande prudence. Les clous qui fixent le châssis au cadre doivent être retirés de préférence au moyen d'une tenaille ou d'une pince, en protégeant le châssis et la toile. Un mouvement brusque lors de l'arrachage d'un clou pourrait enfoncer la toile (le poing poursuit sur sa lancée). Ce n'est pas à recommander Autre conseil : pendant la manipulation du tableau revers, le déposer sur une surface lisse, non abrasive, du genre mousse ou couverture, sur une table bien stable. Sinon, on risque de griffer le vernis, voire la couche picturale, ce qui n'est pas le but. Voici notre tableau décadré. Qu'observe-t-on ? Dans le cas d'espèce, la toile est clouée sur le châssis au moyen de gros clous à tête plate (fig. 6). Rien d'extraordinaire jusqu'ici. Toutefois, d'autres trous se trouvent entre ces clous. Il s'agit d'emplacements de clous disparus. De plus, ces trous ne se poursuivent pas dans le châssis (sondage au moyen d'une épingle). Qu'en conclure ? On peut supposer que la toile, clouée au préalable sur un premier châssis, a été fixée dans un second temps sur celui-ci. Pourquoi ? Peut-être s'agit-il d'une toile de récupération. Nous n'en savons pas davantage, rien n'est sûr. L'observation de la tranche montre également qu'elle n'est pas peinte, mais que l'artiste y a essuyé les trop-pleins de ses pinceaux. Dans d'autres cas, si la tranche est peinte, diverses conclusions peuvent être tirées. Il est possible, par exemple, que la toile que l'on possède n'est en fait que le fragment d'une composition plus importante, amputée. Revenons au recto (fig. 7-8). Un réseau de craquelures importantes se remarque de suite. Il n'y a cependant pas de décollements de la couche picturale, en assez bon état. On peut constater des empâtements à certains endroits ; la touche est assez grasse en général. Il s'agit de l'uvre d'un débutant, ne maîtrisant pas encore bien les mélanges (le ciel, la mer). Un dernier mot à propos de la signature (fig. 9). Elle présente l'avantage d'être en même temps un millésime : 1908. Bien lisible, elle ne prête pas à confusion. La première question à se poser au sujet d'une signature est celle de son authenticité. Si la matière picturale de la signature recouvre les craquelures, la signatures a toutes les chances d'être fausse. En revanche, si la signature est craquelée de la même manière que la peinture sous-jacente, elle est probablement vraie. Notons que dans le cas d'espèce, il n'y a pas de craquelures visible à cet endroit, qui se trouve sur le châssis. C'est ici que doit intervenir la loupe, de façon à repérer les éventuelles anomalies. Christian Bodiaux, |
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Fig. 1.
Fig. 2
Fig. 3
Fig. 4.
Fig. 5.
Fig. 6.
Fig. 7.
Fig. 8.
Fig. 9.
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