LA LETTRE MENSUELLE

L'exposition d'été aux Musées gaumais.  Août 2003 
  "Félicien Jacques (1866-1919) - Ferveur au village",
  
Une bouffée de réalisme, une pincée d'intimisme, un brin de naïveté.

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En 1901, Félicien Jacques expose trois tableaux à Paris, dont Notre-Dame d'Avioth. A un amateur qui lui en offre 2000 francs, une fortune alors, il refuse de le céder, répondant : "S'il vaut 2000 francs pour lui, il les vaut aussi pour moi".

Cette anecdote, tirée du remarquable ouvrage qui accompagne l'exposition, illustre la discrétion dont l'artiste lui-même entoura sa production. Il ne participa quasi à aucun salon, aucune exposition, vendant très peu. Certes aussi, les thèmes qu'il propose sont éloignés de ce qu'il était, même à son époque, de bon ton de vendre. Voilà qui explique que les oeuvres se trouvent très peu en mains privées : le Musée gaumais de Virton et le Musée en Piconrue de Bastogne en ont reçu l'essentiel par legs.

C'est dire la nécessité de cette rétrospective dédiée à un artiste méconnu mais fécond, souvent capable d'une facture réussie et touchante, et livrant à profusion un témoignage "ethnographique" sur la vie rurale de la fin 19e au début 20e.

Félicien Jacques bénéficia d'une solide formation : Ecole St-Luc de Bruxelles, et Académie Royale de Bruxelles où il suivit pendant 4 ans l'enseignement rigoureux de son directeur Jean-François Portaels. Lui-même deviendra professeur de dessin au Collège de Virton et à l'Athénée d'Arlon. Assuré de vivre au moins décemment, il fit oeuvre de peintre durant ses loisirs, ses vacances.

S'il a essayé tous les genres (portrait, paysage, scène de genre, nature morte...), son style resta assez constant, la luminosité s'épanouissant pourtant avec la maturité. Sa peinture est franchement réaliste, pleinement soucieuse de rendre le détail juste, la couleur exacte, le décor à l'identique. Nous nous trouvons ainsi face à un ensemble qui nous restitue avec force précision les meubles, les ustensiles, les logis, les tâches et leur organisation à cette époque.

Mais ce serait un peu court de résumer Félicien Jacques à ce réalisme presque photographique. Car le sentiment du peintre et de ses modèles transparaît dans pas mal de tableaux. Ces paysans, ces pauvres parfois, sont dignes, acceptent leur condition, ne la transcendant que dans l'accomplissement de l'ouvrage et, quand il y a nécessité d'un recours, dans leur ferveur, leur piété. 

Nulle plainte, nul gémissement dans ces bouches, nulle lamentation dans ces yeux, nulle supplique dans ces profondes rides, nulle récrimination dans ces attitudes. Jamais Félicien Jacques ne succombe au misérabilisme, parce que ces gens sont dépourvus, pas misérables. Ils acceptent et rendent grâce à Dieu d'avoir donné le bois, le pain, la laine, le chanvre. Comme le dit C. Chariot, "le monde rural ne manque de rien et ce qui viendrait à manquer est à chercher dans la prière, fataliste". J'ajouterais que si fatalisme il y a, il n'est jamais renoncement ou abandon.

Et puis ce silence autour du pèle (le poêle), le songe indifférent au temps que la grande horloge égrène, deviennent perceptibles. Je disais à M. Chariot que l'on songeait à l'école intimiste de Verviers, à Le Brun, voire aux dessins de Mellery. C'est patent dans certaines perspectives d'intérieurs habités d'une présence que l'on devine y frémir. Gwennaëlle Gribaumont, qui écrit une remarquable analyse, a établi ce parallèle avec Le Brun, avec cette intimisme pictural qui confère une existence propre, une vie aux objets les plus anodins et même à la lumière.

Il faut donc voir ce peintre pour la qualité de son oeuvre, même si certaines toiles ont un moindre bonheur. Chaque tableau a une valeur pour son amour des siens, de ses proches, pour la valeur aussi documentaire. Les paysages sont les seuls à mon avis qui laisse un goût de déjà vu, tout le reste nous en apprend sur ces gens ô combien respectables, sur leur manière de vivre.

J'ai repris à dessein dans les illustrations Les deux mendiants au Magenot : c'est l'une des rares oeuvres où l'on sent poindre la commisération chère au réalisme social. Il y a du Laermans dans ce tableau, dans la posture des personnages comme dans l'évocation du sort de la malheureuse femme et de son enfant. Les deux artistes furent amis lors de leur séjour chez Portaels. La mémoire, toujours !

Le livre qui est édité est remarquable, je l'ai dit. Outre la pertinente et largement documentée analyse de Gwennaëlle Gribaumont, celle à l'identique de Constantin Chariot sur cette ferveur omniprésente, on lira avec grand intérêt les participations de Philippe Barthélémy, dialectologue qui a traduit des textes en patois gaumais, et d'Eric Hanse qui brosse un bien intéressant panorama du mobilier lorrain : le buffet bas, le buffet deux-corps, l'armoire, le vaisselier ou encore le placard de taque pour ne citer que quelques meubles à la chaleureuse robustesse.

Enfin, sa préface est de la plume du baron Fernand de Jamblinne de Meux, actif administrateur du musée et généreux mécène, décédé inopinément le 11 mai 2003. L'ouvrage lui est d'ailleurs dédié. 

E. MdR         

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"Au pèle"

 

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N-D. d'Avioth 

 

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Fileuse et dévideuse
au pèle

 

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La vieille Fine

 

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Pauvresse

 

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Deux mendiants...

Musée gaumais, rue d'Arlon, 40 à 6760 Virton. 
Tel : + 32 ( 0 )63/ 57 03 15 - fax : + 32 ( 0 )63/ 57 69 42.
Courriel : courrier@musees-gaumais.be  

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La famille Jacques

Tous les jours en juillet et août. Fermé le mardi les autres mois.
De 9h30 à 12h et de 14h à 18h. 

Exposition accessible jusqu’au 30 novembre 2003.
L'ouvrage "Félicien Jacques, 1866-1914 - Ferveur au village", Editions du Musée gaumais Virton, est en vente au Musée au prix de 45 €.

Copyright © 2003 Mémoires.
Copyright © 2003 Photos Musées gaumais.
Crédits photographiques Jacky Collot.
Tous droits réservés.

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