LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Juin 2003 
  "Art en Marge, ou l'éloge de la différence",
  
au Musée Docteur Guislain de Gand .

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Voici 20 ans que Françoise Henrion – soucieuse de développer des projets touchant à la fois au domaine social, à savoir l’aide aux personnes handicapées et au domaine artistique – donnait le coup d’envoi de l’association « Art en marge ».

L’idée n’était pas neuve. Dès l’après-guerre le peintre, sculpteur et écrivain français Jean Dubuffet mettait en évidence la richesse de créations plastiques réalisées par des personnes « marginales » méconnaissant ou refusant toute culture et étrangères aux milieux artistiques professionnels. Il donnait à l’ensemble de ces œuvres le nom d’ « Art Brut ».

Aujourd’hui, Art en marge est une galerie d’exposition  présentant des créations produites « en marge de l’art » par des artistes pour qui le concept même d’art est étranger. Leurs œuvres « répondent le plus souvent à des nécessités magico - religieuses pour lesquelles une pierre ou un bout de bois à peine dégrossi suffirait »… Mais l’émotion et l’énergie sont bien présentes comme il en est de toute œuvre d’art et de toute époque sachant qu’en ce domaine l’interaction entre artistes et animateurs d’ateliers, souvent artistes eux-mêmes, est primordiale, l’écoute des uns provoquant en quelque sorte le désir d’expression des autres.

Art en marge possède une collection importante d’œuvres de ses exposants rassemblées au fil du temps, choisies avec rigueur dans des marges diverses : « les unes où l’individu s’avance, les autres où il est enfermé » .

La grande richesse et la variété de La collection peut-être vue, pour la première fois, au Musée Docteur Guislain  à Gand où se déroulait, il y a peu, un symposium international consacré à l’œuvre plastique des « Outsiders ».

L’occasion est unique de voir rassemblées tant de sensibilité et d’en découvrir l’atmosphère à la fois étrange et familière, proche et lointaine.

Comme on l’imagine, le parcours est complexe. Le visiteur sera tantôt choqué, tantôt bouleversé par un langage qui n’est pas le sien mais qui – forcément – élargit son horizon culturel et ébranle ses certitudes.

Difficile d’évoquer toutes les œuvres de la collection. Un très beau catalogue, en quatre langues et abondamment illustré l’accompagne.

Nous nous contenterons d’ en épingler certaines qui nous ont personnellement touchées. D’autres en séduiront d’autres.

Comment résister à la fascination de l’univers  toujours entouré d’un cercle de Umberto Bergamaschi, né à Milan en 1954. Le cercle est rassurant, il n’est pas nécessairement lieu de fermeture. Cette femme en noir digne des grands symbolistes est comme « une bulle de rêve » et l’emblème d’un monde silencieux tenant à l’écart la réalité.

Pour Sylvain Cosijns, né à Hundelgem en 1932, peindre ou dessiner « c’est la perche qui lui fait toucher la vie, les autres ». Ses dessins hésitants et simples, ses couleurs d’une grande pureté expriment une somme de sensations, d’expériences, de non-dits témoignant de sa fragilité.

Jean Marie Heyligen, né à Ath en 1961, peint sans se poser de questions. Le corps féminin est son sujet favori. D’abord réaliste et réduit à la cellule primaire, il se fait peu à peu humain comme si l’artiste l’apprivoisait, jonglant avec les formes jusqu’à lui donner  des yeux, des seins, un sexe, des mains, le tout décliné dans une palette de couleurs très maîtrisées et très personnelles. On retrouve le même esprit et la même vision du nu féminin, découvert à travers l’œuvre de Modigliani, chez François Defontaine, né à Douai en 1964. 

Et comment résister à l’expressionnisme de Ryszard Kosek, né en Pologne en 1957. La peinture est sa réponse aux angoisses du quotidien. Ses personnages sont des « images de synthèse » nourries de démons, de saints, de malfaiteurs, de moines, mélangés les uns aux autres dans son esprit avant qu’il nous en raconte l’histoire. 

Citons encore Tony Convey, l’australien, Alain Delaunay le carolo et Martha Grunenwaldt, née en 1910, et dont l’univers coloré est plus touchant qu’un rêve d’invisibilité.

Il importe de prendre le temps de visiter cette exposition sortant des sentiers battus. Elle est vivante, authentique, pathétique. Loin, bien loin de ce qu’on voit habituellement dans les galeries…

Colette Bertot         

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Heyligen

 

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 Bergamaschi

 

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Cosijns

 

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Kosek

 

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Heyligen

Art en marge. Collection. Musée Docteur Guislain, 43 Guislainstraat, Gand.
Tel. 09/ 216.35.95.

Du mardi au vendredi 9h à 17h .Samedi et dimanche 13h à 17h.

Jusqu’au 14 septembre 2003.

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