LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Françoise BERNARDI.   Juillet  2001. 
2. Les trésors du Musée de Tianjin
    au Cinquantenaire à Bruxelles.      

 

Pour fêter le 30è anniversaire de Relations diplomatiques entre la Chine et la Belgique, le Musée du Cinquantenaire, avec la collaboration de la Fondation Richard Liu, expose les Trésors du Musée de Tianjin. Peinture, calligraphie, sceaux, jade gravé, porcelaine ou encore les trésors du cabinet du lettré sont autant d’expressions artistiques exploitées avec élégance et maîtrise. La salle d’exposition plongée dans la pénombre ne fait que mieux ressortir la richesses et la beauté des oeuvres ici exposées.

Des peintures, on retrouve le goût des artistes chinois pour la représentation hautement symbolique de la nature où se côtoient les différents éléments : arbres, ruisseau, rochers, etc. L’homme ne trouve qu’une place restreinte dans cet environnement. Ces oeuvres invitent à la méditation. Ces peintures témoignent chacune d’une maîtrise et d’une justesse technique incomparable. Les traits sont sûrs et maîtrisés. Ces oeuvres disent le monde avec une économie de moyens exceptionnel.

Des années de travail pour exercer sa main et son oeil sont nécessaire à tout artiste chinois avant de maîtriser la peinture et la calligraphie. La nature dans toute sa force et sa grandeur est certainement le sujet de prédilection de ces peintres. Cette thématique hautement symbolique permet de traduire le monde avec les forces parfois opposées qui le composent. Cette conception artistique, cette fausse simplicité nous est peu familière, nous occidentaux dont l’art se veut parfois plus démonstratif, plus expressionniste, il s’oppose à cet art de la retenue et de la maîtrise propre aux artistes chinois ici exposés.

La pièce la plus exceptionnelle de cette exposition est sans aucun doute celle de Zhu Da dit Bada Shanren (1626-1705). Il s’agit d’une encre monochrome sur papier monté sur un rouleau horizontal signée et datée (1697). Si cette oeuvre peut, dans un premier temps, désorienter notre regard d’occidental, très vite, on se laisse emporter par les traits et la poésie de ce paysage exceptionnel. La variété et la richesse du cheminement, la souplesse et la maîtrise des traits sont un véritable bonheur pour les yeux. Floraison sur une rivière se lit de droite à gauche, l’artiste nous place véritablement au pied de ce paysage, à sa lisière, guidé par les branches de lotus, les rochers et l’eau, notre parcours ne finit pas de nous étonner. Zhu Da nous donne à voir un moment de vie, un instant de nature où rien ne se passe sinon la vie paisible, tranquille, où la nature suit son cours. Si l’instant est précieux si il invite à la méditation, à la plénitude, la technique est tout à fait admirable. La calligraphie explique les circonstances de la création de cette Floraison sur une rivière qui est le fruit d’un lent et long processus de méditation. Cette oeuvre monumentale a nécessité quatre mois à l’artiste alors âgé de 71 ans.

Le jade est une matière privilégiée pour ses caractéristiques tactiles et visuelles. Il est utilisé depuis des siècles en Chine pour des bijoux (bracelet, pendentif, etc.) mais également pour des objets utilitaires tels que des carafes, porte miroir ou coffret. Des pièces exceptionnelles du néolithique à la dynastie Qing (1644-1911) sont ici exposées et témoignent du raffinement, de la maîtrise des artistes depuis ses premières manifestations. Des jades sobres et unis côtoient d’autres plus décorés qui reprennent les thèmes animaliers réalistes (canard, oiseau, lapin) ou fantastiques (dragon). Des premières représentations stylisées du néolithique (pendentif en forme d’oiseau ou en de tigre), cet art évolue vers une représentation de plus en plus soucieuse du détail et d’un rendu naturaliste comme cette boîte en forme d’oie de la Dynastie Song (960-1279) au rendu minutieux du plumage ou encore cette bouteille entièrement décorée de motifs végétaux enlacés et de dragons de la Dynastie Yuan (1279-1368).

Une autre spécialité de l’art chinois est certainement la céramique. Si celle de la dynastie Ming (1368-1644) est la plus célèbre, d’autres pièces viennent démontrer que cette discipline est maîtrisée à l’époque Song (960-1279) mais avec un décor plus sobre et neutre.

Une dernière partie de l’exposition est consacrée aux trésors du cabinet de lettré où les objets usuels sont décorés avec raffinement : pierre d’encre, pinceaux, porte-pinceaux, papier. Ce souci du raffinement pour des objets si quotidiens traduit l’importance de l’art de la calligraphie et de la peinture dans une culture qui a élevé ces disciplines au rang d’art majeur, signe distinctif du gentilhomme.

Les 100 chefs-d’oeuvre présentés au Musée du Cinquantenaire sont l’occasion de découvrir une culture sous ses divers aspects. Ainsi, cette exposition s’accompagne d’un véritable festival culturel où l’occasion est donnée à tous de découvrir la gastronomie, la musique, la danse et aussi la mode de ce vaste pays aux multiples richesses. Cet événement dépasse le cadre de la simple exposition et se présente comme une véritable ouverture sur une culture chinoise à découvrir et à mieux connaître.

Françoise Bernardi    
 

 

 

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11zhuda.JPG (33492 octets)
Zhu Da (Bada Shanren) 
Floraison sur une rivière
 
(détail) ; 1967 ; 
1292,5 x 47 cm.

 

 

 

11jade11.jpg (7594 octets)
Pendentif en forme de tigre, jade vert, néolithique.

 

 

 

11jade22.JPG (10746 octets)

Disque flanqué de deux dragons 
et de motifs de grains, 
jade vert, dynastie Han.

 

 

 

 

11ceramiq.JPG (16181 octets)
Céramique de la dynastie Ming (1368-1644)


Musée du Cinquatenaire - MRAH,
Parc du Cinquantenaire, 10, 1000 Bruxelles.

Tel. : 02 741 73 11 (NL : 02 741 73 03).
Exposition accessible jusqu’au 05 août 2001.

Copyright © 2001 Mémoires et Françoise Bernardi. 
Photographies du Musée de Tianjin. Tous droits réservés.

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