Pour fêter le 30è
anniversaire de Relations diplomatiques entre la Chine et la Belgique, le Musée
du Cinquantenaire, avec la collaboration de la Fondation Richard Liu, expose les
Trésors du Musée de Tianjin. Peinture, calligraphie, sceaux, jade gravé,
porcelaine ou encore les trésors du cabinet du lettré sont autant
d’expressions artistiques exploitées avec élégance et maîtrise. La salle
d’exposition plongée dans la pénombre ne fait que mieux ressortir la
richesses et la beauté des oeuvres ici exposées.
Des peintures, on retrouve le
goût des artistes chinois pour la représentation hautement symbolique de la
nature où se côtoient les différents éléments : arbres, ruisseau, rochers,
etc. L’homme ne trouve qu’une place restreinte dans cet environnement. Ces
oeuvres invitent à la méditation. Ces peintures témoignent chacune d’une maîtrise
et d’une justesse technique incomparable. Les traits sont sûrs et maîtrisés.
Ces oeuvres disent le monde avec une économie de moyens exceptionnel.
Des années de travail pour
exercer sa main et son oeil sont nécessaire à tout artiste chinois avant de maîtriser
la peinture et la calligraphie. La nature dans toute sa force et sa grandeur est
certainement le sujet de prédilection de ces peintres. Cette thématique
hautement symbolique permet de traduire le monde avec les forces parfois opposées
qui le composent. Cette conception artistique, cette fausse simplicité nous est
peu familière, nous occidentaux dont l’art se veut parfois plus démonstratif,
plus expressionniste, il s’oppose à cet art de la retenue et de la maîtrise
propre aux artistes chinois ici exposés.
La pièce la plus
exceptionnelle de cette exposition est sans aucun doute celle de Zhu Da dit Bada
Shanren (1626-1705). Il s’agit d’une encre monochrome sur papier monté sur
un rouleau horizontal signée et datée (1697). Si cette oeuvre peut, dans un
premier temps, désorienter notre regard d’occidental, très vite, on se
laisse emporter par les traits et la poésie de ce paysage exceptionnel. La variété
et la richesse du cheminement, la souplesse et la maîtrise des traits sont un véritable
bonheur pour les yeux. Floraison sur une rivière se lit de droite à
gauche, l’artiste nous place véritablement au pied de ce paysage, à sa lisière,
guidé par les branches de lotus, les rochers et l’eau, notre parcours ne
finit pas de nous étonner. Zhu Da nous donne à voir un moment de vie, un
instant de nature où rien ne se passe sinon la vie paisible, tranquille, où la
nature suit son cours. Si l’instant est précieux si il invite à la méditation,
à la plénitude, la technique est tout à fait admirable. La calligraphie
explique les circonstances de la création de cette Floraison sur une rivière
qui est le fruit d’un lent et long processus de méditation. Cette oeuvre
monumentale a nécessité quatre mois à l’artiste alors âgé de 71 ans.
Le jade est une matière
privilégiée pour ses caractéristiques tactiles et visuelles. Il est utilisé
depuis des siècles en Chine pour des bijoux (bracelet, pendentif, etc.) mais également
pour des objets utilitaires tels que des carafes, porte miroir ou coffret. Des
pièces exceptionnelles du néolithique à la dynastie Qing (1644-1911) sont ici
exposées et témoignent du raffinement, de la maîtrise des artistes depuis ses
premières manifestations. Des jades sobres et unis côtoient d’autres plus décorés
qui reprennent les thèmes animaliers réalistes (canard, oiseau, lapin) ou
fantastiques (dragon). Des premières représentations stylisées du néolithique
(pendentif en forme d’oiseau ou en de tigre), cet art évolue vers une représentation
de plus en plus soucieuse du détail et d’un rendu naturaliste comme cette boîte
en forme d’oie de la Dynastie Song (960-1279) au rendu minutieux du plumage ou
encore cette bouteille entièrement décorée de motifs végétaux enlacés et
de dragons de la Dynastie Yuan (1279-1368).
Une autre spécialité de
l’art chinois est certainement la céramique. Si celle de la dynastie Ming
(1368-1644) est la plus célèbre, d’autres pièces viennent démontrer que
cette discipline est maîtrisée à l’époque Song (960-1279) mais avec un décor
plus sobre et neutre.
Une dernière partie de
l’exposition est consacrée aux trésors du cabinet de lettré où les objets
usuels sont décorés avec raffinement : pierre d’encre, pinceaux,
porte-pinceaux, papier. Ce souci du raffinement pour des objets si quotidiens
traduit l’importance de l’art de la calligraphie et de la peinture dans une
culture qui a élevé ces disciplines au rang d’art majeur, signe distinctif
du gentilhomme.
Les 100 chefs-d’oeuvre présentés
au Musée du Cinquantenaire sont l’occasion de découvrir une culture sous ses
divers aspects. Ainsi, cette exposition s’accompagne d’un véritable
festival culturel où l’occasion est donnée à tous de découvrir la
gastronomie, la musique, la danse et aussi la mode de ce vaste pays aux
multiples richesses. Cet événement dépasse le cadre de la simple exposition
et se présente comme une véritable ouverture sur une culture chinoise à découvrir
et à mieux connaître.