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** N° 11 - juillet 2001 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 01 07 01 |
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Sommaire |
Françoise Bernardi : |
Anna-Eva Bergman au Cabinet des Estampes de Liège | |
| Editorial | Les trésors du Musée de Tianjin, au Cinquantenaire à Bruxelles | ||
| Le contenu | Sebastio Saldago au Botanique à Bruxelles | ||
| La chronique universitaire : | |||
| Johan Muyle par Madame Bénédicte Merland. | |||
| Un virus oeuvre d'art ? : Il est "exposé" à la Biennale de Venise. | |||
| Vente chez Christie's : 10 tableaux de Magritte le 15 06 01 : résultats. | |||
| Rétrospective à Virton : Guillaume Edeline, peintre en Semois. | |||
| Les Musées Gaumais à l'honneur : Le Prix 2000 de la Fondation Désiré Jaumain. | |||
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La guimauve était frelatée ! Si Love Story avait fait pleurer bien des spectateurs, Loft Story fait surtout couler beaucoup... d'encre, entre autres. Je me garderai d'émettre une évaluation sur l'émission en soi, dont je n'ai vu le moindre fifrelin tant par manque d'attrait que de temps ; mais on a parlé suffisamment du concept pour que je n'en ignore rien. A défaut d'être une oeuvre d'art, cette immense mascarade constitue bien un chef d'oeuvre dans la glorification de l'insignifiant, et du grand art dans l'exploitation fièrement mercantile de l'être humain -le magazine Entrevue fut je crois le premier à révéler que deux des demoiselles étaient des stripteaseuses professionnelles. Alors que l'on se révolte à juste titre de décisions de conseils d'administration fermant des entreprises sans paraître connaître que des hommes y travaillent, alors que l'on pousse des cris d'orfraies à la vue d'une publicité jugée trop gauloise, on s'engoue avec frénésie pour une mise en scène qui ravale des hommes et des femmes au rang de souris d'expérience, ou d'objets de consommation. Andy Warhol disait que chacun dans son existence connaît un jour son quart d'heure de gloire. Il me paraît ici bien cher payé. Les gladiateurs romains, les femmes brûlées pour sorcellerie au Moyen-Age, les décapités de la Terreur ont connu aussi leur moment de grande notoriété. Au moins, ces malheureux eurent-ils sans doute la lucidité suffisante à ce que le caractère éphémère de "l'audience" dont ils bénéficiaient ne leur échappât point. Et l'art dans tout cela, me direz-vous ? Cet éditorial n'ayant jamais pour prétention que de proposer des interrogations qui furent miennes à un moment, je vous propose quelques accointances entre les deux formes d'expression. * Les rapports de la création artistique à la réalité ont souvent été un de mes thèmes favoris. L'artiste toujours crée une nouvelle réalité : un nouvel objet réel certes, mais un objet dont les références à d'autres réalités sont une source d'infinies questions. Ces autres réalités sont d'ailleurs elles-mêmes diverses : - la réalité tangible extérieure, et nous avons le Réalisme, le Cubisme, le Ready-made ou l'Hyper-réalisme ; quand le regard la modifie : l'Impressionnisme ; quand l'esprit la revisite : le Fauvisme ; quand le scientisme s'en mêle : le Pointillisme. - la réalité tangible intrinsèque à la matière de l'oeuvre d'art, et nous avons toute une série de courants modernes : l'Abstraction, et dérivés comme l'Action Painting, le Matiérisme. Mais aussi d'une certaine manière le Maniérisme français du 16ème siècle. - la réalité intangible qui est celle de nos niveaux de conscience, et nous avons le Symbolisme, le Surréalisme, l'Idéalisme pourtant doctrinaire. - la réalité codifiée, présente ou à venir, pressante ou suggérée, admise ou contestée, tous les thèmes religieux et allégoriques, humanistes et historiques ; et nous avons la Renaissance, le Classicisme et le Néo-Classicisme ; et avec eux tous les courants qui ont couru de Réforme en Contre-Réforme. * Toujours donc, l'artiste met en scène l'une ou plusieurs de ces réalités (ou strates de réalité, ou modes de connaissance de la Réalité). Et il crée, je le répète, une nouvelle réalité pour en proposer sa version. Comme dans l'émission que je citais, il y a mise en scène et artifice. Ils sont obligatoires, mais ils sont annoncés : personne ne croit que le portrait de Louis XIV, ou la photo de John-John Kennedy, ou l'ombre d'Orson Welles dans Le Troisième Homme sont une partie d'eux-mêmes. Alors que les inconditionnels du faux "happening" cité se bercent de l'illusion de devenir Le Passe-Muraille ; de découvrir... quoi au fait ? Le miroir à la Spilliaert de l'éprouvante et angoissante vacuité de leur propre banalité ? Car Internet ou la télévision se targuent de délivrer de l'information, donc une part de réalité. Ici, cette réalité est celle que l'on croit s'approprier à l'insu du sujet. Le peintre, au contraire, soumet librement au regard de l'autre sa vision de l'une des réalités décrites, par la forme et le substrat qu'il a choisis. On pourrait juste rattacher ce sentiment de viol d'une intimité avec la transgression qui sert de concept à certains prétendus artistes actuels. J'en ai déjà parlé : ni l'un ni l'autre ne nous rendent plus intelligents, plus humanistes, plus sensibles ou plus riches de l'expérience. * La cerise sur le gâteau était le mode d'élection du gagnant : par exclusion successive des autres participants par les spectateurs. Je crois savoir que le CSA français a exigé une modification de la règle à cet égard, et c'est heureux. Vous souvenez-vous de cette expérience universitaire décrite dans le film I comme Icare, et bien avant par Arthur Koestler dans Janus : on y voyait un "cobaye" infligeant à un autre -faux celui-là- des décharges électriques de plus en plus violentes à mesure des erreurs dans les tests mnésiques. Que ce soit par l'anonymat (typique du web) ou l'aval d'une autorité, la nature humaine peut révéler de biens sinistres traits. Je n'aurais pas la prétention de dire que l'art est salvateur ; encore moins que seul il pourrait prétendre à l'humanisme. Au moins l'espère-t-on tolérance et le plus souvent dialogue. Mais puisque nous sommes en juillet, vous fermerez la télé et profiterez du soleil ; s'il fait mauvais ou trop chaud, vous visiterez certainement musées et expositions. Des
trois, je
vous en souhaite des flots, Emmanuel Mons delle Roche P.S.:
Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de
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disponible hors connexion. |
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La chronique d'Art&Fact - Historiens d'Art de l'Université de Liège. Ce mois, Madame Bénédicte Merland nous présente Johan Muyle, un artiste "monumental", à la fois surréaliste et populaire. Françoise Bernardi nous emmène de Bruxelles (Les trésors du Musée de Tianjin et Sebastaio Saldago) à Liège (Anna-Eva Berman, qui fut l'épouse de Hans Hartung). N'importe quoi : La Biennale de Venise expose un virus informatique comme oeuvre d'art. Ou la quête malsaine de la notoriété... |
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* La lettre paraîtra le 01 août, mais les billets intermédiaires de quinzaine ne paraîtront pas durant ces deux mois, sauf événement exceptionnel. Stephane Rey prenant ses quartiers d'été, Françoise Bernardi assumera l'ensemble des chroniques d'expositions durant juillet et août. Il n'y aura pas de chronique d'Art & Fact en août, mais elle sera remplacée, si j'ose dire, par une étude de tableau que votre serviteur vous proposera. La rentrée de septembre s'annonce faste, et je vous en dirai plus dans le billet du 1er août. A très bientôt en tous les cas, E. Mons delle Roche. |
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