LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Françoise BERNARDI.   Mai  2001 .
8ème Triennale Internationale de l’Affiche Politique. Mons 2001.

Ces affiches ne vendent rien, elles parlent aux citoyens, aux consommateurs, aux hommes comme acteurs de la vie dans la société, sens premier du terme politique. Aussi ne faut-il pas s’attendre à trouver une majorité d’affiches électorales, celles-ci sont quasi absentes de l’exposition. Le manque d’imagination et d’originalité des campagnes électorales de notre pays ne serait donc pas une exception dans le paysage politique international. On pourrait en conclure le manque de créativité dans ce domaine, le manque d’envergure des campagnes d’affichage électoral dont les politiciens se désintéressent. L’affiche n’aurait-elle donc aucun pouvoir ?

La huitième Triennale de l’Affiche Politique à Mons présente les travaux de nombreux graphistes internationaux qui mettent ainsi en exergue les problématiques contemporaines. Les affiches exposées nous parlent d’un quotidien qui n’est peut-être pas toujours le nôtre mais auquel nous sommes chaque jour confronté via les médias. Elles sont un témoignage du monde. En parcourant l’ensemble de l’exposition, la fonction de l’affiche politique apparaît clairement : il s’agit de nous ouvrir les yeux. Les graphistes, avec les moyens qui leurs sont propres, nous invitent à l’action, à la vigilance, à la prise de conscience, au souvenir ou au respect.

Cette triennale s’articule autour de différents thèmes comme la mondialisation, la (sur)consommation, la citoyenneté, les droits de la femme, la guerre, le fascisme, les relations nord-sud, le sida. On peut retrouver un nombre important d’affiches qui se réfèrent aux horreurs du régime nazi, le rapport à un passé, une histoire qui a laissé des traces, des images fortes et symboliques. Le souvenir de la Seconde Guerre est plus que jamais présent dans des affiches qui sonnent comme des cris d’alarme : Rappelez-vous l’Holocauste de Jouri Toreev, 1933 % de la belge Teresa Sdralevich , Chasseur à l’approche de Paul Udorowiecki.

Il est important de garder à l’esprit les lieux où ces affiches prennent place, les remettre dans le contexte de la ville. Il est difficile de s’imaginer l’impact qu’elles ont pu avoir et surtout les réactions qu’elles ont suscitées. Il aurait été intéressant d’en savoir plus sur certaines affiches, sur leur histoire, le rapport avec le public dans la rue. Toutes celles exposées à Mons ont-elles véritablement pris place dans la ville ? Comment imaginer dans les rues de l’ex-Union Soviétique ce diptyque intitulé L’Etat et moi où un amas de clés à molette fait face à cette ceinture nouée prête à pendre un homme ou encore Août 2000. Le Koursk du russe Eugeny Arbenev. Que dire encore des affiches qui traitent des droits de la femme en Afghanistan comme Crimes against womanity de la belge Teresa Sdralevich. Ces images n’ont certainement pas pris place dans le pays dont elles dénoncent les pratiques, le but est donc de sensibiliser un public étranger. Il est important de souligner que l’organisation de cette exposition dépend des envois qui lui sont faits : sous certains régimes, bons nombres d’affiches circulent parfois dans des cercles très fermés, de façon clandestine.

Si les thèmes abordés restent forts, on ne se trouve plus face à la même violence qu’à la grande époque des affiches polonaises. Si la Belgique, la France, l’Allemagne et la Pologne sont bien représentés, on ne peut pas parler de suprématie de l’un ou l’autre pays dans ce domaine.

Les affichistes jouent beaucoup sur le détournement d’images quotidiennes ou du graphisme d’une marque, de son slogan. Ainsi, les Graphistes Rübimann détournent le sigle de la compagnie pétrolière Total Fina pour l’associer au naufrage de l’Erika. L’allemand Matthias Wienzierl a quant à lui choisi de reprendre le graphisme de la compagnie Lufthansa pour dénoncer le rapatriement des illégaux cautionné par la firme. United colors of Benetton est aussi repris par Gérard Paris-Clavel dans United colors of pognon et par David Tartakover United colors of Netanyahu. Ces différents exemples montrent que la publicité est entrée dans notre culture, elle en fait partie. Les différentes marques et leurs slogans sont suffisamment connus pour être détournés et pour que chacun en saisisse la référence. Si le ton est parfois humoristique, personne n’est dupe, ces affiches se font les interprètes des maux, des inquiétudes de la société.

La photographie garde une juste place dans les affiches, elle est habilement utilisée, non pas comme image constat mais comme technique pouvant servir au mieux le graphiste chinois dans Nous sommes un contre le racisme. On la retrouve aussi dans la campagne S’ouv’rire aux enfants de l’Elsau qui cherche à resserrer les liens entre les citoyens de la ville.

Il faut rappeler que cette triennale est un concours, ainsi, différents prix et mentions ont été attribués. La Belgique est particulièrement bien représentée à travers les affiches de Marianne Blairon SOS excision (1er prix), Olivier Sonck Laver séparément peut déteindre (2ème prix) et Frédéric Deltenre Haïder (3ème prix).

Cette exposition est une ouverture sur le monde, elle peut se voir comme un bilan des événements de l’année écoulée : le naufrage de l’Erika, le tragique événement du Koursk, la guerre, les conflits sanglants, le Kosovo, l’Algérie, Haïder. On peut toutefois regretter que ces affiches trouvent rarement une juste place dans les villes. L’affiche politique n’est pas morte mais il faut lui donner les moyens d’exister et surtout de l’espace pour s’exprimer.

Françoise Bernardi    
 

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Benito Cabanas

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Frédéric Deltenre

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Fang Chen

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Graphistes Rübimann

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Marianne Blairon

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Gérard Paris-Clavel

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Teresa Sdralevich

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David Tartakover

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Teresa Sdralevich

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Jouri Toreev

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Paul Udorowiecki

Musée des Beaux-Arts de Mons, Rue Neuve à Mons.

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Mathias Weinsierl

Exposition accessible jusqu’au 3 juin 2001.
Tél O65 40 53 06

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