LA LETTRE MENSUELLE
La chronique de l'Université - Avril 2001.

Pour une histoire matérielle de l’art : ressources et enjeux de l’archéométrie.
Présentation des activités du Groupe interdisciplinaire d’Archéométrie de l’Université de Liège,
par Madame Dominique Allard.

Au carrefour des sciences historiques et des sciences de la nature : l’archéométrie

Aller au-delà de la surface visible d’une peinture pour percer les secrets de sa genèse, débusquer un faux sous les dehors pourtant les plus séduisants, découvrir quels pigments composaient la palette d’un enlumineur de la fin du Moyen Âge, comprendre les aléas de la construction d’une cathédrale, préciser la chronologie d’un ensemble de statues, dater les tessons de poterie trouvés sur un chantier de fouilles : le champ d’investigation de l’Archéométrie est illimité ! Il offre à qui l’aborde avec les compétences voulues une moisson d’informations nouvelles et diversifiées, propres à renouveler les connaissances en Histoire de l’Art et Archéologie,

Comment définir l’Archéométrie ? Dans son acception la plus large, c’est le recours à des techniques de laboratoire relevant des Sciences exactes et des Sciences de la nature, combiné avec l’apport des méthodes traditionnelles de l’enquête historique, dans le but d’approfondir l’étude des œuvres d’art, des monuments et des objets archéologiques.

Gare aux mystificateurs et aux apprentis sorciers !

De plus en plus nombreux sont les amateurs, et même parfois les scientifiques, qui s’improvisent “archéomètres”, sans un bagage suffisant en Histoire, Histoire de l’Art et Archéologie, et sans les qualifications requises pour manipuler correctement des œuvres d’art et des objets archéologiques. On ne saurait trop condamner leurs pratiques. En effet, certains examens peuvent être nuisibles aux pièces étudiées. Par ailleurs, des “rapports de laboratoire” prétendûment “objectifs” peuvent être interprétés de manière complètement erronée du point de vue historique, et se prêter d’autant mieux à des usages abusifs et tendancieux. L’Archéométrie est à la mode, et dans ce domaine, les fumistes prolifèrent ! Ils sont potentiellement les meilleurs alliés des commerçants véreux, trafiquants et escrocs de tout poil…

Il importe donc de souligner que l’Archéométrie est par définition le produit d’un travail interdisciplinaire, et qu’elle doit être menée dans un cadre scientifique. C’est sur base d’un dialogue entre représentants des Sciences historiques et des Sciences exactes que doit s’élaborer un programme d’investigations adapté à la nature des pièces ou des monuments, à leur état matériel et aux problèmes qu’ils soulèvent éventuellement (date ou attribution incertaine, modifications, falsifications, etc.). En outre, les manipulations doivent se faire sous la conduite de spécialistes compétents en matière de conservation du patrimoine artistique et archéologique. Enfin, les données de laboratoire doivent être interprétées dans une perspective historique pertinente.

Remarquons encore qu’un seul type d’analyse ne permet pas de trancher valablement une question d’authenticité, d’attribution ou de datation. Généralement, un rapport d’expertise sérieux fera valoir un faisceau de convergences : il invoquera une série d’arguments d’ordre technique et historique qui se recoupent. Plus ceux-ci seront diversifiés, plus les conclusions seront solides et fiables !

Le Groupe interdisciplinaire d'Archéométrie de l’Université de liège

Créé en 1998 à l'Université de Liège, le Groupe interdisciplinaire d'Archéométrie se compose d'historiens de l'art, d'archéologues, d'historiens, de physiciens et de chimistes. Il se donne comme mission de renouveler l'étude des monuments et des oeuvres d'art en prenant en compte les aspects matériels et pratiques de leur réalisation, les transformations éventuelles qu'ils ont subies et l'état de conservation dans lequel ils nous sont parvenus.

Les enjeux de ses recherches se situent à trois niveaux :

- expertise scientifique plus solide et mieux documentée des oeuvres : caractérisation matérielle, iconographique et stylistique, datation, attribution, repérage des altérations, détection de copies et faux ;

- diagnostic plus sûr et mieux documenté quant à l'état de conservation, permettant de détecter et d'enrayer les processus de dégradation, et de guider d'éventuelles restaurations ;

- prise en compte de nouveaux critères pour l'interprétation des oeuvres et des monuments dans une perspective historique. Il s'agit de démontrer que le "faire" des bâtisseurs, des artistes et des artisans est porteur de sens, non seulement au sein de l'histoire des sciences et des techniques, mais aussi de l'histoire culturelle, économique et sociale.

Quelques-unes des techniques utilisées par le Groupe interdisciplinaire d’Archéométrie:

- L'examen au binoculaire
des œuvres d’art et des pièces archéologiques met en évidence les particularités de leur état de surface, ainsi que les dégâts qui les affectent éventuellement.

- La radiographie (Service d’Imagerie médicale de Frédéric Snaps) permet d'étudier leur structure interne, de préciser les modalités de leur exécution, et de détecter les restaurations qu’elles ont subies.

- L’analyse PIXE (Proton Induced X Ray Emission) est une technique de Physique nucléaire qui suppose le recours à un accélérateur de particules de type cyclotron ou Van de Graaff (Service de Physique nucléaire de Henri-Pierre Garnir et Georges Weber). Elle permet de déterminer la composition des matériaux inorganiques entrant dans la fabrication des oeuvres d'art sans devoir y prélever d'échantillons (ill. 1).

- La fluorescence X permet également de déterminer la composition des matériaux inorganiques. A Liège (Service de Physique nucléaire de Henri-Pierre-Garnir et Georges Weber), un équipement compact est en cours d’élaboration, afin de permettre l’analyse sur site.

- La spectrométrie Raman est une technique qui permet d'identifier les pigments organiques et inorganiques dans certaines peintures sans y faire de prélèvement (Service de Chimie analytique de Bernard Gilbert). Associée à la PIXE, elle offre une gamme exceptionnelle de possibilités pour l’étude des manuscrits enluminés.

- La réflectographie en infrarouge permet de visualiser le dessin sous-jacent des peintures de chevalet et des enluminures, c’est-à-dire le dessin préparatoire réalisé par l’artiste avant l’exécution picturale, et dissimulé sous la peinture (Service d’Histoire et Technologie des Arts plastiques, Moyen âge - Temps modernes de Dominique Allart ) (ill. 2).

- La dendrochronologie (Service de Patrick Hoffsummer) permet de dater le bois et d'identifier son origine géographique. Ses applications concernent l’archéologie (fouilles), l’archéologie du bâti (études préalables à la restauration) et l’histoire de l’architecture, ainsi que l'étude des oeuvres d'art en bois (peintures, sculptures...) (ill. 3).

- L’imagerie numérique permet de dépasser les contraintes et les limites des techniques de relevé traditionnelles. En plus d'une souplesse d'utilisation presque infinie, les images numériques présentent l'avantage de ne subir aucune altération naturelle qui pourrait compromettre leur “durée de vie”. Les recherches récentes en optique et en optoélectronique (Service d’Yves Lion) offrent la possibilité d'une saisie à la fois plus rapide et plus fiable, tout en relevant réellement les trois dimensions de l'espace dans lequel se déploie tout objet archéologique ou toute œuvre d'art (coordinateur des recherches : Dimitri Laboury, Service d’Archéologie de l’Egypte pharaonique) .

En pratique, les activités du Groupe interdisciplinaire d’Archéométrie sont diversifiées. Elles vont d’expériences visant à assurer le relevé tri-dimensionnel du mur du temple d’Amon-Ré à Karnak jusqu’à l’étude des charpentes des grandes cathédrales gothiques (Amiens, Beauvais, Tournai, etc.) en passant par des examens techniques de peintures anciennes (Bruegel, Lambert Lombard, …) ou modernes (Picasso).

Le Groupe travaille essentiellement pour des institutions (pouvoirs publics, musées), et parfois pour des particuliers (examens dendrochronologiques, expertises scientifiques de peintures anciennes).

Adresses de contact :

Dominique ALLART, Université de Liège, Service d’Histoire et Technologie des Arts plastiques (Moyen Âge – Temps modernes), 1B Quai Roosevelt, 4000 Liège. Tél. : +32 4 366 56 15 - E-mail : D.Allart@ulg.ac.be

Patrick HOFFSUMMER, Université de Liège, Service d’Archéologie médiévale, post-médiévale et industrielle – Laboratoire de Dendrochronologie, 1B Quai Roosevelt, 4000 Liège. Tél : +32 4 366 54 74 – E-mail : phoffsummer@ulg.ac.be

 Dominique Allard   

Madame Allard est Promotrice porte-parole du Groupe interdisciplinaire d’Archéométrie de l’Université de Liège.

 

 

Cliquez sur les miniatures pour voir les oeuvres en plein écran.

 

Voyez aussi les explications complètes des illustrations en bas de page.

 

 

 

 

pixe_1.jpg (52178 octets)

Analyse "PIXE"

 

 

 

 

 

reflectographie_1.jpg (53381 octets)

Réflectograpie 
infra-rouge

 

 

 

 

 

forage_1.jpg (41478 octets)

Drendochronologie :
Prise d'échantillons

 

 

 

 

 

 

Pour contacter l'auteur :
 via Mémoires
:  info@art-memoires.com

Voyez aussi les deux adresses e-mail qui figurent bas d'article.

 

 

 

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