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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université - Février 2001 . |
| Anna Boch, par Gaëtane Warzée. |
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R Anna Boch voit le jour chez de riches industriels promoteurs d'une faïencerie implantée en ces lieux depuis 1841. La famille habite une fastueuse demeure édifiée sur les plans de Joseph Poelaert, architecte du Palais de Justice de Bruxelles ! Un terrain de 15 ha acheté tout spécialement a permis l'aménagement d'un parc à l'anglaise et d'un étang. Le chantier de construction durera 5 ans, de 1857 à 1862, non sans connaître quelques avatars. De style éclectique, la bâtisse allie les styles Tudor, néo-gothique et mauresque en digne représentante des châteaux d'industrie qui fleurissaient un peu partout à cette époque. La Closière, c'est le nom de l'habitation, existe encore. Bien que quelque peu défigurée, elle abrite de nos jours les bureaux du Forem. Anna Boch reçoit tout d'abord l'enseignement d'un certain Pierre-Louis Kuhnen (=Peter Lod Kühnen, 1812-1877). Ce peintre peu connu, originaire d'Aix-la-Chapelle, fit son apprentissage à Bruxelles et y obtint un poste de professeur à l'académie. Il y jouit selon certains auteurs d'une "inexplicable réputation" et enseigna notamment le dessin à la princesse Charlotte de Belgique. Sans doute, ce professeur quelque peu mondain avait trouvé grâce aux yeux des parents d'Anna pour inculquer les quelques rudiments de dessin nécessaires à l'éducation d'une jeune fille de l'époque. En 1864, Euphrosine Beernaert (1831-1901) prend le relais. Elle-même élève de Kuhnen, c'est une fidèle adepte du paysage et des salons auxquels elle prend part régulièrement. Mais l'éducation plastique d'Anna Boch est loin d'être terminée au bout des douze années passées chez son deuxième maître. Enthousiasmée par la peinture de plein air qu'elle a découvert dans les œuvres des paysagistes contemporains, elle reçoit désormais l'enseignement privé d'Isidore Verheyden, doublé de celui de Michel Van Alphen à l'Académie de Bruxelles. Les années 1880 vont être décisives dans la carrière d'Anna Boch. Elle débute au salon triennal de Bruxelles et organise sa première exposition au cercle artistique et littéraire en 1884. L'année suivante, elle présente une toile au Salon de Paris. Et finalement, en 1885, elle adhère au groupe des XX, cénacle avant-gardiste de la capitale belge créé sous l'impulsion d'Octave Maus, le propre cousin d'Anna. Isidore Verheyden est également membre du groupement. Petit à petit l'élève et le maître vont prendre des chemins divergents. Anna Boch s'installe à Bruxelles en 1886 dans un confortable hôtel particulier de la rue de l'Abbaye. C'est là qu'elle va convier et réunir, au gré des expositions des XX et de la Libre Esthétique, tout ce que l'avant-garde compte de jeunes talents, plasticiens et musiciens confondus. Ces réunions traditionnellement organisées le premier jour de la semaine vont devenir célèbres dans tout Bruxelles et même au-delà. Les" lundis musicaux" accueilleront entre autre Eugène Ysaye, Gabriel Fauré et Vincent d'Indy. La peinture d'Anna Boch sera désormais redevable de l'influence de Théo Van Rysselberghe, rencontré chez les XX, et grand représentant en Belgique du Néo-Impressionnisme. Grâce à ce dernier, elle expose en 1891 et 1892 à Paris au Salon des indépendants aux côtés de Signac et de Cross. Mais une fois encore, elle finira par se détourner de son mentor pour pratiquer désormais une peinture qui lui est propre, loin de tout enseignement rigide et de tout systématisme. Théo Van Rysselberghe la représente en 1889 dans un magnifique portrait néo-impressionniste dont il a le secret. L'œuvre conservée au Museum of Fine Arts de Springfield (Massachussetts, USA) campe Anna Boch au travail le pinceau et la palette à la main, dans un décor qui lui est cher et qui révèle sa passion pour la musique et son intérêt pour l'estampe japonaise . Au sein des XX, Anna Boch occupe une place active mais effacée. Elle participe à chaque exposition en envoyant un échantillon de sa production mais la critique, souvent impitoyable pour les autres membres du groupe et leurs invités, lui réserve toute son indulgence. En réalité, son action dans l'ombre de l'association est bien plus importante que sa contribution plastique aux salons annuels. Lorsque Octave Maus, son parent, l'encourage dans sa progression picturale, il récolte en retour les conseils judicieux de sa cousine quant à l'organisation des manifestations vingtistes. Utilisant la rampe de lancement des XX, Anna Boch réussit à se faire connaître en Belgique et à l'étranger. Elle renverra cependant l'ascenseur et n'hésitera pas à faire profiter ses congénères bruxellois de ses rencontres internationales. L'année 1893 voit la dissolution des XX qui s'autodétruisent volontairement "pour ne pas tomber dans la redite et la facilité". Une nouvelle association baptisée Libre Esthétique leur succèdera jusqu'en 1914. Anna Boch y adhère ainsi qu'au Groupe Vie et Lumière, créé en 1904 par le gantois Emile Claus, grand représentant de l'Impressionnisme à la belge. Au tournant du siècle, Anna Boch effectue de nombreux périples en Hollande, en Italie et aux abords de la Méditerranée, via la France, l'Espagne et le Maroc ; sa fortune personnelle la dégage de toute contrainte matérielle. En 1902, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles font l'acquisition de son tableau Côtes de Bretagne. Ses voyages lui permettent de découvrir des horizons nouveaux et de nourrir ses tableaux de vues inédites éclairées d'une lumière bien différente de celle du Nord. Dans ses périples, elle est souvent accompagnée de son frère, Eugène Boch (1855-1941), peintre lui aussi. Etabli à Paris depuis1881, il a fait la connaissance d'Henri de Toulouse-Lautrec et du peintre américain Dodge Mac Knight. C'est en compagnie de ce dernier qu'il rencontrera en 1888 à Fontvieille Vincent à Van Gogh qui, curieux retour des choses, l'encouragera à peindre le Pays Noir ! Eugène Boch exposera chez les XX en 1890 aux côtés de Vincent, Cézanne, Lautrec et Gauguin. Il avait vraisemblablement servi lui aussi d'intermédiaire entre les Français et son cousin Octave Maus. La Première Guerre mondiale empêchera le frère et la sœur de continuer leurs excursions à travers l'Europe. En 1907, Anna Boch présente une rétrospective de son œuvre au Cercle artistique de Bruxelles et l'année suivante c'est la galerie Druet de Paris qui l'accueille. En 1911, Anna Boch est choisie comme présidente du Jury du salon d'Art Moderne organisé par Jules Destrée à Charleroi en marge de l'exposition Les Arts anciens du Hainaut. La guerre 14-18 va bien évidemment mettre un frein à son activité picturale. Et au sortir de celle-ci, en 1923, elle sera victime de ses premiers ennuis de santé qui la cantonneront désormais à travailler dans son atelier. Paul Colin lui consacre une monographie en 1928. Elle continuera cependant à exposer et obtiendra son dernier succès officiel dans la capitale, à la Petite Galerie de l'avenue Louise en 1934. Elle meurt à Bruxelles deux ans plus tard. Anna Boch était également une grande collectionneuse. Le catalogue de ses biens, vendus après sa mort au profit des nécessiteux, en témoigne : outre son fonds d'ateliers constitué de 81 tableaux, on y relève 54 œuvres d'artistes belges et étrangers ayant pour la plupart exposés chez les XX. De plus, elle léguait trois œuvres majeures aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique de Bruxelles : La conversation dans les prés de Gauguin, La Seine à la Grande Jatte de Seurat et La Calanque de Signac. Elle avait, par ailleurs, déjà fait don de son vivant d'un tableau de James Ensor au même musée : La musique russe, œuvre où elle est représentée jouant du piano dans un salon avec pour auditeur un personnage qui ne serait autre que le peintre Willy Finch. Et last but not least, le seul tableau vendu par Vincent Van Gogh durant sa vie aurait été acquis par Anna Boch : La vigne rouge, vendue au salon des XX en 1890 à un inconnu, aurait été achetée un an plus tard par Anna Boch chez le père Tanguy à Paris. C'est du moins l'hypothèse proposée par Thérèse Faider-Thomas, une des meilleures exégètes de l'artiste. Durant toute sa carrière, Anna Boch pratique un art sage à travers des sujets qui le sont tout autant : natures mortes, paysages, portraits, bouquets de fleurs… Bien qu'elle soit tentée par le renouveau qui souffle à la cadence soutenue des nombreux mouvements picturaux qui se succèdent dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle reviendra toujours à une peinture relativement classique, marquée au fil du temps par les influences de ses nombreux professeurs. Ses débuts sont quelque peu bridés par ses deux premiers maîtres qui pratiquent un art on ne peut plus conventionnel. Admiratrice des jeunes paysagistes - comme Baron ou Boulenger- qui renouvellent le genre à l'époque, Anna Boch accorde son pas à celui d'Isidore Verheyden, artiste de plein air, au métier plus libre que Kuhnen et Euphrosine Beernaert. Elle trouvera ensuite grâce à Van Rysselberghe une modernité qui lui enseignera la rigueur dans la composition et la systématisation de la touche de couleur. Mais le métier trop contraignant du Néo-Impressionnisme ne la retiendra pas longtemps. Elle continuera dès lors sa carrière en solitaire et dégagée de toute influence; et il n'était que grand temps à près de 40 ans passés ! Dès lors, sa production évoluera surtout en fonction des évènements politiques- la Première Guerre mondiale qui l'empêchera de continuer ses voyages- et de sa santé qui la forcera à rester dans son atelier. Anna Boch orientera son œuvre dans le portrait et la nature morte au détriment du paysage qu'elle chérissait plus particulièrement à ses débuts. Le Musée royal de Mariemont à Morlanwelz, d'octobre à décembre 2000, a rendu hommage à Anna Boch en organisant une exposition rétrospective. Celle-ci retraçait tout autant le cheminement artistique que la personnalité de l'artiste. La manifestation a permis de redécouvrir nombre de tableaux, conservés pour la majorité dans des collections privées… En effet, rares sont les œuvres de l'artiste représentées dans les institutions publiques : une œuvre au Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles, une œuvre au musée de Verviers et une autre au Musée d'Ixelles... Mais la production d'Anna Boch reste encore à l'heure actuelle plus que confidentielle. La rétrospective permettait pareillement de retrouver le peintre et la mécène, collectionneuse de l'art de son temps, ainsi que la mélomane avertie instigatrice de concerts privés. Elle ressuscitait aussi une Anna Boch céramiste à ses heures qui avait créé des décors sur faïence au sein de l'entreprise familiale. En complément de l'exposition, une biographie a été rédigée par Cécile Dulière, conservatrice du musée et Thérèse Thomas. L'exposition organisée par le Musée de Mariemont semble avoir provoqué une véritable émulation : chercheurs et collectionneurs passionnés ont décidés d'unir leurs connaissances. Un catalogue raisonné de l'œuvre d'Anna Boch est désormais en cours de rédaction. Gaëtane Warzée Illustrations : "L'intérieur d'appartement ensoleillé", sans date, huile sur toile 52x83.5 cm, Bruxelles, coll. privée. "Petite fille au jardin", sans date, huile sur toile 58.5x48.5 cm, Mettlach, coll. privée. "Nature morte aux raisins", sans date, huile sur toile 83x55 cm, Verviers, Musée Communal des Beaux-Arts. "Portrait d'Anna Boch", Theo Van Rysselberge, 1889, huile sur toile 95.2 x 64.8 cm, Massachussets, Museum of Fine Arts. |
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"L'intérieur d'appartement ensoleillé"
"Petite fille au jardin"
"Nature morte aux raisins"
Theo Van
Rysselberge,
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Sur Anna Boch : Chronique
de M. Stephane Rey
et : Un tableau à la Galerie
Moderne
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