LA LETTRE MENSUELLE
La chronique de Stephane REY. Février 2001 .
3. Christophe Coppens : Maisons de poupées pour adultes.

L
L’artiste, nous dirons plutôt le personnage, est étonnant, timide, talentueux !

Sorti du Conservatoire de Bruxelles, section théâtre, il se spécialise en création de costumes de scènes. Pour ces costumes, il va avoir besoin de chapeaux et apprendra à les réaliser chez une modiste expérimentée.

Très vite, il se passionne pour les "bibis" et réalise une première collection remarquée. Il la présente à Paris. De grandes maisons font appel à lui. Il ouvre son "shop" rue Antoine Dansaert.

Si créer des chapeaux l’amuse toujours, il se met à d’autres disciplines et de les pratiquer en même temps lui donne l’occasion de développer son style, ses matériaux, ses couleurs en gommant les frontières entre ses différentes activités.

Christophe Coppens produit et met toujours en scène des pièces de théâtre mais dorénavant il crée aussi des objets de décoration qu’il fait réaliser par des artisans chevronnés comme la ligue Braille pour le cannage, comme M.P Delhaise (Candle delight) pour les bougies.

Ces objets nous amènent à l’exposition que voici.

Elle fera saliver de bonheur les fanas d’un fantastique un peu morbide et autres fous de " Maisons secrètes " qui font trembler d’effroi ceux qui aiment à se faire peur.

Sous l’intitulé " Life and death in the dollhouse ", le visiteur est vite mis au parfum. Odeur de soufre, musique de circonstance, la visite peut commencer.

Dans la pénombre de salles, habituellement poussiéreuses et sages, les armoires de Christophe Coppens sont autant de maisons de poupées destinées aux adultes.

Pour en percer les mystères, il suffit d’ouvrir les portes... en tremblant un peu.

Rêve ou cauchemar, elles racontent toutes une histoire.

Celle d’un coeur qui bat. Celle d’une armée de petites bonne-femmes nues, debout, sous une pluie de sachets de thés. Celle d’un oiseau mort sur le sable gris. Celle d’une salle d’eau bruissante d’eau. Celle d’un rassemblement de rats s’engouffrant vers la lumière. Celle d’une lettre entourée d’un ruban lilas.

De maison en maison, elles sont 7 et comptabilisent 70 pièces, le spectateur découvre des objets précieux, insolites, raffinés, inquiétants, tous porteurs d’une dimension symbolique dont il a du mal à se détacher.

A l’étage déserté par un locataire absent, gisent les vestiges d’une fête. Emballages vides de cadeaux, grosses têtes-bougies frémissant sous la flamme, mêmes têtes (superbement cannées) posées à même le sol comme d’étranges sculptures ésotériques, salle de jeu abandonnée, miroirs figurant la mort, vases multicolores, passementerie frémissante et lugubre, coupe-papier à secret.

Tous ces objets abandonnés meublent à leur façon l’appartement délaissé.

Mais au fond, qui en est le locataire ? Où est-il ? A-t-il jamais existé ?...

Le mystère se prolonge jusque dans la chambre où sommeille, sur un lit d’acajou, un personnage inquiétant mi homme mi bête couvert de poils à l’instar de ses voisins de chambre, silencieux, immobiles, hiératiques.

Nous n’en dirons pas plus. C’est la règle du jeu et quand le jeu touche à l’art, il en vaut la chandelle.

Stephane Rey    

 

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lm06copp.jpg (19483 octets)

The Dollhouse,
Christophe Coppens

 

 

 

 

 

 

Musée Charlier, 16 avenue des Arts, 1210 Bruxelles.
Du mardi au dimanche de 13h à 18h.
Jusqu’au 28 Février 2001.

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