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LA LETTRE MENSUELLE |
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Les gravures et estampes |
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Technique des estampes, gravures et autres "multiples". 3ème partie : La taille en creux ou taille-douce L'eau-forte
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| Les techniques
à l'eau-forte, principes.
Ces techniques ont fait l'objet d'une foule de recherches, et furent sans doute les plus productives de l'art de l'estampe, si pas en nombre d'exemplaires (la lithographie a donné de plus larges productions, par nature), en tout cas par la variété, la richesse et l'ingéniosité des procédés. La gravure (l'entaille de la plaque) s'obtient ici non plus par l'action directe d'un outil, mais par la morsure sélective de la plaque au moyen d'un acide qui l'attaque pour former les creux. C'est cet acide, chlorhydrique ou nitrique, ou encore perchlorure de fer, qui est appelé eau-forte. Les étapes sont les suivantes : on prend une plaque de cuivre parfaitement lisse et polie, on en biseaute les bords pour qu'elle ne déchire pas le papier à l'impression (jusque là, rien de spécifique). Ensuite, on la recouvre d'un vernis qui doit posséder plusieurs qualités : bien adhérer à la plaque, résister à l'action de l'acide, ne pas fondre à la chaleur de la main, ne pas se craqueler ou se rayer, pouvoir être chauffé pour être étendu sur la plaque mais sans brûler ; il est noirci pour recevoir le dessin que la plaque est désormais prête à recevoir. Une esquisse préliminaire est habituellement disposée. L'artiste dessine donc sur le vernis, au moyen d'une pointe d'acier : celle-ci enlève le vernis sur son passage. Il convient de veiller à creuser le vernis jusqu'au métal mais en évitant de rayer celui-ci. Le dessin reproduit est évidemment en négatif, ce qui impose un effort de transposition intellectuelle à l'artiste. La pression de l'outil doit rester constante, et l'espacement des lignes suffisant pour ne pas laisser une grande plage vierge qui ne donnerait que du gris ; plus les traits sont fins, plus ils pourront être serrés. On peut encore à ce stade aisément réparer une erreur en revernissant la zone abîmée, puis en la retravaillant. Le dessin une fois réalisé par excision du vernis, on peut procéder à la morsure de la plaque en la trempant dans le bain d'acide : celui-ci attaquera le métal aux endroits qui ne sont plus protégés par le vernis. Cette étape est cruciale et délicate car il faut savamment doser le temps de l'acide et ses caractéristiques. de plus, certaines zones nécessiteront une morsure plus longue, selon les effets escomptés. L'acide va donc plus ou moins "ronger", creuser le métal, réalisant les conditions d'une gravure en creux. On ôte ensuite le vernis au moyen d'un solvant, et la plaque peut être nettoyée, encrée (encre grasse), paumée (on passe la main pour enlever l'encre en surplus : ceci est souvent visible sur les "blancs", jamais tout à fait blancs, d'une gravure à l'eau-forte). Si le premier "état" satisfait l'artiste, il peut procéder au tirage définitif. Sinon, il fera de petites retouches à la pointe-sèche ou au burin, ou revernira la plaque pour la retravailler plus en profondeur, jusqu'à obtention de ce qu'il souhaite. Adrien de Witte, célèbre graveur liégeois très perfectionniste, produisait parfois jusqu'à 40 états différents. Le trait de l'eau-forte montre un léger "tremblement", sans que ce soit le velouté de la pointe-sèche. Ce trait est de plus très libre. Vous verrez des eaux-fortes de Robert Crommelynck ou de Jean Donnay (entre autres) sur le site de l'ULg ; cliquez sur les noms. Mieux, pour tout savoir de l'oeuvre de Jean Donnay, voyez le site qui lui est consacré.
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- Les variantes de l'eau-forte. début de l'article Le vernis mou est un vernis qui ne durcit jamais complètement. On applique sur la planche un papier à forte granulosité, qui porte déjà le dessin. On passe sur le dessin avec une mine d'une dureté choisie en fonction de l'effet souhaité. Le vernis mou a la particularité de se coller au papier, et de s'enlever de la plaque quand on soulève ce papier : le métal de la plaque est ainsi découvert selon les traits du dessin et peut subir les attaques du bain à l'eau-forte. Au lieu de papier, on peut utiliser de la soie ou tout autre tissu : les effets seront fonction de la texture de ce matériau intermédiaire, ce qui autorise de beaux effets. L'aquatinte, également appelée manière de lavis, est une technique destinée à rendre un effet semblable au lavis d'encre de Chine ou à l'encre sépia. Elle est utilisée pour rendre des impressions d'aplats ou de surfaces colorées, en fait impossibles dans les techniques à l'eau-forte. Par un système de caisson à moulinet, on disperse dans cette enceinte des grains de résine qui vont se poser sur la plaque de cuivre que l'on y introduit. Plus longtemps on y maintient la plaque, plus elle sera recouverte de ces grains, de plus en plus petits. On peut aussi disperser la résine manuellement. En chauffant ensuite la plaque de cuivre, on obtient un vernis pointillé : multitude de points "vernissés" à côté de plages qui ne le sont pas. En soumettant la plaque au bain d'acide qui attaquera les zones sans vernis, et en répétant l'opération plusieurs fois en protégeant des zones différentes, on obtient des dégradés et des tonalités qui permettent de merveilleuses compositions. L'aquatinte est en fait une belle manière de combler l'impossibilité de la gravure à l'eau-forte de moduler la lumière en plages autrement que par le densité et l'épaisseur des traits. L'un des virtuoses de cette technique est une nouvelle fois Francisco de Goya, notamment dans ses séries Caprices ou Proverbes. L'aquatinte est souvent combinée avec d'autres techniques de taille douce. Chez nous, je retiendrai Luc Peire qui en a réalisé de très belles en couleurs, le style étant celui de l'abstraction géométrique qu'on lui connaît. Voyez un exemple d'aquatinte sur le site de Félicien Rops. Le pointillé et la manière de crayon sont totalement apparentées aux mêmes techniques "sèches", si ce n'est que les outils travaillent le vernis dur au lieu de la plaque directement. On passe la plaque de cuivre ou de zinc dans le bain d'eau-forte avec diverses durées de morsure selon les plages, et l'on imprime ensuite la plaque dont on a enlevé le vernis de la manière habituelle.
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- L'héliogravure. début de l'article L'héliogravure doit être considérée comme la transition entre l'aquatinte et les procédés modernes de photogravure à l'offset. On comprend dès lors que se posent des questions de tirage et de notions d'épreuves originales. Félicien Rops a souvent utilisé cette technique, et il conviendra d'être circonspect dans l'acquisition de telles oeuvres : elles peuvent être de fort bonnes épreuves, ou l'énième exemplaire d'un tirage considérable (parfois destiné à être inclus dans un livre, ou avec moins de scrupules, retiré d'un tel livre). Elle n'apparaît qu'à la fin du 19e siècle. Le principe est basé sur l'insolubilité à l'eau d'une gélatine chromée après son exposition à la lumière solaire ou artificielle. La plaque préparée est éclairée à travers un papier transparent ou un négatif photographique. Les parties non éclairées restent solubles à l'eau tiède dans laquelle on trempe ensuite la plaque : ces parties sont dénudées. On peut alors plonger cette plaque dans une solution d'eau-forte (souvent du perchlorure de fer), et la morsure de la plaque va s'opérer sur ces parties où le métal est à nu. Le dessin est donc reporté sur la plaque métallique qui peut servir à l'impression. Cette technique s'est progressivement améliorée techniquement, pour aboutir à la rotogravure et, nous l'avons dit, aux procédés industriels actuels. Une héliogravure connue de Rops sur le site de son Musée à Namur : "Petit modèle".
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Retour à la première page sur la taille-douce : techniques mécaniques de taille douce. Retour aux articles précédents : partie 1 et partie 2. Vous pouvez par ailleurs voir, depuis quelques semaines, des pages illustrées qui vous permettront de faire la distinction entre une gravure et un offset. Ces pages sont visibles également via le lien ci-dessous : "méthodes illustrées". Le mois prochain, nous aborderons les estampes à plat, soit la sérigraphie et surtout la lithographie. Nous tenterons de donner une synthèse des éléments de différenciation des techniques. |
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