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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université - Novembre 2000 . |
| Oscar BERCHMANS (1869-1950), par Gaëtane LEROI |
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L Né à Liège en 1869, le sculpteur Oscar Berchmans fait partie des artistes encore méconnus du public, malgré le nombre impressionnant de réalisations disséminées en province de Liège. Issu d’une famille marquée par un réel atavisme artistique, Oscar est le fils d’Emile-Edouard Berchmans (1843-1914), directeur d’une importante maison de décoration installée place Saint-Jacques, à Liège. Auteur du plafond de la Salle des Fêtes du Conservatoire royal de Musique de cette même ville, ainsi que de nombreuses décorations de châteaux et demeures privées de la région, Emile-Edouard Berchmans vit passer dans ses ateliers à la fin du XIXe siècle les meilleurs peintres liégeois de cette époque. Par la force des choses, ses fils Oscar et Emile ne tardent pas à suivre sa voie et participent bientôt aux chantiers de leur père. Grâce à cette singulière formation, Emile Berchmans (1867-1947) est, si l’on peut dire, " tombé dans la peinture ". Il manifeste très tôt de belles prédispositions artistiques qu’il développe en entrant à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège et rapidement, son talent de peintre et d’affichiste est justement prisé et reconnu en dehors de nos frontières. En effet, l’art de cet amoureux de figures allégoriques et mythologiques et particulièrement admiré pour la clarté de ses compositions, la chatoyante de ses coloris et l’élégance de ses lignes. Frère d’Emile-Edouard Berchmans et oncle d’Emile et d’Oscar, Henri Berchmans (1856-1911) fait également partie des artistes les plus notoires de la veille cité mosane. Professeur de dessin à l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège, Henri Berchmans fait partie de la jeune école liégeoise de gravure composée d’André Colin, Emile de Baré, Adrien de Witte, Auguste Donnay, Gustave Halbart, François Namur et Armand Rassenfosse. Ce petit groupe d’amateurs présenta pour la première fois au public liégeois le fruit de leur collaboration, lors de l’exposition Blanc et Noir organisée à Liège en 1889. Henri réalisa également un nombre important de peintures de chevalet reflétant une certaine prédilection pour les scènes de genre, les marines et les paysages. Ses scènes de plage, traitées dans un style proche de celui des impressionnistes, rappellent particulièrement le style et la facture du peintre français Boudin. Henri Berchmans a également un fils, nommé Jules (1883-1950) qu’il oriente vers une formation pluridisciplinaire. En effet, ce dernier suit à la fin du XIXe siècle, non seulement les cours de Sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, mais également les cours d’Histoire de l’Art et d’Archéologie à l’Université et les cours de violon du Conservatoire royal de cette même ville. Par la suite, il se distingue particulièrement dans le domaine de l’archéologie. Parallèlement à ses recherches sur le terrain, Jules Berchmans réalise de nombreux bustes, fontaines de jardin et monuments commémoratifs tels que le Mémorial en l’honneur des universitaires morts pour la patrie situé dans le hall d’entrée de l’Université de Liège, inauguré en 1922 en présence d’Albert Ier. Les quelques peintures qu’il a réalisées témoignent de son intérêt pour le rendu de la lumière et se caractérisent par une facture épaisse, disposée en larges aplats et travaillée à la palette, comme pour mieux nous rappeler que Jules Berchmans était avant tout un sculpteur. Quant à Oscar Berchmans, doté de prédispositions artistiques évidentes, il apprend les premiers rudiments du métier de sculpteur à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, sous le professorat d’Adrien de Witte et Prosper Drion. C’est dans ce même établissement qu’Oscar Berchmans et son frère Emile se lient d’amitié avec leurs condisciples Victor Rogister, Paul Jaspar, Gustave Serrurier, trois jeunes étudiants en architecture. C’est également à l’Académie de Liège que les frères Berchmans font la connaissance d’Auguste Donnay, qui est apprenti de la maison de décoration Berchmans, et, par son intermédiaire, d’Armand Rassenfosse, fils de commerçants rêvant secrètement de mener une carrière artistique. Sa formation à l’Académie des Beaux-Arts de Liège accomplie, Oscar Berchmans poursuit son apprentissage à Bruxelles auprès de l’auteur du Toré liégeois, Léon Mignon et du sculpteur Paul de Vigne. De retour dans sa ville natale vers 1900, le jeune Oscar Berchmans débute sa carrière rapidement en participant à de nombreuses expositions. L'art Nouveau à Liège A cette époque, la Cité ardente est en plein bouillonnement intellectuel et artistique. En effet, en Belgique dès le milieu des XIXe siècle, une réforme artistique est dans l’air, lancée ou soutenue par des artistes et des personnalités faisant partie de la bourgeoisie libérale montante, une nouvelle "intelligentsia", marquée par un certain symbolisme. Des bouleversements concernant l’architecture et les arts appliqués s’annoncent, prônant l’affranchissement des styles historiques et leur remplacement par un langage renouvelé propre à ce siècle de progrès, ainsi que le retour d’un art moins coûteux, accessible à tous et correspondant exactement aux aspirations de chacun. Cet Art Nouveau, qui aura une existence assez éphémère, naît et s’affirme d’abord à Bruxelles qui, dès cette époque, affiche tant dans les beaux-arts que dans la musique et la littérature, ce qui se crée de mieux en Europe. Ses idées nouvelles apparues dans la capitale se diffusent évidemment dans toute la Wallonie. A Liège, la bourgeoisie, conformiste et provinciale, ne considérant pas toujours ces innovations d’un bon oeil, reçoit en général les essais de cet Art Nouveau avec scepticisme et le mécénat liégeois n’est en rien comparable à celui des grandes fortunes bruxelloises. Pourtant, Liège compte à ses actifs des artistes originaux qui ont également joué un rôle non négligeable dans l’histoire de l’Art Nouveau et du renouveau des arts décoratifs. Oscar Berchmans, son frère Emile et leurs amis de la première heure sont de ceux-là. Ainsi, en 1895, a lieu l’exposition de l’" Oeuvre artistique ", organisée par Gustave Serrurier-Bovy. Echo liégeois des expositions de la Libre Esthétique de Bruxelles auxquelles l’ensemblier-décorateur a participé plusieurs fois, cette manifestation rassemble les réalisations de ses amis Auguste Donnay, Armand Rassenfosse, Emile et Oscar Berchmans mais aussi les créations des artistes étrangers les plus avant-gardistes de l’époque tels Guimard, Cheret, Combaz, Puvis de Chavanne, Crane, ainsi que des réalisations de l’Ecole de Glasgow. Grâce à la qualité des productions exposées, cette manifestation qui connut un grand succès, constitue une petite révolution dans le paysage artistique de la Cité ardente. A côté de ce groupements d’artistes, Liège connaît d’autres manifestations individuelles d’un art original et neuf. La construction des quartiers de Bressoux, des Vennes, d’Outre-Meuse comprend des maisons dont les façades sont quelque fois riches d’inventions. Certaines d’entre elles sont l’oeuvre d’architectes tels que l’original Victor Rogister et Paul Jaspar, beau-père de Paul Hankar, qui réalisent les constructions les plus typiques de l’Art Nouveau liégeois. Les peintres et graveurs Donnay, Berchmans et Rassenfosse créent un style original et neuf et s’essaient aux arts décoratifs et appliqués. Ces artistes trouvent en la personnalité de l’imprimeur Auguste Bénard, un ami et un mécène. Serrurier-Bovy fait renaître l’art du meuble à Liège, tandis que Ledru et Lecrenier créent des décors et des formes inédites pour les cristallerie du Val-Saint-Lambert. Une véritable émulation règne entre ces amis artistes qui collaborent aux mêmes projets, enseignent ensemble à l’Académie des Beaux-Arts et rejoignent chaque été la maison d’Oscar Berchmans à Han, dans cette vallée de l’Ourthe qu’ils prennent tant de plaisir à décrire à l’aide de leurs pinceaux ou de leurs plumes. Cet art original qui éclôt lentement dans la cité liégeoise a bien évidemment ses détracteurs qui lui préfèrent l’académisme des Beaux-Arts qui représente à leurs yeux une valeur sûre. Nombre de nouvelles constructions sont encore empreintes d’éclectisme et la décoration intérieure reflète encore l’érudition archéologique des décorateurs. Les édiles de la Cité ardente participent à la vague de statuomanie sévissant en Belgique et commandent, afin d’orner les parcs et places de la ville, des oeuvres académiques ou des reproductions de statues antiques. Ainsi, malgré les efforts de ces jeunes artistes, de certains professeurs et d’édiles qui essaient de lentement modifier le goût du public, les liégeois restent généralement très conformistes et peu ouverts à la nouveauté. L’oeuvre d’Oscar Berchmans, au début de sa carrière, est, sous cet aspect, caractéristique de son époque et de sa région puisqu’il illustre les différences tendances artistiques présentes à Liège. Oscar Berchmans, artiste liégeois Ainsi, à la fin du XIXe siècle, le jeune Oscar Berchmans de retour de la capitale collabore très souvent avec son frère Emile et ses amis Auguste Donnay, Armand Rassenfosse et Gustave Serrurier à la décoration de demeures particulières érigées par les architectes Victor Rogister et Paul Jaspar. Oscar réalise les devantures de foyers, appareils d’éclairage et de chauffage, les moulures en bois et les stucs ; ses amis peintres créent des fresques et des pochoirs originaux, tandis que la firme Serrurier-Bovy conçoit le mobilier qui parachèvera de créer un intérieur résolument moderne. A côté de ses travaux d’art appliqué, le jeune sculpteur réalise de petites pièces dans un esprit tout à fait avant-gardiste, empreintes de symbolisme et de poésie telle que Daphné réalisée en 1896 qui, à partir d’un sujet mythologique, combine deux thèmes chers à l’Art Nouveau : la Femme et la Nature. A cette époque, il accepte également de nombreuses commandes de bustes représentant certains de ses illustres contemporains et réalise alors des oeuvres très réalistes, mais beaucoup plus conventionnelles, relevant alors plutôt de sa production courante. Cet aspect " touche à tout ", éclectique de sa production nécessite rapidement la création d’un important atelier de moulage occupant de nombreux apprentis et lui vaut de recevoir rapidement des commandes en tous genres, notamment à l’occasion de l’Exposition universelle et internationale de Liège de 1905. A cette occasion, l’atelier d’Oscar Berchmans est chargé de réaliser les groupes, bas-reliefs et autres décorations sculptées du Palais des Beaux-Arts du parc de la Boverie, ainsi que de nombreux stands d’exposants. Vers la fin de la première décennie du XXe siècle, Oscar Berchmans semble avoir acquis la confiance des édiles liégeois. En effet, dès 1906, il reçoit sa première commande officielle et réalise le mémorial dédié à son ancien maître Léon Mignon. Apposé contre le mur de l’école d’Armurie de la rue Léon Mignon à Liège, ce monument se compose d’un bas-relief circulaire représentant le sculpteur disparu et d’un autre relief de plus grande dimension figurant une allégorie de la Sculpture personnifiée par une jeune femme aux formes épanouies se détachant d’un fond végétal. Ce premier monument public illustre déjà les constantes stylistiques de l’artiste : clarté de la composition, élégance des lignes, qualité des draperies, le tout teinté d’un symbolisme qui rappelle les réalisations de son frère Emile Berchmans dans le domaine de l’affiche. Ce premier mémorial inaugure une longue série de réalisations, de monuments publics parmi lesquels il faut surtout citer le buste de Léon Philippet au parc de la Boverie, le monument dédié à Hortense Montefiore à Esneux, le mémorial Montefiore-Levy anciennement situé au square Notger à Liège et le monument Goffin à Ans. Tout au long de sa carrière, Oscar Berchmans, ne reculant devant aucune tâche, consacre également son talent à modeler médaillons et autres bas-reliefs ornant certaines sépultures. Quelques-unes d’entre elles constituent de beaux exemples de l’application du style Art Nouveau à la sculpture funéraire, notamment celles des familles Serrurier-Bovy, Loeser et Herman au cimetière de Robermont. A la fin de la Première Guerre mondiale, la Ville de Liège érige de nombreux monuments afin d’honorer la mémoire de ses héros tombés au champ d’honneur. A cette occasion, le prolixe Oscar Berchmans est chargé de la réalisation de très nombreux mémoriaux tels que le monument aux morts de Bressoux, le monument mémorial de Robermont, le bas-relief apposé contre la façade de l’Université de Liège commémorant les exécutions sommaires de civils par les Allemands durant la nuit du 20 au 21 août 1914. En 1930, à l’occasion de l’Exposition internationale de Liège, Berchmans rehausse la décoration de la façade du Théâtre royal en réalisant le fronton sculpté qui représente Apollon entouré de Minerve et Vénus dans un style proche de l’Art Déco, ainsi que le mémorial commémorant l’exploit du remorqueur Atlas V, érigé sur le nouveau pont de Coronmeuse. A la fin de sa vie, Oscar Berchmans est naturellement moins prolixe et se consacre davantage à son enseignement à l’Académie royale des Beaux-Arts. Il se retire de plus en plus souvent dans sa petite maisonnette du hameau de Han où il aimait tant accueillir ses amis artistes au début du siècle. Les quelques peintures de l’artiste connues à ce jour sont traitées dans un style néo-impressionniste et témoignent pour la plupart de son amour pour les paysages vallonnés si typiques de cette belle région ... où il s’éteint en 1950. Gaëtane Leroi, Illustrations : |
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