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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université, ULg - Octobre 2001. |
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Georges Comhaire, un artiste trop peu connu, par Madame Rosanna Tarantino |
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1. La biographie Georges Comhaire est né le 1er mars 1909 à Seraing. Très jeune, il s'intéresse aux travaux manuels et à la décoration d'intérieur. Il est d'ailleurs apprenti décorateur, de 1925 à 1930, à l'atelier de l'ensemblier Georges Rideau, situé dans l'Hôtel Bocholt à Liège1. C'est là que Comhaire découvre le travail du bois et qu'il exécute ses premières gravures. Parallèlement à son apprentissage, Comhaire suit des cours du soir à l'Académie royale des Beaux-Arts de Liège. Parmi ses professeurs figurent des personnalités illustres : Auguste Mambour (1896-1968), Emile Berchmans (1867-1947) ou encore Adrien Dupagne (1889-1980). En 1931, Comhaire s'inscrit au cours de gravure dispensé par Jean Donnay (1897-1992), avec qui il liera, par la suite, une amitié exceptionnelle. A partir de cette époque, Comhaire se revendique avant tout graveur. En 1934, Comhaire reçoit le Prix Marie ; commence alors pour lui sa vraie carrière d'artiste : il enchaîne les expositions individuelles et collectives, tant en Belgique qu'à l'étranger. Une autre récompense vient couronner sa carrière en 1961 : il obtient le Prix de consécration de la gravure, décerné par la Province de Liège. Comhaire est membre de plusieurs associations liégeoises importantes comme "l' Association pour le Progrès Intellectuel et Artistique de la Wallonie ", la Société royale des Beaux-Arts et dans la " Commission Lucas I et Martin I Valckenborch ". Au sein de ces deux dernières organisations il exerce la fonction de conservateur du patrimoine artistique. Les contacts avec ce monde florissant est l'occasion pour l'artiste de côtoyer différents courants artistiques et d'en tirer le meilleur - même s'il dit ne suivre aucune mode. Il est également membre de plusieurs groupes artistiques : "Le groupe Patenier"2 ou encore " Dix pointes et brosses"3 . A partir de 1951, Comhaire occupe plusieurs charges d'enseignant à l'Académie royale des Beaux-Arts de Liège, tout d'abord comme intérimaire (en gravure et en décoration), ensuite comme titulaire (1962-1974) du cours de gravure, où il succède à son maître Jean Donnay. Comhaire encourage ses élèves et les aide à exprimer leur propre personnalité, son but étant de leur donner les bases nécessaires à leur envol. Après sa retraite, Comhaire s'investit dans différents projets d'expositions que se soit à titre personnel ou pour ses anciens élèves. Il travaille jusqu'à la fin de sa vie, et décède le 13 janvier 2000. 2. L'œuvre Au début de sa carrière influencé par Jean Donnay, Comhaire pratique surtout l'eau-forte. Le trait y est libre et spontané (fig. 1). L'artiste exploite également des procédés peu utilisés dans nos régions comme l'impression relief ou encore la manière noire. Mais Comhaire est essentiellement graveur sur bois, c'est dans le travail de cette matière que son talent éclate. Il dira lui-même : " Je suis partout graveur sur bois. Dans cette technique, il n'y a pas de gradation de nuances, comme dans l'eau-forte. C'est ce qui m'a poussé vers cette première discipline, tout en ne négligeant pas de travailler les autres"4. Il travaille surtout le bois de bout qui est plus lisse et plus dur que le bois de fil ; l'artiste explique à ce sujet que ce type de bois se rapproche du métal et permet des traits très purs. L'objectif de Comhaire est de donner un maximum de puissance à ses œuvres tout en utilisant les moyens les plus simples. Dans ses gravures sur bois, il procède de deux manières différentes. Sa première technique consiste à n'épargne que très peu de bois, ce qui donne de grandes surfaces blanches qui serviront surtout à accentuer le motif représenté en noir et sa force d'expression (fig. 2). A l'inverse, sa deuxième méthode consiste à ne graver que peu le bois et à donner toute son intensité au noir (fig. 3). Son amour pour le noir, Comhaire l'exploite aussi dans ses dessins au feutre où par opposition à ses autres techniques d'expression, l'artiste dessine sur le vif. Son dessin est exécuté de manière rapide, libre et spontanée (fig. 4). Comhaire est également reconnu comme pastelliste. Il commence à travailler ce médium dans les années 50, à la suite de problèmes oculaires. Il utilise le pastel en matière et non en crayon, il l'étale en aplat, par transparence, et superpose un minimum de tons, en général trois. Parfois, le pastel, posé en frottis, est rehaussé de quelques traces de peinture à l'huile qui donnent à l'œuvre sa charpente. Comhaire dispose souvent ses couleurs - généralement des bleus profonds, du bronze et de l'orange - de manière nette, réfléchie, même si elles ne sont pas toujours uniformes (fig. 5). Il crée une sorte d'espace de rupture entre les couleurs, comme dans Paysage (fig. 6) par exemple. La couleur rouge de la terre s'arrête au niveau du sol quand débute le rose fuchsia qui envahit le ciel. Les maisons semblent servir de transition entre les deux couleurs. A la fin de sa vie, Comhaire se passionne pour les effets de contraste, entre la matière provenant de la plaque de gravure et les rehauts de pastel qu'il applique. Signalons également que Comhaire est tapissier, illustrateur - il travaille entre autre pour Joseph Schetter5, Victor Schmitt6, Jean Lurkin7, et il réalise de nombreuses peintures à l'huile. Les thèmes les plus chers à Comhaire sont la nature, le paysage (que ce soit les campagnes de nos régions ou celles du Sud) et surtout l'arbre (fig. 7) qui est son emblème, la Meuse, la ville et la femme (fig. 8) qu'il traite le plus souvent au pastel. Comhaire se présente comme un observateur avisé de cette nature, dont il traduit les spectacles les plus simples. Dans chacun des thèmes qu'il aborde, c'est surtout le dépouillement, la synthèse des choses qu'il recherche ; il n'embellit pas la réalité mais n'en montre pas les horreurs. Comhaire traite également les thèmes sociaux, principalement pour dénoncer les contradictions de notre société mais, même s'il semble nous faire la morale, celle-ci est toujours proposée de manière sous-jacente : tout est fait dans la discrétion et la retenue. Tout au long de sa vie, Comhaire fut un homme respecté, tout d'abord en tant que professeur de gravure à l'Académie royale des Beaux-Arts, mais aussi en tant qu'artiste. Il se révèle un touche-à-tout de génie, empreint d'une originalité et d'une sensibilité particulière. Il se montre original dans ses choix techniques, dans son désir de se démarquer en utilisant des procédés inédits ou oubliés à Liège comme la xylographie ou le pastel. A l'instar de François Maréchal, Jean Donnay, Joseph Bonvoisin…, Georges Comhaire a sans conteste sa place parmi les plus grands noms liégeois. Rosanna Tarantino Notes : Bibliographie : TARANTINO, Rosanna, Georges Comhaire (1909-2000), mémoire de licence, Université de Liège, 2001. Table des illustrations : Fig. 1 : Liège, 1934, signé " G. Comhaire " en bas à droite, titré, daté et justifié "Etat direct" en bas à gauche, eau-forte, 190 x 300, Liège, Cabinet des Estampes (d'après TARANTINO, Rosanna, Georges Comhaire (1909-2000), volume II, mémoire de licence, Université de Liège, 2001, fig. 13). Fig. 2 : Le brise-lames, 1957, signé " Georges Comhaire " en bas à droite, titré et justifié " 9/50 " en bas à gauche, bois de bout, 90 x 360, Neupré, collection particulière (d'après TARANTINO, Rosanna, Georges Comhaire (1909-2000), volume II, mémoire de licence, Université de Liège, 2001, fig. 19). " Fig. 3 : Hesbaye II, 1943, signé " Georges Comhaire " en bas à droite, titre et justifié " état II " en bas à gauche, bois de bout, 68 x 210, Liège, Cabinet des Estampes (d'après TARANTINO, Rosanna, Georges Comhaire (1909-2000), volume II, mémoire de licence, Université de Liège, 2001, fig. 20). " Fig. 4 : Paysage montagneux, signé " G. Comhaire " en bas à droite, titré en bas à gauche, feutre, 360 x 535, Collection de l'Etat belge (d'après : Copyright IRPA-KIK, Bruxelles, 196073B). " Fig. 5 : Coucher de soleil, pastel, 600 x 700, n. l. (d'après une photographie conservée aux archives photographiques du service des Affaires culturelles création et promotion artistiques de la Province de Liège, n° 3315). " Fig. 6 : Paysage, 1972, pastel, n. l. (d'après une photographie conservée aux archives photographiques du service des Affaires culturelles création et promotion artistiques de la Province de Liège, n° 3314). " Fig. 7 : L'arbre, 1973, signé " G. Comhaire " en bas à droite, pastel, 720 x 970, Liège, Musée de l'Art wallon (d'après TARANTINO, Rosanna, Georges Comhaire (1909-2000), volume II, mémoire de licence, Université de Liège, 2001, fig. 85). Fig. 8 : Etude de nus, pastel, n. l. (d'après une photographie conservée aux archives photographiques du service des Affaires culturelles création et promotion artistiques de la Province de Liège, n° 1317). |
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Liège
Le brise-lames
Hesbaye II
Paysage montagneux
Coucher de soleil
Paysage
L'arbre
Etude de nus
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