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LA LETTRE MENSUELLE |
| La chronique de l'Université, ULg - Septembre 2001. |
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Edgard Scauflaire, par Madame Valérie Rousseau |
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La carrière artistique riche et variée d’Edgar Scauflaire lui permit d’explorer différentes facettes de son talent. Celle-ci commence au lendemain de la seconde Guerre mondiale mais prend sa véritable ampleur dès 1937, lorsqu’il décide de se consacrer exclusivement à son art et d’en vivre jusqu’à son décès en 1960. Durant son parcours, Scauflaire appartiendra à divers groupes de promotion artistique dont Les Hiboux, L’Escalier et L’Atelier. Il y fera notamment la connaissance de Auguste Mambour, avec qui il exposera plusieurs fois. De 1940 à 1943, il fondera et dirigera en outre L’Atelier Libre, occupant honorablement les artistes durant la guerre. Par ailleurs, en 1945, il participe à la fondation de la section des Beaux-Arts de l’A.P.I.A.W. (Association pour les Progrès Intellectuels et Artistiques de la Wallonie). Pendant une quarantaine d’années donc, Scauflaire va réaliser son oeuvre en usant de diverses techniques, dont les principales sont le dessin et la peinture, de chevalet ainsi que sur verre. Mais, parallèlement, il exerce aussi une activité dans le domaine de la décoration, via des projets de tapisserie, vitraux, compositions murales, etc. L’écriture a également occupé une place de choix dans la vie de celui que l’on surnomme parfois "le peintre-poète". En effet, il a lui-même embrassé la carrière de journaliste-chroniqueur durant quelques années, collaborant successivement aux journaux La Meuse (de 1919 à 1923), L’Express (de 1925 à 1930) et La Wallonie (de 1930 à 1937). A cette occasion, il a même réalisé des dessins de mode ... C’est également ainsi qu’il fit la connaissance de son collègue et ami, le poète Arthur Haulot, dont il illustra plusieurs ouvrages littéraires. De manière générale, Scauflaire illustrera des livres et des poèmes dès 1929 et ce jusqu’à la fin de sa vie. On connaît aujourd’hui treize ouvrages illustrés de sa main. Cependant, la poésie n’est pas présente dans la vie du peintre de cette seule manière, elle est aussi et surtout partie intégrante de son oeuvre. En effet, ses réalisations sont toutes imprégnées de cette atmosphère poétique qui les caractérise. Tout au long de son parcours, de ses premières réalisations jusqu’aux dernières, les oeuvres de Scauflaire sont empruntes d’imaginaire, de rêve et de douceur paisible. Ainsi, c’est un univers quotidien mais onirique et harmonieux que l’artiste explore dans ses tableaux et ses dessins. Des compositions de Scauflaire émane toujours ce caractère étrange et poétique, quelles que soient les influences qu’il subit, les techniques qu’il utilise ou les sujets qu’il représente. On peut établir des parallèles stylistiques entre les réalisations de Scauflaire et celles d’autres artistes. Ainsi, certaines oeuvres des débuts de sa production ne sont pas sans rappeler l’univers de Chagall ; l’artiste s’en réclame d’ailleurs (Composition, pastel et fusain, 1929). Tous deux partagent ce goût pour les ambiances oniriques voire surréalistes, où les personnages semblent flotter au milieu d’objets en apesanteur. Cependant, même si la majorité des oeuvres de Scauflaire dégage un sentiment optimiste, on lui connaît des réalisations plus sombres, témoignant d’une tendance plus expressionniste (Les Mâles D’jins, pastel, s.d.). Par ailleurs, c’est surtout l’influence cubiste qui semble la plus perceptible dans l’oeuvre de Scauflaire. Aux cubistes, il emprunte ce langage fait de plans juxtaposés et/ou rabattus, où les objets et personnages s’inscrivent sans volume ni relief, uniquement déformés par la perspective faussée (Le pain de ménage, huile sur panneau, 1949). Cependant, Scauflaire ne partage pas la démarche intellectuelle de ces artistes. Formellement, c’est surtout avec Georges Braque que la comparaison s’impose. En outre, les figures humaines de Scauflaire sont proches aussi de celles de Picasso ou encore Modigliani. Certains nus quant à eux évoquent Matisse (Nu à la draperie rouge, huile sur panneau, 1945), tandis que des paysages font penser à Gustave de Smet. Au début de sa carrière, environ entre 1920 et 1930, Scauflaire pratique surtout le dessin au crayon ou au pastel. Pour lui, ces dessins sont des oeuvres à part entière, il ne les considère pas comme des projets ou des études. La mine de plomb lui autorise un trait net et précis, des formes souples et linéaires, tandis que, plus rarement, le fusain et/ou le pastel contribuent au rendu expressif des matières. A cette époque, l’art de Scauflaire n’est pas sans évoquer la tendance Art Déco (Deux femmes assises, pastel, 1925). Il en conservera par la suite ce minimum expressif, qui est l’une des caractéristiques de sa production. Outre la simplicité, Scauflaire affectionne également une certaine irrégularité, participant selon lui à l’émotion. Quand la peinture de chevalet succède au dessin, se faisant plus rare dès le début des années ‘30, le même esprit raffiné et décoratif habite ses réalisations. Cependant, son style encore assez hétéroclite se précise et se rapproche tantôt d’une forme de réalisme, tantôt d’un style qu’on pourrait qualifier de post-cubiste. Avec la peinture de chevalet, les thèmes de prédilection de Scauflaire se précisent et s’enrichissent : portraits, autoportraits élégants, figures féminines, Arlequin, chats, paysages et natures mortes. Dans ses dessins, l’image de la femme était déjà un thème majeur. Il en est toujours de même pour les peintures : portraits de femmes, corps féminins, nus. La femme chez Scauflaire répond toujours plus ou moins au même canon : massive mais pas lourde, aux hanches larges et aux seins ronds (Deux femmes sur le canapé, huile sur panneau, 1956). L’Arlequin est un personnage également maintes fois illustré par l’artiste (Péché de jeunesse, huile sur toile, 1930). Cet être imaginaire symbolise la part de rêve que Scauflaire aime à trouver dans le quotidien. En outre, comme le Pierrot, il participe à un certain esprit de fête et d’optimisme, émanant des oeuvres de l’artiste en des périodes pourtant moroses. Il est à noter que Picasso a lui aussi a introduit à maintes reprises l’Arlequin dans ses tableaux. Le chat est la troisième figure emblématique de l’art de Scauflaire, qui aimait les recueillir chez lui et les déifie véritablement dans ses tableaux. Ces félins énigmatiques et majestueux fixent le spectateur de leurs yeux énormes, à l’image des figures humaines d’ailleurs (Nature morte au chat assis et aux prunes, huile sur panneau, 1950). Ils font le lien entre le mystérieux univers du vivant et celui non moins intriguant de la nature morte, autre thème cher à l’artiste. Scauflaire a réalisé énormément de natures mortes, tout comme le cubiste Georges Braque. Celles-ci constituent une part très importante de son oeuvre et illustrent on ne peut mieux la vision onirique du quotidien de Scauflaire. L’artiste y peint les objets de la maison, principalement des aliments et des récipients. Ses compositions ordonnées répondent souvent à un même schéma : une table en perspective renversée, sur laquelle sont posés les objets, représentés de face (Nature morte au mètre, huile sur panneau, 1948). Scauflaire ne peint jamais d’après modèle, il fait confiance à son imagination. La peinture sur verre est la troisième technique qu’il faut évoquer à propos d’Edgar Scauflaire. Il est cependant difficile d’évaluer avec exactitude la place qu’elle occupa dans sa production, seule une dizaine d’oeuvres étant répertoriées à ce jour. C’est sans doute grâce à Floris Jespers, expressionniste des années ‘20, que Scauflaire eut connaissance de cette technique de peinture "à l’envers". Le lycée Léonie de Waha, à Liège, possède une des ses réalisations. L’oeuvre monumentale (3x11m) est datée de 1938. Elle se compose de huit panneaux juxtaposés, mettant en scène pas moins de 45 personnages. La musique, la nature et la fête sont les thèmes principaux de cette composition. Ces oeuvres monumentales sur verre comme murales d’ailleurs, était des commandes destinées à orner des bâtiments " officiels " : c’est ainsi que le Conservatoire de Musique de Liège possède quant à lui une vaste décoration murale due à Scauflaire, comprenant entre autre une allégorie d’André Modeste Grétry et une autre de César Franck. Selon certaines sources, Edgar Scauflaire aurait à son actif pas moins de 6000 oeuvres. Durant sa vie, il a participé à bon nombre de manifestations artistiques un peu partout en Belgique comme à l’étranger. Sa première exposition personnelle eut lieu dans sa ville de Liège, au Cercle des Beaux-Arts, en 1923. Ensuite, on le retrouve entre autres à Paris, Venise, Sao Paulo ... Sa reconnaissance officielle en Belgique date quant à elle de 1951, lorsque le Musée des Beaux-Arts de Bruxelles et le Musée d’Art Wallon de Liège acquirent chacun une de ses oeuvres, respectivement intitulées Nature morte à la cafetière jaune et L’Homme au Livre. A l’heure actuelle, beaucoup de peintures de Scauflaire sont conservées dans des collections privées. Cependant, le Cabinet des Estampes de la Ville de Liège possède un certain nombre d’oeuvres sur papier, tandis que le Musée de l’Art Wallon s’est enrichi ces dernières années de quelques tableaux supplémentaires. Valérie Rousseau D’après QUIRIN Delphine, MARAITE Louis, Edgar Scauflaire (1893-1960). Peintre-poète, Liège, 1994. |
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