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LA LETTRE MENSUELLE |
| Un
article de Vera Lewijse. Janvier 2003 Et maintenant Marie, Marie Madeleine ? |
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Les
quatre visages de Marie Madeleine Il nous est expliqué que le personnage de Marie Madeleine est composé de quatre femmes mentionnées dans les Evangiles. Il y a d'abord celle provenant du village Mandala, qui dans Luc (8,2) est libérée de ces démones par Jésus-Christ. Dans St. Jean (20,11-18) cette femme découvre le tombeau vide et annonce la résurrection aux apôtres. Mais St. Jean ajoute le motif noli me tangere. Il s'agit d'une Marie Madeleine qui, revenant de la tombe vide, rencontre un jardinier. Elle veut le toucher, mais il lui dit "ne me touche pas, je suis le dieu ressuscité". Cette Marie Madeleine est présente à la crucifixion et à la mise au tombeau. Ensuite il y a identification avec Marie, la sœur de Marthe. Cette Marie lave, sèche et oint avec ses cheveux les pieds du Seigneur. Enfin, il y a la prostituée qui en voyant le Christ dans la maison de Simon le Pharisien, commence à pleurer et lave avec ses larmes les pieds de Jésus. Elle deviendra patronnesse des prostituées, coiffeurs, parfumeurs et jardiniers. Elle est identifiable à sa chevelure opulente, le pot de parfum ou d'onguent, la couronne d'épines et parfois un miroir. Elle sera l'unique femme apôtre. L'image
de Marie Madeleine Du fait de cette complexité Marie Madeleine a eu une grande influence sur la tradition littéraire et iconographique. Dès le début du quatorzième siècle elle devient un sujet favori dans la peinture. De Giotto di Bondone (1304-1306), Fra Angelico (1440-41), Titien (1511-12), Corregio 1525, Rubens (1618), à Puvis de Chavanne (1869), Alfred Stevens (1887) et Marlene Dumas (1995) tous ont repris ce thème de la femme prostituée - pénitente. Cependant dans l'iconographie chrétienne l'image de Marie se développe très lentement. A l'origine, en Mésopotamie, elle est la déesse Inanna-Ishtar. Elle était considérée comme un être féminin et parfois bisexuelle. A travers son identification avec l'Aphrodite grecque et la Venus romaine, Inanna-Ishtar, la reine du ciel, a survécu dans l'iconographie catholique romaine. Marie
Madeleine ? Marie?
Eve? Plus tard, symbole important dans le culte d'Isis, Marie Madeleine en hérite ces merveilleux cheveux. Elle est l'archétype de la fertilité et d'une divinité féminine, qui n'a jamais pu être réprimé et reste toujours présent dans l'inconscient de l'humanité. Dans nos régions nous assistons au développement de la production de sculptures de Marie comme Madonna sur le trône de Salomon, la Sedes Sapiente, et des statuaires reliques de la grossesse virginale la Mater Ouvrante, aussi bien que la Mater Dolorosa. Vers 1200, provenant d'un impérieux besoin du peuple en ces temps incertains, la dévotion pour Marie se renforce et son image se développe en une figure quasi divine. Comme mère du Christ, Marie est devenue intercession entre Dieu et la communauté des fidèles. Dans le Moyen-Age tardif l'expérience de la foi devient plus sensible, moins dogmatique. Marie est vénérée plutôt qu'adorée. Marie est le maillon entre le divin et l'homme, la Marie Mediatrix. Plus près du peuple de par son amour maternel, elle est de caractère plus identifiable. Marie, la mère parfaite, la féminité asexuelle, la pureté ultime. Il y avait déjà Eve la séductrice, qui a mené l'homme vers le vice héréditaire. Marie, aussi bien que Marie Madeleine était considérée comme la nouvelle Eve. C'est cette synthèse qui concilie la thèse et l'antithèse. Le
mythe comme base d'une justification de l'espoir. Et sa représentation... La première figuration du Christ, Le Bon Berger, est une transition due à l'influence de la philosophie platonicienne, image qui était surtout celle d'une idée. Suivie plus tard par le Christ syrien aux cheveux et barbe longue, habillé en longue robe. Cette image n'est pas encore inspirée par la souffrance mais affiche le Christ comme porteur d'un message. La représentation terrible, masochiste, du martyre du Moyen-Age tardif et du gothique nous montre comment la foi se proclamait et quelle était la perception du monde chez le croyant à cette époque là.. Chaque époque détermine ses propres images de ses divinités. La
contestation des humanistes contre le dogmatisme. Selon Hadrianus Beverlandus, (1650-1716) humaniste, libertin et satirique qui a étudié l'érotisme depuis l'Antiquité, la Bible est interprétée incorrectement sur plusieurs plans. Par sa vision controversée il a rapidement été accusé d'hérésie et devra s'exiler durant des années en Angleterre. Sa critique de la Bible avait comme but de prouver que certains versets dans le texte sont chronologiquement déplacés et que cela a donné cause à une interprétation erronée. Il déclare par exemple que l'explication du péché originel est mal traduite. Beverland adopte le point de vue que dans le livre de la Genèse, où Dieu autorise l'homme à se reproduire, ceci placé avant la chute, serait injuste, suite à une mauvaise traduction. Il suggère que la place exacte dans la Genèse est après la chute, puisque la chute n'est rien d'autre que le coït d'Adam et d'Eve, dont la procréation est la conséquence[1]. Eve
et le fruit défendu Le fruit défendu de l'arbre de la science du Bien et du Mal est l'arbre qui s'élève au milieu du corps d'Adam. Après avoir goutté de ce fruit, (culpabilité d'Eve, bien sur!) la porte se trouve ouverte pour tous les excès. Depuis lors, l'homme est la victime de ses pulsions. Beverland voulait d'abord prouver que, dans la nature, Eros est la force principale, plus forte que toutes les autres. Aucune force rationnelle n'est à la hauteur de l'Eros[2]. Cette interprétation n'est pas du tout nouvelle. Déjà dans la littérature patristique d'Origines (2ième,3ième siècle), on en trouve trace. Cette connaissance aurait été l'un des secrets des Cathares. Bien sur, cette force primordiale de la nature était combattue par l'Eglise. Il y va du fait que la femme est, et jusqu'à nos jours, considérée comme incitatrice au jeu d'amour peccable, incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles. D'où la nécessité du vœu de chasteté et de célibat chez l'homme, de l'Immaculée Conception, le refus de la femme dans le ministère du prêtre. De là aussi la place inférieure de la femme par rapport à l'homme au travers de l'histoire chrétienne et par extension la nôtre. Mais ainsi les mots nole me tangere - ne me touche pas, du Christ sur son chemin vers son père céleste se trouvent-ils chargés d'une signification plus lourde. L'éclairage
se précise Quand au dix-neuvième siècle, les villes sous l'influence de l'industrialisation sont surpeuplées et la prostitution florissante, la thématique de la Madeleine est de nouveau résurgente. Une madeleine devient un synonyme pour putain. Dans l'Angleterre victorienne, le mot Magdalenism est synonyme de prostitution, un magdalenarium, une maison pour filles et femmes perdues. D'autre
part les premiers écrits sur la sexualité de la femme sont publiés.
Des organisations voient le jour qui
prônent le droit au
plaisir sexuel pour la femme. Ce
dédoublement est visible dans l'iconographie de Marie Madeleine datant de
cette période. Elle
devient sensuelle, souvent très jeune
et presque toujours à moitié nue. Mais l'image de la femme
change-t-elle? Quelle est l'image de Marie Madeleine aujourd'hui? Les artistes contemporaines ont leur vision très spécifique de la femme et d'elles-mêmes. Et n'y a-t-il pas dans chaque femme toujours, une Marie et, partant, une Marie Madeleine qui souffre de l'amour, et de ses enfants ? Chez des artistes telles Marlene Dumas, Kiki Smith et Berlinde de Bruyckere se retrouve toujours un aspect de souffrance dans l'image qu'elles nous donnent de la femme. Kiki Smith a créé une sculpture fontaine. Sur un haut pilier en bois d'eucalyptus, une figure de femme, les bras ouverts. De l'eau sort des avant-bras et des mains, et coule dans un bassin de pierres pâles. Le corps de cette femme est transpercé de clous, symbole de la souffrance, l'eau est la source de la vie, le bois de la nature. La femme, sereine et sans âge, regarde le visiteur avec un faible sourire et est à la fois vulnérable, généreuse. Et forte. Retour
au dogme? L'idée de Marie Madeleine la pécheresse, est toujours présente dans notre société. Voyons la place de la femme qu'occupe de nos jours la femme en Orient : elle y est toujours victime. Aujourd'hui, quand en Amérique un nouveau fondamentalisme, avec le support du président, se développe autour de la chasteté jusqu'au mariage, les femmes risquent encore une fois d'être blâmées si elles ne sont plus vierges lorsqu'elles se marient. La Bible sera encore une fois re-écrite. En fait, nous assistons à un retour au dogme, parce que le monde vit dans l'insécurité et le désordre. Les grands mythes autour de l'amour et de la sexualité ne sont pas encore morts. Nous sommes toujours à la recherche d'un délicat équilibre entre l'amour céleste et l'amour physique, entre la libido et le ratio. Et qui en sera de nouveau la victime? Eve ? Marie ? Marie Madeleine ? Noli me tangere. Vera Lewijse, Bibliographie
: [2] H. Dethier. De beet van de adder. Volume 3. De Tafel van smaragd. Prolegomena door R. De Smet en W. Elias. VUBPRESS 1994, p.13 –31. Voyez
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Kiki Smith
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