LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Janvier 2003 
   Art belge. 1880 - 2000 : un ouvrage de Michael Palmer.  

 

Mieux qu’une exposition, un monument que ce double ouvrage signé Michael Palmer, historien d’Oxford, et consacré à l’art moderne belge !

Pourquoi un anglais ? Et pourquoi l’art belge ?  direz-vous.

Laissons la parole à l’auteur qui, œil malicieux et sourire en coin, présentait, il y a quelques jours, son ouvrage à Bruxelles.

Après avoir vécu plusieurs années en France, il s’établit en Belgique et découvre, émerveillé, les cathédrales gothiques, les Primitifs flamands, les tapisseries médiévales, un fabuleux ensemble d’art moderne et contemporain.

« Pourquoi les français m’ont ils caché ces trésors » s’interroge – t- il, avec l’accent, et de développer aussitôt une véritable passion pour l’art « made in Belgium », un art qui, pour lui, constitue un apport essentiel et irréductible à l’art européen du XX° siècle.

 

Le premier volume de ce diptyque, paru en 1998 et ici réédité, couvre les années 1880 – 1940 sous le titre : « D’Ensor à Magritte ».

Ce sont les années d’or d’Ensor, du pointillisme, du luminisme, du symbolisme, de l’expressionnisme de Laethem, du constructivisme et des surréalistes. Palmer n’hésite pas à brosser un vaste panorama belge dont littérature, architecture et musique ne sont pas exclus. Il est complet et ne néglige aucun artiste même mineur. Il met l’accent sur la place exceptionnelle du symbolisme belge influençant le symbolisme international par la profondeur de ses rêves et de ses silences.

Ensor et Rik Wouters ( qui passe souvent pour un provincial ) sont, à ses yeux, des artistes fascinants et majeurs.

 

Le second volume qui sort aujourd’hui de presse commence où s’arrêtait le précédent, c’est à dire à la charnière de la deuxième Guerre Mondiale.

Il est consacré aux artistes de 1940 à 2000 et s’intitule : « d’Aleschinski à Panamarenko » et c’est une bien grande aventure artistique, précise l’auteur !

Elle s’articule en deux parties. La première met l’accent sur les grandes orientations qui font coexister, en un subtil équilibre, les composantes nationales et internationales. Evoquons à ce propos les groupes Cobra ( pas exclusivement belge mais de philosophie cohérente et entraîné par le talent de Christian Dotremont ) La Jeune Peinture ouvrant la porte sur l’avenir et faisant également retour au passé avec des noms comme Anne Bonnet, Gaston Bertrand, Louis van Lint et les Animistes prônant avec Jacques Maes, War van Overstraeten, Albert Dasnoy un « art de l’âme, lieu de mystère et de tendresse ».

L’auteur approche ensuite l’abstraction géométrique avec Jo Delahaut, Marthe Wéry inventant des formes, géométriques ou pas, « étrangères à toute idée de représentation » et l’abstraction lyrique englobant op art, matiérisme, art cinétique…

Ici Bram Bogart côtoie Michel Mouffe et Jan Dries.

L’art conceptuel, autrement dit « art des idées », recourt aux installations, à la photo, à la vidéo… à l’objet ordinaire. Bonjour Broodthaers, ses moules, ses coquilles d’œuf. Bonjour Panamarenko et ses drôles de machines volantes !

Quant à l’art figuratif des Paul Mara et Antoine Mortier, il coexiste, sans problème, avec tous ces styles.

Après cela, l’auteur nous offre 39 petites monographies traitant d’artistes, peintres et sculpteurs, choisis et considérés par lui comme des personnalités incontournables dont les œuvres retenues ont été peu présentées ou proviennent de collections privées.

Citons Anne Bonnet jouant les effets de texture et l’harmonie de coloris délicats. Vic Gentil, l’incontournable poète de l’objet trouvé. Pierre Aleschinsky fusionnant la ligne et la couleur, mêlant avec fougue abstraction et figuration.

Roel d’Haese et Reinoud… frères et sculpteurs créant leurs propres « créatures » grotesques pour l’un, plus humaines pour l’autre. Marie-Jo Lafontaine exprimant au moyen de la photo et de la vidéo des images belles et troublantes. Thierry De Cordier, retranché dans sa ferme de Schorisse et contant avec talent sa vision de l’homme « victime d’un monde menaçant ».

A travers leur diversité, qu’ils soient flamands ou wallons, Michael Palmer leur reconnaît à tous un atavisme commun qui pourrait bien s’appeler « belgitude »,

car il y a bien un art belge contemporain, hermétique peut-être, talentueux sûrement. C’est un anglais qui vous le dit…

Colette Bertot         


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L'ouvrage

 

 

 

 

 

 

Alechinsky :
supprimé,
droits SABAM

 

Art Belge 1880 – 2000. Deux volumes brochés sous coffret. Michael Palmer.
Ed. Racine. Coédition néerlandaise Lannoo.
Prix : 49,95 euros.
Copyright © 2003 Mémoires et Colette Bertot. 
Tous droits réservés.

 

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