LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Janvier 2003 
   La galerie Albert Ier souffle ses cinquante bougies... Regards.  
 

Pour les habitués des galeries bruxelloises le passage au 45 rue de La Madeleine est obligé… Tous connaissent et fréquentent Madame Andrée Schepers (à la ville Madame Alain Viray) et son infatigable « dynamisme d’explorateur ».

Pour incroyable que cela paraisse la galerie fête aujourd’hui son 50° anniversaire. Un demi siècle de curiosité, de flair, de coups de cœur, de fidélité aussi à une figuration non limitative balayant des thèmes comme les paysages, les natures mortes, les animaux, les corps sublimés ou torturés selon les artistes, triés sur le volet et qui trouvèrent toujours chez Dame(s) Schepers un soutien de poids et une amitié sans faille.

C’est en 1952 que la maman Schepers crée la galerie, située au Coudenberg. Jos Albert l’inaugure.

En 1956, en raison de la construction de l’Albertine, la galerie déménage au 45 de la rue de La Madeleine. Elle y est encore et prête à accueillir les protagonistes d’un art toujours en mouvement, de Marie Howet à Wolvens, de Boyadjian à Tytgat, de Léon Navez à Couhaye.

En 1969, Andrée Schepers prend le relais. La valeur des artistes reste son objectif premier. Elle n’hésite pas à explorer de nouvelles voies, à  présenter des artistes en devenir. Expressionnistes et animistes se côtoient. Surréalistes, fantastiques, symbolistes trouvent leur place à côté des artistes de La Jeune Peinture ou du groupe Nervia. Elle offre également ses murs  à des genres différents comme la tapisserie et la sculpture. Dubrunfaut, Liliane Badin,  Demassieux, Eijberg, Nat Neujean y prendront de la bouteille.

Arrêt sur image, la galerie présente actuellement un florilège de « ses » artistes ayant évolué «  à l’écart des embrasements financiers, des modes tapageuses et des chemins de la provocation ».

Plus de 120 œuvres, plus de 60 artistes évoquent le chemin parcouru. On ne peut tous les citer. On ne peut qu’épingler certaines œuvres, parmi d’autres, porteuses pour nous d’émotions…

Citons le « Printemps » de Marie Howet qui donnait une grandeur aux choses les plus simples et que toutes les saisons ravissait. Enfant, nous la visitions souvent en sa maison de Libramont, au temps des confiture dont elle triait les fruits, assise par terre et affublée d’un grand tablier de toile …

Arrêtons-nous un moment devant un « Village en Ardèche » de Lode Matthys, perché sur sa colline et peint tout en dégradé de tons sables et ocres. Cet artiste du silence et de la discrétion a toujours travaillé en simplifiant les lignes, en déformant les contours mais en mettant de la sensibilité au bout de son pinceau, de la lumière jusqu’aux confins de ses inquiétudes.

Autre style bon vivant, « Les grosses gourmandes » de Mireille Bastin devisent ici en grignotant. Cocasses, coquines, bien portantes et coiffées d’un stupide béret qui leur va comme un gant, vêtues de mauve, de blanc de rose, de gris légers elles expriment une joie de vivre paysanne et bon enfant qui fait chaud au cœur !

Rik Slabbinck « peintre fidèle du monde de tous les jours » est représenté ici, entre autres, par un petit nu couché, longue silhouette alanguie, à la bouche pincée et si gracieuse dans son mouvement des bras dont l’un est replié derrière la tête, l’autre posé le long du corps. Le trait est puissant, les couleurs -  rouge et noir  - inattendues et subtiles témoignent de la technique chère à l’artiste qui manipulait en même temps le couteau et la palette.

Ailleurs, un « Bouquet » réfléchi et dépouillé de Wolvens ne passera pas plus inaperçu qu’un acrobate de Roland Devolder figurant « La condition humaine » en quelques coups de crayon.

Les mots ne peuvent tout dire. L’aventure de l’art est multiple et le choc des courants bénéfique à la création qui ne s’arrête jamais.

Même si les choix de Madame Schepers  ne plaisent pas à tout le monde, ce qui est bien normal, gageons que la galerie Albert I° a encore de beaux jours devant elle.

Colette Bertot         


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Lode Matthys

 

 

 

 

 

Retirés pour
cause de droits
SABAM
:

Rik Slabbinck
Mireille Bastin

 

 

Galerie Albert I°. 45 rue de La Madeleine, Bruxelles 

Du mardi au samedi de 13h à 19h. Le dimanche de 11h à 13h.
Fermé le lundi et jours fériés.

Jusqu’au 18 janvier 2003.

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