LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Françoise Bernardi.  Janvier 2003. 
   Breccia et Munoz. L'argentine en noir et blanc : 
  
au Palais des Beaux-Arts de Charleroi.

L’Argentine en noir et blanc confronte le travail de deux figures importantes de la bande dessinée : Alberto Breccia (1919-1993) et José Munoz (1941), maîtres incontestés de la B.D. en noir et blanc. Ces deux personnalités fortes présentent des travaux marqués par le contexte politique argentin. Si le premier a décidé de rester dans son pays au péril de sa vie, le second a préféré l’exil, thème omniprésent dans son oeuvre.

Le climat d’angoisse et de terreur qui règne en Argentine dans les années 60-70 est traduit par Breccia dans ses B.D. proches de l’expressionnisme allemand et des œuvres graphiques de Goya. Son univers est inspiré par la réalité d’un pays miné par les troubles politiques, sociaux et économiques. On ne compte plus le nombre de personnes enlevées, torturées, disparues dans des circonstances énigmatiques. 

Breccia lutte avec ses armes. Il publie en 1968 une biographie de Che Guevara, celle-ci est réalisée en collaboration avec son fils Enrique Breccia et le scénariste Hector Oesterheld. Le régime militaire en place condamne l’ouvrage et les trois artistes sont menacés de mort. Le scénariste Oesterheld disparaît en 1977, enlevé par un groupe paramilitaire. 

Après plusieurs années de dictature, c’est le retour à la démocratie en 1982. Breccia publie Perramus, livre composé de plus de 300 planches qui évoque toutes les formes d’oppression. Cette bande dessinée est réalisée au lavis pour symboliser la disparition de l’âme même de Buenos Aires pendant la répression. La technique du lavis permet de rendre le climat de terreur qui régnait en Argentine par des nuances de gris.

Les créations de Breccia ont pour caractéristiques communes le climat de terreur et l’oppression militaire. Ses B.D. abordent des thèmes liés au contexte politique argentin de façon métaphorique comme L’Eternaute, qui parle d’envahisseurs extraterrestres où les hommes plongent dans un climat d’angoisse et de peur. Il adapte aussi les récits littéraires d’Edgar Poe et de Lovecraft. Il transpose le Dracula de Bram Stoker à Buenos Aires. La capitale argentine occupe d’ailleurs une place très importante dans les œuvres de Breccia, c’est là qu’il puise ses personnages, ses caractères et l’atmosphère de ses bandes dessinées.

Breccia travaille inlassablement les techniques du noir et blanc pour atteindre au mieux les émotions et le climat qu’il veut donner dans ses bandes dessinées. Il joue sur les contrastes, il travaille le lavis, le collage, la sérigraphie et l’acrylique. Ses différentes recherches donnent à ses créations leur caractère spécifique, remarqué dans le monde du 9ème Art.

Son compatriote et élève José Munoz exploite lui aussi les richesses des noirs et blancs. Il travaille cette technique à la manière d’un sculpteur qui dégage les formes hors de la matière.

Si sa vie et son art sont intiment liés au contexte argentin, Munoz aborde de préférence le thème de l’exil et du questionnement identitaire. En effet, il quitte l’Argentine pour l’Europe où il rencontre Carlos Sampayo qui devient son scénariste.  Ensemble, ils créent les séries Le Bar à Joe et Alack Sinner, stéréotype du film noir. Les deux collaborateurs proposent des antihéros qui tentent de concilier leurs envies avec la réalité. 

La force de leurs bandes dessinées réside dans la création de personnages qui ont une véritable dimension humaine.  Dans Alack Sinner et Le Bar à Joe, Munoz et Sampayo rassemblent des gens de nationalités très variées et mettent l’accent sur New York comme ville multiculturelle. 

Tous les deux immigrés, l’exil est leur thème de prédilection. Le jazz est très présent dans l’univers de Munoz et Sampayo, cette musique d’origine noire évoque l’homme déraciné, qui tient une place essentielle dans l’œuvre des deux artistes. Ils ont d’ailleurs réalisé une très belle biographie de Billie Holiday.

L’exposition nous permet de découvrir le climat politique en Argentine au travers du 9ème art. Breccia et Munoz, deux artistes contestataires, ont donné naissance à des œuvres fortes et emblématiques qui ont autant une influence esthétique qu’une valeur historique.

Françoise Bernardi,         
Historienne de l'art         

 

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Dépliant de
présentation

 

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Breccia

 

 

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Breccia

 

 

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Munoz

 

 

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Munoz et Sampayo

Palais des Beaux-Arts de Charleroi, Place du Manège – 6000 Charleroi  
Tél. 071.86.22.74

 

Du mardi au dimanche de 10 à 18h, fermé le lundi.
Exposition accessible jusqu'au 17 février 2003.

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