LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Françoise Bernardi.  Décembre 2002 
   Les mondes intérieurs, ou le Symbolisme finlandais
  
au Musée d'Ixelles.
 

A l’apogée du symbolisme dans les années 1890, la Finlande est menacée par la Russie et ses mesures panslavistes qui ont pour but de rassembler les peuples slaves sous son autorité. La résistance s’est organisée et s’est traduite dans les arts. Il fallait défendre et affirmer la spécificité culturelle finlandaise. Le symbolisme finlandais est l’affirmation d’une identité culturelle. Six peintres et un sculpteur nous présentent leurs mondes intérieurs fragiles et intimes.

Le silence, l’intériorité et l’absence pourraient qualifier plusieurs œuvres exposées à Ixelles. Les démarches de Schjerfbeck, Ellen Thesleff procèdent d’une même volonté artistique, d’un même désir de rendre le quotidien dans toute sa simplicité. Les yeux clos ou baissés des personnages de  Schjerfbeck traduisent cette intériorité, ce repli sur soi. 

La force de ces œuvres réside dans cette magnifique présentation d’un moment fragile et fugace. C’est le temps qui est capturé. Ces deux artistes nous touchent aussi par leurs portraits de femmes aux tons sourds. Ces modèles n’ont pas ce caractère érotique ou inquiétant que l’on peut trouver chez d’autres symbolistes comme Khnopff.

L’âme individuelle est privilégiée par ces artistes qui ne s’abandonnent pas à la démonstration de sentiments patriotiques. Cependant, la tradition finlandaise sera défendue par la présentation de mythes nationaux ayant pour but d’affirmer l’identité et le patrimoine du pays. Les textes mythologiques du Kalevala, épopée nationale finlandaise issue de la tradition orale parue en 1825,  sont une source d’inspiration pour ces artistes finlandais. Moins accessible par un contenu qui nous échappe, Akseli Gallen Kallela a tenté une interprétation picturale de ces mythes.

D’autres thèmes chers aux symbolistes se retrouvent aussi chez ces artistes finlandais. Ainsi, la mort, la musique et les paysages sont des sujets privilégiés comme en témoignent les œuvres de Simberg, Magnus Enckel (Auditeurs de musique) et  Ellen Thesleff (Violoniste).  

La subtilité de ces mondes intérieurs est montrée par des moments fragiles, des instants d’un calme et d’une sérénité apparente. Considérée comme l’âge d’or de la peinture finlandaise, cette fin de siècle donnera naissance à des œuvres majeures glorifiant la nature, les vastes étendues sauvages ainsi que la vie quotidienne et la femme.

Françoise Bernardi         
Historienne de l'art          


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Schjerfbeck

 

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Thesleff

 

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Simberg 

Musée d’Ixelles 71, rue Jean Van Volsem  -1050 Bruxelles  
Tél. : 02.515.64.21.

 

Du mardi au vendredi de 13h à 18h30, samedi et dimanche de 10h à 17h, 
Fermé le lundi.

Exposition accessible jusqu'au 12 janvier 2003.

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