LA LETTRE MENSUELLE

Une chronique de Vera Lewijse.  Octobre 2002 
   Honoré d'O et Franciska Lambrechts : "CIVIL",
   Harald Thys et Jos de Gruyter ; installation vidéo
,
  
aux Musée de Plein-air Middelheim d' Anvers

.

Le Musée en plein air Middelheim, créé en 1950, est situé dans le domaine d’un château qui était déjà mentionné en 1342 en tant que « Lieu Middelheim ». Le petit château fut construit au dix-huitième siècle dans le style Louis XVI, probablement d’après des plans de l’architecte parisien B. Guimard.

La collection de sculptures comprend des œuvres de, entre autres, Henry Moore, Auguste Rodin, Constantin Meunier, Jean Arp, Raymond Duchamp-Villon, Camiel van Breedam, Constant Permeke, Carl Andre, Juan Muñoz, Luciano Fabro, Guillaume Bijl, Per Kirkeby, Panamarenko, Ossip Zadkine, Louise Nevelson et Anthony Cragg.

Depuis septembre, il est possible de se promener dans le parc du musée Middelheim avec un guide audio portable et d’ainsi « zapper » entre Auguste Rodin et Juan Muñoz, Carl Andre et Rik Wouters, etc.

De cette manière on peut avoir en deux heures un bon aperçu de la collection de sculpture moderne et contemporaine.

Actuellement peut se visiter au musée une installation de Honoré d’O et de Franciska Lambrechts, avec comme titre « CIVIL ».

Honoré d’O, né Raf van Ommeslaege à Audenarde en 1961, puis né de nouveau à Gand en 1984 en tant que Honoré d’O, vit et travaille à Gand.

Comme artiste vidéo, il est connu entre autres pour ses vidéo films « Joy sticks serious video » (1999 Hesinki) et « Next time firewire » (2000 Stockholm).

Franciska Lambrechts, née en 1967 à Ninove, vit à Bruxelles. Elle a débuté en 1996 avec « Anti Chambres » au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

Les deux artistes ont pris part en 1998 à « The fascinating faces of Flanders, 58/98, Two hours wide or two hours long » - Centro Cultural de Belém, Lisboa.

Au travers de l’œuvre de Franciska Lambrechts se perçoit une recherche dans la structure même de la langue. A tâtons, au moyen de complexes dialogues s’interpénétrant, elle examine les différents patrons de relations sociales et psychologiques à l’intérieur du système de la famille et de la société. Sécurité et isolement, désir et frustration, enfermement et exclusion sont les mots-clés qui sautent à l’esprit à la vue de l’installation.

Le travail d’Honoré d’O est une expression de sa vision de la relation entre l’art et la vie.

Ceci a à voir avec sa naissance à Gand, en tant qu’artiste. Les frontières entre l’artiste et l’individu, la société et l’art sont dépassées. Le spectateur, l’œuvre d’art et l’artiste sont interactifs. La participation du public est aussi importante que celle de l’artiste.

CIVIL  est une installation de land-art qui traite des conflits. Conflits entre les valeurs, entre les êtres : conflits mineurs dans nos intérieurs aussi bien que conflits politiques : guerre civile, identité, chasse et camouflage.

L’installation se compose de tours : aussi bien tours de guet que miradors. Autodéfense immédiate, vitale, ou éléments de protection ? Le mirador est fait d’une conduite d’eau pourvue d’une fuite et donne l’impression d’être un organisme vivant.

Une souche qui symbolise la partie inférieure d’un corps est pourvue d’un système nerveux de fins fils, raccordés à un certain nombre de jeunes arbres. Ils enregistrent les tremblements, les vibrations, soumettent et contrôlent les tensions, potentielles ou accidentelles raisons de conflits.

Les jeunes arbres sont plantés en formations et sont mis en forme comme des sculptures, amputés, la forme est dirigée.

Le gazon parle de colonie de peuplement et de terrain de guerre abandonné. Des manœuvres anciennes laissent derrière elles des traces comme des cicatrices.

L’installation nous autorise un pur plaisir visuel, mais incite également à la réflexion.

Le land-art est en tant que concept plus accessible pour le spectateur que les installations vidéo. Du fait de travailler avec des éléments naturels comme le bois ou l’herbe, l’effet d'aliénation est moins grand. Ce sentiment d'insécurité chez le spectateur est un typique effet corollaire à l’art actuel.

Harald Thys, né à Wilrijk, 1966.
Jos De Gruyter
, né à Geel, 1965.

Les deux artistes travaillent ensemble depuis 1987 à une œuvre média. Video-tapes, installations, textes et objets. 

Dans une production propre du Middelheim, Harald Thys et Jos De Gruyter présentent une vidéo typique de leur style. L’approche est absurde, ironique et difficilement accessible.

Au-delà de la simplicité des mots, on doit chercher un niveau plus profond.

Le vidéo-film se compose de différentes petites parties. Elles illustrent chaque fois la tension entre plusieurs personnages, ici une femme et deux hommes. C’est une mise en question de l’espace physique et mental.

L’être est un pion sur un échiquier, une marionnette tragi-comique dans un système qui la dépasse.

La tâche du spectateur n’est pas facile avec ce vidéo-film. C’est la langue conceptuelle –le signifiant de mots qui ont généralement pour tout un chacun une autre nuance de signification.

L’art actuel est-il accessible?

Une question fréquente, à la vision d’installations actuelles, de vidéos et d’œuvres d’art, est : « Comment dois-je approcher ceci ? »

Si l’on connaît déjà le travail des artistes, cela devient plus facile. On peut alors placer ce travail dans un discours. Ici s’applique la maxime « C’est en forgeant que l’on devient forgeron ». Si l’on est déjà familier avec par exemple l’art vidéo, il deviendra plus simple de porter un jugement. Il est attendu du spectateur qu’il se donne la peine de pénétrer dans une œuvre, qu’il ait fait son « devoir à la maison ».

Lors d’une première confrontation, le spectateur doit vraiment s’appliquer à trouver un facteur de reconnaissance. Ce que l’on voit n’est pas ce que c'est.

Le langage visuel et les dialogues entre les personnages rendent possible de créer des associations et d’établir un pont entre l’expérience du monde de l’artiste et celle du spectateur. Avec le risque que et l'artiste et le spectateur parlent des langues tout à fait différentes.

Ainsi que le public était dubitatif devant la roue de vélo de Duchamp et rébarbatif devant les œuvres exposées à la première exposition des Impressionnistes, de même l’art d’aujourd’hui se voit confronté avec les étiquettes d’absurde, d’infantile, d’incompréhensible, de ridicule.

A une époque où l’accent est mis sur le fait que l’art doit être accessible pour tout le monde, il semble bien qu’il se présente de manière de plus en plus élitiste.

Est-ce que ceci est de l’art ? Pourquoi est-ce de l’art ? A quoi se réfère-t-il ? Quelle est l’évolution qui a conduit à ce résultat final ? Ces questions se posent.

La grande confusion, non seulement chez le public mais aussi parmi les connaisseurs n’est pas encore dissipée, depuis le « Salon des Refusés » !

De cette manière, le critique d’art reçoit comme nouvelle mission de rendre l’art compréhensible, et reste ouvert le débat quant à la signification profonde de l’art lui-même.

Vera Lewijse,         
Licenciée en Histoire de l'art          


Cliquez sur les miniatures 
pour voir l'oeuvre 
en grand format

*

 

 

26ilhodoalth.jpg (23309 octets)

Honoré d'O 

 

 

 

 

 

26ilcivil.jpg (20130 octets)

Honoré d'O et
Franciska Lambrechts

 

 

 

 

 

26ilthygrseducer.jpg (2065 octets)

26ilthygruyt.jpg (3585 octets)


Harald Thys et
Jos de Gruyter 

 

 

 

 

 

 

26ilmusmidlheim.jpg (30280 octets)

Middelheim,
détail des oeuvres

 

 

 

 

Pour contacter l'auteur,
via Mémoires :
info@art-memoires.com
 

Musée de plein air Middelheim, Anvers.
Lien :
www.dma.be/cultuur/museum_middelheim   

Exposition accessible du 07 septembre au 17 novembre 2002.

Le guide audio s’obtient au stand de vente du Middelheim. 
Le prix est de 3 Euros, la carte d’identité servant de garantie.
Le texte en est disponible aussi bien en Néerlandais, Français, Allemand et Anglais.

Copyright © 2002 Mémoires et Vera Lewijse. 
Tous droits réservés.

Les autres articles sont accessibles via nos archives
Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre        Retour à l'accueil

 

Hit-Parade