LA LETTRE MENSUELLE
La chronique de l'Université, ULg - Octobre  2002.

     Lambert-Jean-Adrien de Witte de Limminghe,  par Christine Messens.

Lambert-Jean-Adrien de Witte de Limminghe est né à Liège le 2 Août 1850. Il est le fils de Jean- Baptiste- Corneille et de Marie- Catherine-Antoinette-Lambertine Andrien. Son père était peintre et crayonnait des croquis pour ses enfants, qu'Adrien coloriait ensuite. Son grand-père maternel était collectionneur de tableaux. C'est donc dans l'ambiance artistique et graphique qu'Adrien grandit avant de réaliser des études à l'Académie des Beaux-Arts dès 1866 et de dessiner de mémoire, à la maison, les motifs étudiés aux cours.

Ce sont les portraits et l'histoire locale qui inspirent alors les artistes de l'époque. Adrien découvre un tableau de G. Courbet (1819-1877) et fera prendre à l'art liégeois le chemin du Réalisme. Dès ses débuts, il choisit de représenter les êtres de son entourage et leurs activités quotidiennes. Son métier s'affirmera mais sa démarche artistique d'observation et de saisie du caractère du modèle restera identique. C'est ainsi qu'il accorda la plus grande part de son art à la figure humaine (Portrait de Félix Dumont, 1887, plume). Sans transposer ni déformer la nature, il lui donnait son propre style en rendant aux types populaires leur authenticité comme leur noblesse intrinsèque.

Humaniste, idéaliste, Adrien de Witte exprime le sens de l'art orienté vers la vérité. Sa vérité, pour être complet, car il ne fait entrer aucune notion de fantaisie ni d'effusion. En homme qui ne tutoiera que peu de monde, il marque sa sympathie par sa simple présence et son intérêt par le respect. Il dessine ses grands-parents, le domestique, le voisin qui vient jouer à la maison, selon son besoin instinctif.

Lors de ses 21 ans (1871), il travaille avec L. Mignon dans l'atelier de la rue de l'Etuve. Il obtient ensuite une bourse de 1000 francs (fin 1872-début 1873) et décide de l'utiliser dans un voyage en Italie. Il visite Munich, le Tyrol, Venise, Vérone et Rome. Il est cependant insuffisamment préparé à retirer tout le bénéfice d'un tel voyage.

A son retour, il termine ses études à l'Académie puis travaille sur commande en effectuant des natures mortes et panneaux décoratifs. En 1879, il obtient la bourse de la fondation Darchis et retourne séjourner à Rome pour n'y vivre que pour son art (Italienne, 1881, encre, fusain, pastel et craie blanche sur papier bistre). Il visite les musées sans s'y attarder, étudie les grandes œuvres du passé mais reste attaché au pittoresque humain de la vie de rue. il est aussi le témoin du cortège funèbre de Garibaldi (1807-1882) puisqu'il reste dans cette ville jusqu'en 1884.

En 1885, Adrien de Witte est investi de la fonction de professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Liège. Il hésite longuement avant d'accepter la chaire que lui proposait Prosper Drion (Directeur), pressentant sans doute que cette mission s'épanouirait au détriment de sa production personnelle. Cependant, sa volonté de se surpasser et de jouer avec les possibilités extrêmes du métier fut une inquiétude qu'il dut partager avec les plus grands et qui favorisa l'émergence de grands successeurs tels que ses élèves Richard Heintz (1871-1929) ou encore Auguste Mambourg (1896-1968).

En 1887, il est nommé professeur de dessin d'après modèle vivant. Il expose ses œuvres avec celles de son ami Léon Mignon ( 1847-1898) et celles d'Alfred Hubert (1830-1902) à l'Emulation, en 1888. En 1893, il devient professeur de dessin et de peinture à la section des demoiselles. Il travaille de moins en moins pour lui même. Enfin, il est nommé Directeur de l'Académie en 1910. Ce poste, il l'abandonne en 1913 et est admis à la retraite en 1921.

Six ans après sa retraite a lieu une rétrospective importante de ses œuvres, organisée par la Société royale des Beaux-Arts à la Boverie. Il est aussi nommé Commandeur de l'Ordre de la Couronne. Six ans plus tard encore, une rue du quartier des Vennes, à Liège, lui est dédiée de son vivant. Elle se trouve à côté de la rue Richard Heintz, prolongeant joliment le lien existant entre l'élève et le maître.

Dans son Œuvre, les résultats varient en fonction de l'utilisation d'un pinceau pour un effet plus pictural (Tête de femme, 1880, lavis et encre de Chine), d'une mine de plomb pour un effet plus métallique (La Liseuse, 1877), d'un fusain pour son velouté (Sollicitude maternelle, sd). Il utilise aussi l'encre de Chine pour les contrastes forts qu'elle permet ou encore le pastel et son côté vivant (Portrait d'Edouard Brahy, 1893), … Quelquefois, il mélange les techniques (Femme portant un paquet de linge sur la tête, 1874, mine de plomb rehaussée de fusain).

Pour lui, le dessin n'est pas la ligne mais ce qui est entre les lignes et il est ravi par les attitudes sans cesse renouvelées. Adrien de Witte est un naturaliste à la manière noble. Il montre l'animation des marchés, les paysans et leurs ânes, l'ambiance des tavernes romaines, les spectacles de théâtres, les scènes de lavoirs. Sur ses croquis abondants, il note le choix de la technique préférentielle au rendu de l'impression. Bien que peintre et graveur, c'est en effet le dessin qui lui permet de s'exprimer le plus (Femme sortant du lavoir Anticoli, 1881, crayon Conté).

Dès 1875, il travaille à l'eau-forte (Femme assise dans un fauteuil, tenant un enfant sur les genoux, 1876) et fait prendre à la gravure liégeoise un essor nouveau en la traitant pour elle-même de manière originale. De plus, il lui arrive de terminer ses eaux-fortes à la pointe sèche (Portrait de Félicien Rops, 1894, eau-forte et pointe sèche) !

Son œuvre est restée fidèle à son attrait pour l'authenticité des types populaires. Une belle sérénité émane de ses visages empreints d'une profonde vie intérieure. Toute sa démarche semble avoir été semblable à celle de ces hommes et ces femmes tellement attentifs à ce qu'ils font. Ainsi, il re-présente en quelque sorte son modèle dans les deux sens du terme et valorise ainsi la noblesse et la beauté des simples gestes de la simple vie. Peut-être est-ce là un message que l'on peut retenir de cet observateur et témoin de travaux et de jours dont nous sommes tous un peu issus.

Ainsi, le 25 Juin 1935, Lambert-Jean-Adrien de Witte de Limminghe est décédé à l'âge de 85 ans mais ne nous a quittés qu'en apparence…

Christine Messens,     
Licenciée en Histoire de l'Art     
et Archéologie      

Bibliographie :

    • Delchevalerie Ch., 1927, Adrien de Witte : peintre, dessinateur et graveur ; catalogue de son œuvre, Liège.
    • Delchevalerie Ch., 1949, Adrien de Witte, Anvers.
    • B. Lognard-Poncin, Richard Heintz, Au rythme de…Ferrières, 1979, Verviers.
    • Anonyme, 1981, Adrien de Witte. Dessins - Pastels - Gravures, Liège.
    • Collectif, Richard Heintz, 1990, Liège.

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