LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Octobre 2002 
   Vivian Kral : Mémoire d'un monde en mutation : à la Galerie 2016

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L’archéologie industrielle connaît aujourd’hui son heure de gloire.

Le MAC’S, musée d’art contemporain vient d’ouvrir ses portes dans les bâtiments longtemps abandonnés du charbonnage du Grand Hornu. Les sinistres « ruines » de Tours et Taxis bordant le canal à Bruxelles font l’objet d’une gigantesque réhabilitation.

Les lieux autrefois prospères, dorénavant privés de leur substance et abandonnés de tous fascinent et font froid dans le dos tant ils semblent irréels, presque fantastiques.

Quand un artiste entreprend un voyage initiatique au cœur de ce monde désormais révolu, on se souvient, on feuillette les pages d’un virtuel album de souvenirs enfouis dans la nuit des temps.

Vivian Kral, née à Bruxelles en 1953, diplômée de l’Ecole Nationale des Arts Visuels de la Cambre s’est attelée à la lourde tâche de mettre en scène une histoire longue et volatilisée.

Ses sujets ont évolué avec le temps pour se cristalliser actuellement sur l’ère post-industrielle.

Ses œuvres sont le résultat d’un long et lent travail de reconstitution.

Les lieux auxquels elle s’attache n’ont, en réalité, pas grande importance et même s’ils portent noms Tours et Taxis ou Brasserie Willemans- Ceuppens, ils sont avant tout le constat d’un monde empreint de nostalgie.

Seuls subsistent la poésie qu’il véhiculent et le silence qu’ils engendrent.

L’artiste effectue de nombreuses visites sur place, s’imprègne des atmosphères, les photographie, en fait des croquis et, riche de ce matériel engrangé, revient en son atelier pour donner libre cours à son imagination.

Les passerelles enjambent les espaces. Les machines sont toujours là, bien présentes, rongées par la rouille et la poussière. Ferrailles et reflets s’enchevêtrent en architectures savantes. Parfois l’artiste ajoute aux lieux ce qu’elle a envie d’y voir… Une verrière, un jeu de poulies et de courroies, un grand angle sur un vide vertigineux. Parfois, elle donne vie à ses fantasmes et les minerais en fusion bouillonnent dans les cuves et la lumière jaillit du sol et la fumée s’élève dans les bâtiments. Encore un peu, et l’on entendrait le bruit assourdissant des machines en action !

Elle excelle à entraîner le spectateur dans « les dédales de vieux temples de l’industrie » livrés aux machines et désertés par les hommes.

Quelques paysages industriels inventés, et plus vrais que vrais, voisinent avec la touchante reconstitution d’ateliers en voie de disparition.

On y rencontre alors tel artisan, tel ferronnier, assis au milieu de ses outils, étaux, rouages, tiroirs remplis de trésors.

Vivian Kral a longtemps travaillé l’huile sur toile. Elle est passée au pastel sec qu’elle étend au pinceau pour donner au sujet un étonnant velouté, une étrange lumière déclinée dans les nuances chromatiques de gris, de brun, de rouille caractéristiques à ce type de lieux abandonnés.

La démarche est envoûtante. Silencieuse. Angoissante.

Pour Vivian Kral, son travail est avant tout « le fruit d’une vision intérieure de la réalité » qui se passe évidemment de référence.

Colette Bertot         


 

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Vivian Kral


Galerie 2016 & Mira. 16 rue des Pierres, Bruxelles.

Du mercredi au vendredi de 14h à 18h. 
Samedi et dimanche de 11h à 18h.
Exposition accessible jusqu'au 27 octobre 2002.

Copyright © 2002 Mémoires et Colette Bertot. 
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