LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Françoise Bernardi.   Août 2002 
   Prologue au Grand Curtius
: à Liège
 

En attendant la prochaine ouverture du Grand Curtius, prévue pour 2005, la Ville de Liège propose d’exposer 25 œuvres maîtresses des musées regroupés dans ce projet : musée d’Art religieux et d’Art mosan, musée d’Armes, du Verre et d’Archéologie.

Cet ambitieux projet muséal a connu déjà bien des rebondissements. L’acquisition des bâtiments et leurs transformations ne furent pas faciles et ont provoqué de nombreuses polémiques. Deux muséologues parisiens viennent d’être choisis pour définir toute l’organisation de ce « mégamusée ». Lentement le Grand Curtius prend forme.

La fermeture des quatre musées rassemblés dans le Grand Curtius est l’occasion de les présenter malgré tout au public dans un lieu à l’architecture magnifique (levez les yeux vers la charpente !!!) : l’ancienne Halles aux viandes. Si l’idée est séduisante, le choix des œuvres n’est jamais justifié. Dès lors, le public ne comprend pas toujours en quoi il s’agit d’œuvres maîtresses.

Le parcours chronologique nous mène tout d’abord vers des objets découverts lors des fouilles archéologiques tels qu’une gradine, sorte de peigne en os qui servait à la décoration des poteries vers 4000 avant Jésus-Christ. On trouve également le vase planétaire de Jupille, orné de sept figures d’hommes que l’on interprète comme des divinités, ou encore le Trésor de Vervoz, cruche en bronze remplie de pièces de monnaie émises sous le règne de différents empereurs entre 180 et 260. Ce riche matériel découvert lors des fouilles en région liégeoise est le témoin de la romanisation de l’actuelle Wallonie.

A l’époque romane, les arts de la miniature, de l’orfèvrerie et de la sculpture sur ivoire connaissent un essor et sont particulièrement bien maîtrisés par les artistes en Wallonie. 

L’Ivoire de Notger est tout à fait remarquable à bien des égards (manuscrit du Xe siècle, ivoire an mil, émaux du XIIè siècle). Il s’agit d’un plat de reliure d’un évangéliaire. Au centre un haut relief en ivoire représente le Christ en majesté entouré des quatre évangélistes présentés par leurs symboles (Saint Marc : lion, Saint Mathieu : ange, Saint Jean : aigle, Saint Luc : bœuf). Agenouillé devant l’autel figure Notger et tout autour cette inscription Voici que moi Notger, accablé par le poids du péché, je fléchis le genou devant Celui qui d’un geste fait trembler l’univers. L’esthétique de cet ivoire rappelle l’art de l’Antiquité : volume et souplesse des drapés qui moulent les corps, nombreux plis. Cet ivoire historié est entouré d’émaux.

Des Christ en croix, des Sedes Sapientiae (trône de la Sagesse), des Christ en majesté, sont des types iconographiques qui connaissent un développement particulier au Moyen Age et dont la qualité est remarquée dans le bassin mosan. Le Christ en majesté dit de Rausa est ici exposé. On soulignera l’extrême rigueur exprimée dans cette sculpture sur bois. Cette esthétique simple et retenue se retrouve dans la croix de procession datée du XIIè siècle avec le Christ proche du style des Fonds baptismaux de Saint Barthélemy. 

Saint Lambert, patron de Liège, est évidemment présent au travers du diptyque du donateur Henri Palude daté de 1488.  

L’Eglise de Liège encourageait les arts à la gloire de Dieu. De nombreuses œuvres de petite dimension, liées au culte, témoignent de la spécificité de l’art mosan. Mais ces œuvres restaient destinées à un public particulier comme les princes ou les riches dignitaires.

L’orfèvrerie civile est une autre spécificité des artistes de la région liégeoise. La Coupe Oranus (vers 1557-1564) témoigne du goût des hommes de la Renaissance pour l’Antiquité. Elle est décorée de douze deniers empereurs romains dont on peut admirer les deux faces.

On retrouve également quelques fusils et pistolets du Musée d’armes. Les métiers de l’armurerie concernent le travail du métal (graveurs, ciseleurs, incrusteurs) et celui du bois. Depuis le XVIIè siècle, cet artisanat connaît un développement dans la région liégeoise. Les métiers d’art de l’armurerie sont en plein essor en 1900. Les décors des armes ont évolué avec les goûts des temps. Du style Louis XIV, les artisans sont passés à un style plus éclectique puis le développement de la photographie a permis aux graveurs d’étendre leur répertoire vers plus de réalisme.

Issu du musée du Verre, le célèbre vase Crépuscule réalisé par Philippe Wolfers illustre le style art nouveau développé dans les arts du feu au début du siècle. Deux chauves-souris épousent la forme du vase.

L’exposition sera modifiée deux fois par an afin de présenter les nombreuses richesses des musées liégeois. L’ancienne Halles aux viandes permettra aussi de suivre l’évolution du futur Grand Curtius. Les grandes étapes de sa réalisation y seront présentées. Donc, une exposition à suivre…

Françoise Bernardi,     
Historienne d'art      


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Christ en majesté

 

 

 

 

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Diptyque

 

 

 

 

 

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Vase Crépuscule,
Philippe Wolfers

 

Quai de la Goffe, 13 -  4000 Liège  
Tél. 04.221.92.21  (Office du Tourisme de Liège).

Du mardi au samedi de 13 à 18h, dimanche de 11 à 16h30, fermé lundi
Exposition "évolutive" accessible pendant toute la durée des travaux (2005 ?).
Depuis le 16 04 2003 : exposition sur le verre (Vonêche, Val St-Lambert).

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