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L'exposition qui se tient
actuellement au Musée des Arts anciens du Namurois nous brosse l'évolution du
portrait dans la province de Namur sur une période allant du XVIe siècle à
nos jours. Il s'agit là d'une vaste entreprise puisque, en plus des cinq
siècles pris en compte, le portrait est montré à travers toutes les
disciplines (toiles, gravures, médaillons, bustes, art postal, ...), à travers
tous les statuts (ecclésiastiques, nobles, ouvriers,...), à travers tous les
âges (enfant, adulte, vieillard). Les oeuvres retenues représentent des
personnalités ayant vécu ou exercé une fonction dans la province ou ayant été
réalisées par des artistes originaires du Namurois.
Environ 150 oeuvres, regroupées chronologiquement, attestent de l'émancipation
progressive de l'art du portrait. Si la volonté de l'homme de se faire
représenter existe depuis l'Antiquité, c'est à la Renaissance que cette
discipline se développe considérablement chez nous. Et nous ne nous en
étonnerons pas car, à cette époque, l'homme devient la mesure de toute chose!
Aux XVIe et XVIIe siècles, la préoccupation de réalisme prévaut dans les
portraits hiératiques d'apparat et de dévotion. Ensuite, le portrait évolue
progressivement aux siècles suivant pour rendre la psychologie du sujet et donc
l'humaniser. Un dialogue commence alors à s'établir entre le sujet et le
spectateur. A l'époque contemporaine, la fidélité au modèle n'est plus
la caractéristique du portrait qui sert d'alibi à la création et permet à
l'artiste d'affirmer son originalité.
Parmi les artistes représentés, des noms comme Antoine Wiertz, Félicien Rops
ou encore Jigé nous sont familiers. A côté d'eux d'autres personnalités
moins célèbres méritent toute notre attention. C'est le cas du
dinantais Henri-Auguste Michel qui, au XVIIIe siècle, est un des rares
portraitistes à s'intéresser au milieu ouvrier. Il immortalise sur
papier, au lavis d'encre de Chine, les membres de sa famille et les petites
gens. Ses oeuvres sont d'une véracité exceptionnelle, tout en étant
empreintes d'une réelle émotion. Henri-Auguste Michel nous montre les
gens tels qu'ils sont physiquement mais aussi moralement, à travers leurs yeux
et leurs sourires.
Les amateurs d'histoire ne seront pas déçus de cette exposition. En
effet, plusieurs portraits ont trait à l'histoire de Namur. Ainsi Jean I
Le Saive peint en 1597 deux volets représentant des échevins namurois.
Ceux-ci sont identifiés au moyen d'armoiries et de cartels placés au-dessus
d'eux. Il est intéressant de savoir que, en échange de la réalisation
de ces portraits, le peintre a obtenu l'exemption à vie de tout impôt pour lui
et pour son épouse ! Le musée expose également un portrait miniature du
comte Alexandre-François de Groesbeeck. Propriétaire du château de
Franc-Waret, le comte est le commanditaire d'un des plus beaux hôtels de maître
du XVIIIe siècle à Namur, à savoir le musée de Groesbeeck de Croix !
Au XIXe siècle, Rops caricature des personnalités appartenant au monde
des arts, des lettres et de la scène de son temps. Parmi ceux-ci, nous
trouvons trois namurois : Ferdinand Marinus, directeur de l'Académie de
peinture, François Wilbrand, également de l'Académie et le musicien Félix
Godefroid. Tous ces portraits, réalisés à des époques différentes,
ne sont pas seulement des physionomies mais témoignent de personnalités plus
ou moins importantes du Namurois.
Aucune expression artistique n'est laissée de côté et, pour terminer, nous
parlerons de 'mail art'. Cette forme d'art particulière consiste à faire
du courrier une oeuvre à part entière. Bernard Boigelot, professeur à
l'Académie des Beaux-Arts de Namur, est un maître en la matière. Il
utilise sa propre image qu'il travestit, devenant tour à tour 'Arlequin',
'Popeye', 'Roi Dagobert' et qu'il imprime sur vignettes autocollantes et dentelées.
La pratique du 'mail art' a pour but d'envoyer de la 'création' et d'en
recevoir en retour !
L'exposition 'Portrait en Namurois' nous offre différentes possibilités de
lecture (chronologique, technique, historique, sociologique,..), permettant à
chacun d'y trouver son compte. Avec cette exposition, le Musée des arts
anciens se tourne vers l'avenir, débutant la présentation par les oeuvres
contemporaines pour la terminer par les oeuvres les plus anciennes. La
salle des expositions temporaires est un cadre privilégié pour ces effigies
superbement mises en valeur par un éclairage adéquat. Les pièces exposées
sont issues de musées namurois mais aussi de musées bruxellois et de
collections particulières. Une publication de quelques 300 pages ainsi
qu'un vidéogramme conçu par l'asbl Cultura Europa accompagnent l'exposition.
Danièle Doumont,
Historienne d'art,
www.culturoscope.be
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Bernard
Boigelot

Jean I Le
Saive

Jigé

Henri-Auguste
Michel
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