LA LETTRE MENSUELLE
Un article de Danièle Doumont - Août  2002.

       Portrait en Namurois, au Musée des Arts Anciens


L'exposition qui se tient actuellement au Musée des Arts anciens du Namurois nous brosse l'évolution du portrait dans la province de Namur sur une période allant du XVIe siècle à nos jours. Il s'agit là d'une vaste entreprise puisque, en plus des cinq siècles pris en compte, le portrait est montré à travers toutes les disciplines (toiles, gravures, médaillons, bustes, art postal, ...), à travers tous les statuts (ecclésiastiques, nobles, ouvriers,...), à travers tous les âges (enfant, adulte, vieillard).  Les oeuvres retenues représentent des personnalités ayant vécu ou exercé une fonction dans la province ou ayant été réalisées par des artistes originaires du Namurois.

Environ 150 oeuvres, regroupées chronologiquement, attestent de l'émancipation progressive de l'art du portrait.  Si la volonté de l'homme de se faire représenter existe depuis l'Antiquité, c'est à la Renaissance que cette discipline se développe considérablement chez nous.  Et nous ne nous en étonnerons pas car, à cette époque, l'homme devient la mesure de toute chose!  Aux XVIe et XVIIe siècles, la préoccupation de réalisme prévaut dans les portraits hiératiques d'apparat et de dévotion.  Ensuite, le portrait évolue progressivement aux siècles suivant pour rendre la psychologie du sujet et donc l'humaniser. Un dialogue commence alors à s'établir entre le sujet et le spectateur. A l'époque contemporaine, la fidélité au modèle n'est plus la caractéristique du portrait qui sert d'alibi à la création et permet à l'artiste d'affirmer son originalité.

Parmi les artistes représentés, des noms comme Antoine Wiertz, Félicien Rops ou encore Jigé nous sont familiers.  A côté d'eux d'autres personnalités moins célèbres méritent toute notre attention.  C'est le cas du dinantais Henri-Auguste Michel qui, au XVIIIe siècle, est un des rares portraitistes à s'intéresser au milieu ouvrier.  Il immortalise sur papier, au lavis d'encre de Chine, les membres de sa famille et les petites gens.  Ses oeuvres sont d'une véracité exceptionnelle, tout en étant empreintes d'une réelle émotion.  Henri-Auguste Michel nous montre les gens tels qu'ils sont physiquement mais aussi moralement, à travers leurs yeux et leurs sourires.

Les amateurs d'histoire ne seront pas déçus de cette exposition.  En effet, plusieurs portraits ont trait à l'histoire de Namur.  Ainsi Jean I Le Saive peint en 1597 deux volets représentant des échevins namurois.  Ceux-ci sont identifiés au moyen d'armoiries et de cartels placés au-dessus d'eux.  Il est intéressant de savoir que, en échange de la réalisation de ces portraits, le peintre a obtenu l'exemption à vie de tout impôt pour lui et pour son épouse !  Le musée expose également un portrait miniature du comte Alexandre-François de Groesbeeck.  Propriétaire du château de Franc-Waret, le comte est le commanditaire d'un des plus beaux hôtels de maître du XVIIIe siècle à Namur, à savoir le musée de Groesbeeck de Croix !  Au XIXe siècle, Rops caricature des personnalités  appartenant au monde des arts, des lettres et de la scène de son temps.  Parmi ceux-ci, nous trouvons trois namurois : Ferdinand Marinus, directeur de l'Académie de peinture, François Wilbrand, également de l'Académie et le musicien Félix Godefroid.  Tous ces portraits, réalisés à des époques différentes,  ne sont pas seulement des physionomies mais témoignent de personnalités plus ou moins importantes du Namurois.

Aucune expression artistique n'est laissée de côté et, pour terminer, nous parlerons de 'mail art'.  Cette forme d'art particulière consiste à faire du courrier une oeuvre à part entière.  Bernard Boigelot, professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Namur, est un maître en la matière.  Il utilise sa propre image qu'il travestit, devenant tour à tour 'Arlequin', 'Popeye', 'Roi Dagobert' et qu'il imprime sur vignettes autocollantes et dentelées.  La pratique du 'mail art' a pour but d'envoyer de la 'création' et d'en recevoir en retour !

L'exposition 'Portrait en Namurois' nous offre différentes possibilités de lecture (chronologique, technique, historique, sociologique,..), permettant à chacun d'y trouver son compte.  Avec cette exposition, le Musée des arts anciens se tourne vers l'avenir, débutant la présentation par les oeuvres contemporaines pour la terminer par les oeuvres les plus anciennes.  La salle des expositions temporaires est un cadre privilégié pour ces effigies superbement mises en valeur par un éclairage adéquat.  Les pièces exposées sont issues de musées namurois mais aussi de musées bruxellois et de collections particulières.  Une publication de quelques 300 pages ainsi qu'un vidéogramme conçu par l'asbl Cultura Europa accompagnent l'exposition.

Danièle Doumont,      
Historienne d'art,      
www.culturoscope.be
      

 

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Bernard Boigelot 

 

 

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Jean I Le Saive 

 

 

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Jigé

 

 

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Henri-Auguste Michel

 

 

Musée des Arts anciens du Namurois, rue de Fer, 24 à 5000 Namur.
De 10h à 18h, tous les jours sauf le lundi. 
Exposition accessible jusqu'au 10 novembre 2002.

Copyright © 2002 culturOscope et Danièle Doumont. 
Tous droits réservés.

Pour contacter l'auteur : daniele@culturoscope.be 

 

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