LA LETTRE MENSUELLE
Un article de Danièle Doumont - Juillet  2002.

       Peinture sur verre : le rondel.


Il s'agit d'une pièce de verre circulaire, ornée d'un décor peint qui copie généralement une gravure. A la différence du vitrail, le plomb n'intervient pas dans le graphisme du rondel. Le décor est uniquement fait de peinture sur verre mais la pièce peinte peut ensuite être intégrée dans un ensemble de vitrerie (assemblage de verre et de plomb).

Le rondel apparaît au XIVè siècle. Contrairement au vitrail à l'époque, il prend place dans une gamme plus large d'édifices : religieux mais également dans les maisons privées. Ce qui a pour conséquence d'enrichir l'iconographie qui est à la fois religieuse et profane : scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, scènes de genre et épisodes de la vie quotidienne, paraboles, représentations de saints, allégories religieuses et profanes, personnages civils ou religieux.

Technique :

a) Le matériau :

La peinture est réalisée sur du verre antique c'est-à-dire soufflé à la bouche. Il se caractérise par sa translucidité, une épaisseur de 2 à 3 mm, son irrégularité, des bulles d'air et des impuretés. Tout ceci fait la beauté du verre soufflé qui accroche la lumière. 

Deux techniques sont employées pour la réalisation d'un tel verre :

- technique dite 'en manchon' : consiste à recueillir à l'extrémité de la canne du souffleur une boule de pâte de verre en fusion que l'on va modeler sur le marbre de manière à l'allonger (dite en paraison). Ensuite, on la souffle afin d'obtenir un cylindre. Ce cylindre est ensuite coupé aux deux extrémités, tranche sur l'axe et étendu avec des tenailles. On obtient ainsi une feuille de verre de forme rectangulaire.

- technique dite 'en plateau' : consiste à souffler une sphère aplatie. On fixe sur la face opposée à celle où est fixée la canne du souffleur une tige de fer appelée pontil. La canne du souffleur est ensuite détachée ce qui laisse une ouverture que l'on va achever d'agrandir par force centrifuge : on fait tourner rapidement le pontil devant le four. La sphère s'ouvre et l'on obtient une feuille de verre de forme circulaire.

b) La peinture :

Le verre est coloré par cuisson, c'est-à-dire que l'on applique sur celui-ci des couleurs vitrifiables ou de cémentation.

- la couleur vitrifiable : il s'agit d'un matériau que l'on dépose sur le verre sous forme de peinture et qui, par la cuisson, devient coloré et plus ou moins translucide. La couleur vitrifiable est constituée d'un colorant à base d'oxydes métalliques et d'un fondant, en général de la poudre de verre, qui sert à faire adhérer les colorants à une température donnée à la surface du verre et à leur donner un aspect plus ou moins vitrifié.

* La grisaille (oxydes de fer ou de cuivre, liant et fondant) est utilisée pour réaliser les ombres et les traits. Elle s'applique au recto du rondel.

* La sanguine (poudre de fer) ou encore appelée 'teinte de carnation' apparaît à la fin du XVème siècle. Elle est utilisée pour rehausser les visages, les vêtements, les blasons.

* Les émaux colorés (combinaison d'un ou plusieurs colorants à base d'oxydes métalliques et d'un fondant broyés après une cuisson à haute température). Ils offrent une large gamme de colorations qui augmente les possibilités de teintes du verre.

- la couleur de cémentation : ne comporte pas de fondant et n'obtient sa transparence qu'en fonction du verre sur lequel elle est posée. Le cément est un matériau (ex : ocre) utilisé à chaud comme véhicule d'un métal (argent, cuivre, platine).

* Le jaune d'argent (sels d'argent et ocre) apparaît vers 1300 et offre des colorations pouvant varier du jaune citron au jaune orangé en fonction de la quantité utilisée. Il est principalement utilisé pour rehausser les cheveux, les barbes, les détails des vêtements ou des architectures. Il s'applique sur le verso du verre et pénètre celui-ci à la cuisson.

Un exemple au point de vue stylistique : 'Bethsabée au bain' (1578), rondel conservé au Musée des arts anciens du Namurois.

Au XVIè siècle, l'écho de la Renaissance italienne se fait sentir chez nous. Ce style se caractérise par les éléments décoratifs tels que les sphinx (retour à l'antiquité), les masques, les guirlandes ; l'ampleur des personnages ou encore l'idéalisation des visages qui ne sont plus personnalisés.

Accoudé à sa fenêtre on aperçoit le roi David qui, tombé sous le charme de Bethsabée prenant son bain, lui envoie un messager afin de l'inviter au palais. Le thème représenté était très prisé par les artistes à qui il donnait l'occasion de représenter le nu féminin.

Danièle Doumont,      
Historienne d'art,      
www.culturoscope.be
      

 

Cliquez sur la miniature

 

 

 

 

 

23rondel.jpg (20983 octets)

Rondel 
du 16e siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright © 2002 culturOscope et Danièle Doumont. 
Tous droits réservés.

Pour contacter l'auteur : daniele@culturoscope.be 

 

Les autres articles sont accessibles via nos archives.   
Retour à la lettre
       Retour à l'accueil  

Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle 

| Recommandez ce site à un ami |

 

Hit-Parade