LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Colette Bertot.   Juin  2002. 
1.
Henri Michaux... jeux d'esprit, jeux de ligne, chez Bastien Art
 

Plaisir de retrouver Henri Michaux qui marqua notre petite enfance tant notre père s’amusait à le citer sous n’importe quel prétexte.

Par exemple : « il devait retenir son œil avec du mastic. Quand on en est là…»

Ou encore : « Il n’est pas rare qu’un fils de Directeur de Zoo naisse les pieds palmés. C’est néanmoins, comme tout malheur, une surprise !… »

Exposés à la Galerie Bastien Art, ses frottages, ses encres, ses gouaches, ses aquarelles, ses rares huiles témoignent du fait que si le bougre était écrivain et poète, il était aussi artiste.

Né à Namur en 1899 et naturalisé français en 1954, son parcours poétique est accompagné d’une certitude, celle de la négativité du monde. Voyages réels, voyages imaginaires marquent ses œuvres.

La peinture est son moyen d’échapper aux mots, la drogue, son chemin « vers le dedans ».

Les frottages de Michaux ici présentés procèdent d’une technique presque enfantine qui consiste à placer un objet en relief sous un papier et à jouer du crayon sur le papier pour obtenir la trace de l’objet. Entre la pièce de monnaie que nous « frottions » enfants et la forme nouvelle obtenue par Michaux, il y a l’imagination, la folie, l’art tout simplement de laisser traîner son bras sur le papier de façon poétique et rythmée.

A propos de rythme, on le retrouve dans une série de gouaches colorées qui sont des chemins tracés dans l’imaginaire de l’artiste et sur lesquels circulent de petits personnages bondissants et désincarnés comme portés, non sans humour, par la fatalité de leur destin.

Viennent ensuite les aquarelles « qui laissent dériver le dessin » tant l’eau en est l’élément conducteur et majeur diluant des paysages imaginaires, des visages tordus d’angoisse, des créatures fantastiques, des oiseaux aux ailes repliées à peine esquissées qui font une bestiaire fantastique et inquiétant.

Et puis, il y a les encres dites « mouvements » qui révèlent l’esprit de l’artiste altéré par l’usage d’hallucinogènes, et plus particulièrement de la mescaline.

Un torrent vertical surgissait alors de son esprit donnant naissance à des taches, des coulées d’encre exprimant directement sur le papier rythmes et souvenirs enfouis, tourbillonnants, s’accélérant, débouchant à coup de petites touches semblables à des notes de musique, sur son chaos intérieur.

« Je peins comme j’écris, dit-il, pour trouver. Pour me retrouver. Pour trouver mon propre bien que je possédais sans le savoir ».

Les territoires de Michaux sont infinis et les explorer est un vrai bonheur.

Colette Bertot      
 

 

 

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22aa_michaux.JPG (28549 octets)

Gouache, 1972

 

 

 

22bb_michaux.JPG (14078 octets)

Frotttage-plume, 1944

 

 

 

 

 

 


Galerie . Bastien-Art. 61 rue de la Madeleine, Bruxelles. 
Du mardi au samedi de 11h à 18h30. Dimanche de 11h à 13h.
Exposition accessible jusqu’au 16 juin 2002.

Copyright © 2002 Mémoires et Colette Bertot. 
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