LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Stephane Rey et Colette Bertot.   Mars 2002 
1.
Rik Wouters
... une fête : au Palais des Beaux-Arts.
 

180 peintures, aquarelles, dessins et sculptures de l’artiste –décédé à 33 ans – constituent une fête, un cadeau, comme on a rarement l’occasion de s’en offrir.

Incroyable mais vrai, la dernière grande exposition bruxelloise consacrée à Rik Wouters remonte à 1935…Et si sa cote est, semble-t-il, absente de la scène internationale, les œuvres sont peu nombreuses sur le marché, à croire que les collectionneurs (des belges surtout) couvent leurs Wouters ou préfèrent la discrétion. L’événement, en tout cas, est à ne pas manquer.

Il était né à Malines en 1882. Il avait suivi le parcours académique d’un futur sculpteur et s’était initié, parallèlement à la peinture, en autodidacte.

En 1904, il rencontre Nel, la femme de sa vie. Elle devient son modèle et son soutien dans les moments difficiles. Décédée bien des années après lui, elle disait lors d’une interview datant de 1966 : « quand on a partagé la vie d’un homme qui construit passionnément une œuvre humaine, sensible, profonde. Quand on a partagé sa misère et ses joies…on n’est plus une femme comme les autres »…

Le jeune couple s’installe à Boitsfort en 1907.

Début d’une éblouissante carrière et retour à l’exposition.

Hommage soit ici rendu aux commissaires d’avoir introduit, auprès des œuvres de l’artiste, celles  « d’aînés » admirés comme Ensor, Rodin, Bourdelle, Cézanne. Ah, Cézanne, de qui il apprend l’art de diluer la matière après avoir pratiqué les touches larges et grasses, les taches de couleur oscillant entre les tonalités sombres et les tons nacrés comme dans ce « Portrait de femme en blouse bleue » datant de 1907.

A partir de 1912, Wouters pratique l’aquarelle en d’époustouflants effets de transparence comme dans ces « Pêches, plat d’étain » dont la fraîcheur, la fluidité de matière, l’économie de moyens, sont de purs joyaux.

Cette année là, le galériste Georges Giroux offre à Wouters la possibilité, extraordinaire pour un artiste, de travailler librement et sans contrainte matérielle. Un contrat est signé entre les deux hommes.

Retour à l’exposition… « La fenêtre ouverte, les maçons », « Intérieurs », « Hommage à Cézanne », « Femme couchée, la tresse », « Les rideaux rouges » témoignent de la puissance picturale de l’artiste qui a abandonné les « empâtements » des premières œuvres pour s’exprimer à la fois avec vigueur et délicatesse, retenant son coup de pinceau comme le pianiste tempère ses élans. Wouters illumine ses toiles de couleurs chaudes et éclatantes. Des rouges, des verts, des roses, des bleus, des blancs surgis de la toile qu’il laisse, par endroits à nue, allégeant la matière pour mieux accentuer le sujet.

L’artiste prend son envol quand éclate la grande guerre. Il est envoyé au front mais peint et peint toujours. Même si les couleurs se sont un peu alourdies, elles restent intenses. De cette époque, on pourra admirer un superbe « Rik au bandeau noir ».

La maladie le ronge. Il s’éteint en juillet 1916. Cruauté du destin…

Retour à l’exposition. Rik Wouters laisse derrière lui « un grand œuvre » d’une originalité rarement atteinte. Plus de 200 toiles, des milliers d’aquarelles, d’encres de Chine, de pastels intimistes et rayonnants de ferveur sans oublier la sculpture, sa vocation première, qu’il pratique avec un sens aigu de la construction.

A côté de quelques Rodin, Cézanne et Bourdelle figurant à l’exposition, les têtes d’enfants et bustes de Wouters soutiennent largement la comparaison.

Sa «Vierge folle» fougueuse et endiablée appelle la joie de vivre.

Emotion à l’état pur.

 Stephane Rey,    
Colette Bertot    
 

 

 

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19woutilscul.JPG (9401 octets)

"Vierge folle"

 

 

 

19woutiltabl.JPG (31626 octets)

Pommes et fleurs...
ou Hommage à Cézanne

 

 

 

 

 

 


Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Tous les jours, même le lundi, de 10h à 18h. Les vendredis de 10h à 20h.
Exposition accessible jusqu’au 23 juin 2002.

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